05 août 2021

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Shuni : ce que tu dois savoir, Julie de Naomi Fontaine, paru chez Mémoire d’encrier en 2020, nous permet de découvrir la culture et la façon de vivre des Autochtones.

Ce livre, très touchant, divisé en courts chapitres, est écrit au « nous ». L’écrivaine et professeure de français innue trentenaire s’adresse à Julie (Shuni en innu), son amie d’enfance, avant qu’elle ne revienne à Uashat « des années plus tard, après ses études en travail social ». Elle désire la préparer aux changements qui ont eu lieu depuis son départ.

« J’aime les Innus. Mon peuple. Ma nation… » de dire Naomi Fontaine, page 85, au sujet de sa communauté de Uashat.

La narratrice s’explique sur le fait qu’elle écrive en français : « […] c’est la seule langue dans laquelle je sais écrire. Ce n’est pas mon choix de ne pas écrire en innu. Cette décision a été prise bien avant ma naissance ».

Le père de Shuni, qui était pasteur, est resté chez les Innus durant plus de dix ans, mais vivait avec ses quatre enfants en dehors de la réserve. C’est à ce moment-là que les deux jeunes femmes sont devenues amies.

Naomi nous présente, entre autres, quelques membres de sa famille : Marcorel, son fils de 10 ans ; sa mère qui a élevé seule ses quatre filles et son garçon ; ses grands-parents ; son oncle et sa tante qui l’ont accueillie sous leur toit à l’adolescence comme si elle était leur fille ; Kristophe, son cousin ébéniste…

Cette lettre, adressée à son amie blanche, est l’occasion de parler de la place qu’occupe la femme au sein des Premières Nations, de l’amitié, de la famille, de l’importance de garder des liens avec le clan, car « la communauté, c’est notre fondation » et de la vie qui est un cercle.

Saviez-vous qu’un « Innu de troisième génération perd pratiquement tous ses avantages. Les exemptions de taxes et d’impôts, le soutien du Conseil de bande, les droits de scolarité payés et toutes ces choses auxquelles une carte de statut d’Indien donne accès. » Ou que certaines lois leur ont été imposées. « Un Innu n’est jamais propriétaire de son terrain, car les territoires des réserves appartiennent à l’État. C’est la raison pour laquelle les banques ne font pas affaire directement avec les Innus. Les acheteurs doivent avoir l’endossement du Conseil de bande pour une hypothèque. »

J’ai beaucoup aimé ma lecture, à un point tel, que je vais poursuivre avec Je suis une maudite sauvagesse de l’écrivaine innue, An Antane Kapesh (Mémoire d’encrier). Je vous en reparle très vite !

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.


Le Cœur synthétique (Seuil, 2020) est ma première incursion dans l’œuvre de Chloé Delaume. Née en 1973, d’une mère française et d’un père libanais, cette écrivaine est également performeuse, chanteuse et musicienne – précisons que chacun des chapitres du roman est le titre d’une chanson d’Étienne Daho, d’Alain Bashung ou de Michel Berger, pour ne nommer que les premiers.

La narratrice de 46 ans, Adélaïde Berthel, est orpheline depuis l’âge de huit ans – à vrai dire ses parents ont disparu de la circulation du jour au lendemain pour une raison inconnue. Sans enfants – elle souffre de tokophobie –, Adélaïde vient de se séparer d’Élias. Après sept ans de vie commune, le temps avait usé son couple et elle s’ennuyait de plus en plus souvent en sa compagnie. Elle se retrouve donc, pour une rare fois, célibataire.

Après sa rupture, Adélaïde s’est dénichée à Paris un petit deux pièces dans le 20e arrondissement où les livres, l’une de ses deux passions, grugent presque tout l’espace. Un peu normal, puisqu’elle est attachée de presse aux éditions David Séchard. « Elle est passeuse, doit convaincre les journalistes d’écrire des papiers sur les livres de son catalogue. Elle doit aussi gérer les écrivains, s’immerger dans leur univers pour le restituer au mieux. » (p. 12)

Paradoxe : elle se sent maintenant libre, mais bien seule. Pour combler le vide, elle se concocte une playlist et, durant le temps de Fêtes, ira quérir Perdition, un siamois de quatre mois. Mais ne précipitons rien, c’est présentement l’été et, tandis qu’elle est restée à Paris, ses amies sont toutes parties en vacances.

De retour au bureau au mois d’août, il y a de la fébrilité dans l’air, car la rentrée littéraire s’annonce toujours excitante, même si complètement folle. Suit la saison des grands prix littéraires avec son lot de stress. Qu’un titre soit retenu par tel ou tel jury, c’est bien, mais rester sur la liste jusqu’à l’annonce du vainqueur, c’est une rentrée d’argent assurée.

Les mois passent ; Adélaïde qui travaille de plus en plus n’a toujours pas réussi à « remplacer » Élias – ce n’est pas faute d’avoir essayé. Elle bénit le ciel d’avoir quatre complices qui occupent une place importante dans sa vie : Bérangère, 49 ans, son amie de toujours, mère d’un garçon de 22 ans ; Clotilde Mélisse, l’écrivaine du groupe qui « pratique l’autofiction expérimentale », bisexuelle de 46 ans, célibataire depuis deux ans ; Judith, mariée et maman d’une fille de neuf ans, est journaliste musicale de 48 ans – elle a aussi sa propre émission radiophonique et Hermeline, lesbienne de 31 ans, professeure d’histoire de l’art à la fac, peint des reproductions de tableaux de grands maîtres.

Adélaïde trouvera-t-elle son âme sœur ? Acceptera-t-elle son sort ou continuera-t-elle sa quête lors de cocktails ou de soirées festives et dansantes ? De plus en plus insatisfaite de son travail, changera-t-elle de métier ou simplement de maison d’édition ? Peut-être devrait-elle garder en mémoire ce qui est écrit à la dernière page : « Il n’y a que l’amitié et la sororité qui préservent de l’abîme. Mode de vie adapté, en cercle se regrouper, s’organiser pour rire et ne pas crever toute seule. »

Chloé Delaume a un bon sens de l’humour, une imagination fertile (portez une attention particulière aux titres des ouvrages de la maison d’édition qui emploie Adélaïde), j’ai ri à plusieurs occasions (la scène où des écrivains sont invités dans un salon du livre est pathétique et drôle en même temps) mais, car il y a un « mais », est-ce que Le Cœur synthétique méritait le prix Médicis 2020 ? Ça, c’est une autre histoire. À vous de juger !


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En vous rendant sur la chaîne YouTube à l’émission Les Irrésistibles de Marie-Anne, vous pourrez entendre, à chaque semaine, mes commentaires et critiques de théâtre ou d’arts visuels.

Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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