10 juin 2021

Raymond Lévesque : une vie d’ombre et de lumière

Arsenault, Céline

Raymond Lévesque, une vie d'ombre et de lumière

Raymond Lévesque, né en 1928, surtout connu comme auteur, compositeur et chansonnier, a eu un parcours hors du commun sur presque un siècle, puisqu’il est décédé tout récemment (15 février 2021) de la Covid-19, un décès passé inaperçu.

Ce livre volumineux, écrit par celle qui fut sa femme pendant plus de 25 ans et qui est demeurée son amie par la suite, raconte ce parcours. Que la dimension du volume ne vous rebute pas : il se divise en 51 courts chapitres d’une lecture agréable et très intéressante.

Sa vie ne fut pas facile. Fils de Jeanne Labrecque et d’Albert Lévesque (fondateur d’une maison d’édition éponyme bien connue), Raymond eut le malheur de perdre sa mère alors qu’il n’avait pas cinq ans. Enfant au tempérament mélancolique, inquiet et dépressif, il ne se releva jamais vraiment de ce deuil. Sévères, les deux autres épouses de son père ne remplacèrent jamais la défunte dans l’esprit et la vie du jeune Raymond.

Évidemment, on se rappelle de lui comme l’auteur de plusieurs chansons qui connurent un immense succès et sont devenues des classiques : Bozo les Culottes, Les Trottoirs, La Famille, Paulin et surtout Quand les hommes vivront d’amour… Prolifique, Raymond Lévesque écrivait paroles et musique, souvent d’un seul jet. Quand les hommes vivront d’amour a été sacrée chanson du siècle au Québec et elle demeure sans doute la chanson québécoise la plus connue au monde, ayant été reprise par plusieurs interprètes et traduites dans plusieurs langues.

Comme beaucoup d’artistes québécois de l’époque, il amorça sa carrière dans des petits cabarets de Saint-Germain-des-Prés à Paris, où il côtoya des artistes français (Aznavour, Brassens, Brel, Barbara, etc.) ou québécois (Félix Leclerc, Serge Deyglun, Pauline Julien, Guylaine Guy, Hervé Brousseau et bien d’autres), débutants comme lui. Il s’y fit de solides amitiés qu’il conserva tout au long de sa vie ; comme la plupart d’entre eux, il y développa aussi un solide goût pour le vin, qui ne le quitta pas non plus et qui explique certains de ses déboires ultérieurs.

En plus d’être comédien, il écrivit nombre de poèmes, de sketches, de pièces de théâtre et de revues satiriques. Un des intérêts du livre est d’ailleurs que chaque chapitre débute par un court poème ou un texte de chanson.

Il fut aussi un pacifiste convaincu, un indépendantiste inébranlable (il refusa en 2005 un prix du Gouverneur général avec une bourse de 15 000 dollars), un défenseur des gens modestes et des ouvriers. J’avais cependant oublié qu’il fut, avant tout le monde, un défenseur de l’environnement et de la sauvegarde des espèces.

On parle souvent de la prescience des poètes ; je n’en sais rien, mais, en tout cas, Raymond Lévesque écrivit cette phrase vers 1989 : « Tant qu’il y aura des milliers de voitures qui continueront de rouler, ne songez pas à l’avenir, il n’y en aura pas. »

Membre : Pierre, abonné de la bibliothèque Germaine-Guèvremont

Arsenault, Céline. Raymond Lévesque : une vie d’ombre et de lumière. Éditions de l’Homme, 2008, 587 pages.



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