20 août 2020

Solaris #213 (Hiver 2020 / v. 45, #3)

Collectif

Solaris revue 213

Solaris est un périodique québécois de science-fiction et de fantastique qui offre, en deux volets, une fenêtre privilégiée sur la SF&F francophone (dont la SF&F québécoise). D’une part, grâce aux courtes nouvelles qui y sont publiées, nous pouvons nous tenir à jour sur ce qui s’écrit dans le genre des littératures de l’imaginaire et aussi découvrir de nouveaux auteurs.

D’autre part, grâce à ses articles et commentaires de lectures, nous obtenons une assistance précieuse pour comprendre la mécanique des genres et choisir les titres les plus intéressants à lire. C’est un outil indispensable à tout amateur de SF et de fantastique, d’autant plus qui n’y a plus beaucoup de périodiques francophones sur ces sujets.

Dans le volet fiction, ce numéro nous propose d’abord six histoires courtes :

Chasseuse de soleil par Chloé Jo Bertrand.
Ce texte est le lauréat du prix Joël-Champetier 2019, décerné à un auteur francophone non-canadien.
Dans un futur affligé par un hiver nucléaire qui a recouvert la planète d’une couche nuageuse, une jeune femme parcourt l’Europe à la recherche du soleil.
C’est un super beau récit, bien écrit et captivant.

Monstresse par Sylvain Lamur.
Une femme enceinte à bord d’un vaisseau spatial fait des cauchemars…
C’est bien écrit, mais je n’ai pas trop compris ce qui se passait…

Parler aux murs par Geneviève Blouin.
Dans la vague des télé-réalités de rénovation et du mouvement KonMari, on trouve ici un petit récit humoristique où une thérapeute immobilier « parle » aux habitations (et non à leurs occupants) pour améliorer leur bien-être.
Amusant sujet et intéressante narration.

Nouvelle représentation par Frédéric Parrot.
Les Baïlorms sont une forme d’amibe/céphalopode télépathe en mission de reconnaissance sur Terre. Comme couverture, ils dansent au théâtre Ludoscole pour le plaisir des humains qui ne se doutent de rien. Mais la représentation tourne mal…
Intéressante saynète, mais la fin demeure un peu obscure.

Une table vide… par Michèle Laframboise.
Une petite bande dessinée de deux pages rendant hommage à Joël Champetier, un « auteur accueillant et sympa […] avec toujours un bon mot pour nous redonner courage ».

Une nouvelle fantastique par Hugues Morin.
Un homme tente de ressusciter son meilleur ami mort de la leucémie…
Très beau texte en hommage à Joël Champetier (le titre de chaque chapitre fait référence à une oeuvre de Champetier).
L’écriture est une bonne façon d’affronter le deuil en exprimant nos souhaits et regrets…

Dans le volet documentaire, on retrouve les incontournables Carnets du Futurible (par Mario Tessier) qui abordent, cette fois, le sujet de « la transmission sans-fil ou la radio en science et en fiction ». En bon historien, le Futurible commence par nous parler de l’invention de la TSF ou de la radio, puis il développe en expliquant comment celle-ci a été anticipée, puis utilisée en fictions, et surtout l’importance et les conséquences des développements subséquents : télévision, radar, télécommande, téléphonie cellulaire, bluetooth, Wi-Fi, RFID, CB, baladodiffusion, radiodrame, radioastronomie, etc. Et, en bon bibliothécaire, le tout est très bien documenté. Tout à fait fascinant !

Le volet documentaire se poursuit avec les commentaires de lectures (critiques) qui se divisent en deux segments : l’un, consacré aux ouvrages publiés au Québec (« Les Littéranautes ») et l’autre, aux ouvrages publiés ailleurs (« Lectures »). Sur la trentaine d’ouvrages commentés, je note surtout Oshima (Serge Lamothe, Alto), GEIST : Les Héritiers de Nikola Tesla (Sébastien Chartrand, Alire), Pierre-de-vie (Jo Walton, Lunes d’encre), Trois Hourras pour Lady Evangéline (Jean-Claude Dunyach, L’Atalante), Or et Nuit (Mathieu Rivero, Les Moutons électriques), Le Temps de la haine (Rosa Montero, Métailié) et The Empire of Corpses (Project Ito & Toh Enjoe, Pika Roman, à ne pas confondre avec la version manga).

Je trouve dommage que les commentaires de lectures ne soient pas accompagnés d’un système de pointage « rating » numérique ou étoilé qui permettrait aux lecteurs d’avoir une idée immédiate et précise de ce que le critique pense de l’ouvrage qu’il commente. C’est une façon succincte pour le commentateur de résumer son évaluation comparative de l’intérêt (le sujet), de la qualité (technique d’écriture) et de la performance (divertissant ou non) du texte critiqué. C’est sans doute une politique éditoriale raisonnée, mais je suis en désaccord…

Solaris se présente dans un intéressant format de poche qui offre un contenu hybride entre une revue et une anthologie (Solaris se proclame d’ailleurs comme étant « l’anthologie permanente des littératures de l’imaginaire »). Personnellement, je n’aime pas trop lire des nouvelles (histoires courtes), car à peine familiarisé avec les personnages, le sujet et le monde où le récit se déroule, c’est déjà fini…

Par contre, je comprends l’importance de ce format pour les auteurs (débutants ou pros) qui veulent fourbir leur talent ou expérimenter avec un genre ou des idées. Il faut bien que ces textes là soient publiés quelque part et c’est pourquoi des revues comme Solaris sont essentielles à la bonne santé d’une littérature, quelle qu’elle soit. Toutefois, je préfère lire Solaris pour ses articles et commentaires de lectures. En ce sens, la revue joue un rôle tout aussi essentiel d’aide au lecteur.

Comme toute revue, le contenu est plutôt inégal d’un numéro à l’autre. Dans ce cas-ci, je suis un peu déçu, car on ne retrouve que deux très bons ou excellents textes et un seul article (quoique le Futurible est toujours constant dans son excellence) – et rien sur le cinéma ou la BD. C’est la dure réalité économique des revues papier qui sont limitées par l’espace du contenu ou leur périodicité. Toutefois, ce numéro reste une très bonne lecture : divertissante, intéressante, enrichissante et qui offre quelques découvertes aux lecteurs avides de littératures de l’imaginaire… À lire absolument, si vous en êtes !

Pour lectorat adolescent (14+).

Collectif édité par Jean Pettigrew et coordonné par Jonathan Reynolds.

Avec la participation de : Chloé Jo Bertrand, Sylvain Lamur, Geneviève Blouin, Frédéric Parrot, Michèle Laframboise, Hugues Morin et Mario Tessier.

Membre : Claude J, Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension

Solaris #213. Collectif, Publications bénévoles des littératures de l’imaginaire du Québec, hiver 2020, volume 45, #3, 162 pages.



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Catégorie : Périodiques