19 août 2021

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Quand j’ai entendu à La Grande Librairie Didier van Cauwelaert parler avec autant d’enthousiasme de sa dernière publication, Le Pouvoir des animaux (Albin Michel, 2021), j’ai tout de suite été intriguée par le sujet de son roman, me promettant de le lire le plus vite possible.

On retrouve de tout dans ces 212 pages, même des animaux qui parlent. Je sais, cela pourrait en rebuter quelques-uns, mais je vous assure que très rapidement, on l’oublie pour se concentrer sur le propos qui m’a enthousiasmée à un point tel que j’ai relu le livre.

Certains diront qu’il pousse un peu trop fort, d’autres y verront une imagination débordante avec une petite pincée d’humour, alors que plusieurs, dont je fais partie, se demanderont : « Et si tout ça se réalisait dans quelques décennies ? » Quel est ce « tout ça » ? Voyez…

La parole est donnée à un tardigrade, le Ramazzottius varieornatus – qui signifie « marcheur lent ». Il mesure à peine un millimètre et a huit pattes. Aviez-vous déjà entendu parler de cette espèce qui appartient à la famille des Hypsibiidae ? Moi, non. Intriguant ! Une femelle vient donc d’être découverte dans un puits de glace au Groenland, à 200 mètres de profondeur, extraite de la « paroi d’une faille gelée […] piégé[e] dans la glace depuis cent trente mille ans ».

Celui qui a mis la main sur cet animal indestructible est nul autre que l’explorateur belge Frank Debert. En plus d’être glacionaute, il est également généticien et directeur de recherche à l’université Harvard. Comme on le constate, il est très loin de son champ d’expertise. Il s’intéresse particulièrement à une espèce éteinte depuis 4 000 ans : le mammouth laineux avec ses 200 kilos d’ivoire, ses six tonnes de fourrure et ses défenses torsadées.

Frank contacte immédiatement la quadragénaire Wendy Parker-Lane, LA spécialiste des tardigrades. En plus de travailler au département de biologie de l’université d’Oxford, elle donne un cours au Queen’s College. Si le tardigrade manque de nourriture, il se lyophilise pour rester en vie, car en se vidant de son eau, il suspend ses fonctions biologiques. Il faut aussi garder en mémoire que sa durée de vie ne dépasse pas un an et demi puisqu’il possède une congélation intermittente. En connaissant ce détail, on ne peut faire autrement que de se demander à quelle étape de la vie, Franquette – ainsi baptisée en l’honneur de son découvreur – est rendue.

Et là, les interrogations explosent :

Et « si un spécimen vivant prouve que l’anatomie, la physiologie et les particularités du tardigrade n’ont connu aucune évolution depuis le Paléolithique », cette découverte serait-elle considérée comme importante ?

Est-ce que le tardigrade pourrait devenir une protéine naturelle qui permettrait de sauver des vies ? De régénérer des parties du corps endommagées ? De guérir certaines maladies ?

Est-ce possible de recréer artificiellement le mammouth laineux et si oui, avec quel autre animal faudrait-il le cloner ? Le réintroduire en Sibérie ? Mais dans quel but ? Cela permettrait-il d’enrayer ou du moins de ralentir la fonte du permafrost ? Y a-t-il moyen de stopper l’hémorragie ?

« Le plus grand danger qui vous guette à court terme, c’est la fonte des sols gelés en Sibérie. Ce que vous appelez le permafrost. Bien sûr, des milliards de virus oubliés se répandraient alors dans l’atmosphère, recréant les terribles pandémies d’autrefois. » (p. 51)

Et si quelqu’un réalisait cet exploit, on est à même de se demander « comment cet animal préhistorique ferait-il pour s’adapter et survivre aux pollutions que l’homme, en son absence, a infligées à son écosystème ? »

Dans ce roman enlevant, il est aussi question de deux autres personnages qui ont leur importance : Valentine, la femme de Frank, morte durant l’une de leurs expéditions, alors qu’elle « venait d’atteindre une profondeur de 170 mètres dans le puits sans fond », tandis que le mari de Wendy, de 38 ans son aîné, est aujourd’hui atteint de la maladie d’Alzheimer. Elle est très attachée à cet homme qui a reçu le prix Nobel de physiologie.

Vient aussi se greffer à cette histoire étonnante, la Fondation Ivana Kadrova (troisième fortune mondiale), qui remettra 100 millions de francs suisses à celui ou à celle qui proposera le projet le plus intéressant, stimulant, innovateur.

Et, en terminant, un mot sur Sergueï Zimov qui a mis sur pied en Sibérie, en 1977, le premier institut scientifique privé dans le monde, le Pleistocene Park, « en référence à l’Âge de glace, afin de recréer les conditions qui ont précédé l’arrivée de l’homme sur la steppe. En réintroduisant depuis 1996 bisons, rennes, chevaux sauvages et bœufs musqués dans la toundra, il a déjà réussi à faire baisser la température au sol de dix-neuf degrés. » (p. 52)

J’ai vraiment eu un vif plaisir à lire Le Pouvoir des animaux et j’espère qu’il en sera de même pour vous.


Vous souvenez-vous de ce magnifique film de Céline Sciamma, Portrait de la jeune fille en feu (2019) ? En lisant Amours de Léonor de Récondo (Sabine Wespieser, collection Points, 2015), je n’ai pu m’empêcher de rapprocher les deux histoires, même si deux cents ans les séparent.

Si j’étais cinéaste, j’aurais envie de porter Amours au grand écran. Mais comme je n’ai pas ce talent, je vais donc me contenter de vous décrire les grandes lignes de ce roman aux chapitres très courts, au style fluide et qui dépeint habilement la France du début du XXe siècle.

1908-1909 : nous sommes à Saint-Ferreux-sur-Cher, chez Victoire et Anselme de Boisvaillant. Monsieur et madame sont mariés depuis cinq ans, mais Victoire n’a toujours pas donné de descendance à son époux. Chacun a ses habitudes et sa routine : Anselme, qui a repris la charge de notaire de son père, « passe ses journées enfermés à son étude », tandis que Victoire de Champfleuri, quatrième d’une famille de sept filles, tue le temps comme elle peut.

Vous conviendrez avec moi qu’une famille bourgeoise sans domestiques n’en n’est pas vraiment une. Ainsi, gravite dans le giron de Victoire, sa femme de chambre, Huguette, également très bonne cuisinière. Elle est au service de monsieur Anselme depuis son plus jeune âge, acceptant même de le suivre à la ville lors de son premier mariage.

Pour ce qui est de Pierre, le mari d’Huguette, il est revenu de la guerre, sourd et muet. Il n’a pas été chanceux, car en janvier 1871, quelques jours avant la fin des hostilités, un obus a explosé non loin de là où il se trouvait.

Céleste, domestique d’une grande beauté, est convaincue que la Vierge veille sur elle. Cette jeune femme de 17 ans obéit aux ordres d’Huguette et… à ceux de son patron lorsque celui-ci vient la visiter la nuit une fois aux trois mois, dans sa chambre à l’étage. Sauf à ces occasions où elle serre les dents et se cloître dans le silence, elle n’a rien à redire de la famille de Boisvaillant. Elle se considère chanceuse d’être « entrée dans une bonne maison ». Les journées du personnel sont réglées au métronome entre les tâches ménagères, les courses et les repas à préparer.

Un événement inattendu viendra perturber la quiétude de ce foyer, pas si heureux qu’il n’y paraît, tandis que deux personnes se trouveront des affinités insoupçonnées, qui vont à l’encontre des mœurs d’une certaine classe, alors que d’autres découvriront des secrets de famille qui démontrent que, parfois, l’histoire se répète.

Si vous aimez les livres où tout n’est que lenteur, ce quatrième roman de la violoniste Léonor de Récondo qui s’est mérité le prix des libraires et celui du Grand Prix RTL-lire, est pour vous.


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Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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