27 mai 2021

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Dans le prologue de L’Inconnu de la poste (éditions de l’Olivier, 2021), la journaliste et écrivaine française Florence Aubenas raconte la première fois où elle a entendu parler de Gérald Thomassin. Vous vous souvenez peut-être de ce comédien que Jacques Doillon a découvert en 1990, lui donnant son premier rôle à l’âge de 16 ans dans Le Petit criminel. Il a aussi joué dans des films de Yolande Zauberman, de Jean-Pierre Sinapi, de Nicolas Klotz, de Laurent Boutonnat et de quelques autres.

Je parle de lui au passé, car Thomassin est porté disparu depuis la fin du mois d’août 2019. A-t-il été enlevé ? Tué ? S’est-il planqué quelque part pour avoir la paix ? Plusieurs se sont acharnés à le tenir responsable du meurtre commis sur la postière de 41 ans, Catherine Burgod, enceinte de cinq mois et demi, alors qu’il a toujours clamé son innocence. Assassinée sur son lieu de travail de 28 coups de couteaux le 19 décembre 2008, elle a été enterrée le lendemain de Noël.

Parti de Rochefort pour des raisons que vous découvrirez, Gérald s’était installé à l’été 2007 dans un logement en sous-sol à Montréal-la-Cluse. Ce petit bourg français, situé dans le Haut-Bugey, était surnommé la « Plastic Vallée », car l’industrie du plastique y avait élu domicile, faisant vivre, par le fait même, bien des gens du département de l’Ain.

Fille unique de Raymond Burgod, ancien maire de la commune française située dans les montagnes entre Lyon et Genève, Catherine était orpheline de mère. Mariée à 20 ans, divorcée deux décennies plus tard après avoir mis au monde deux enfants, elle avait des tendances dépressives et même suicidaires. Quand elle est morte, plusieurs ont pensé qu’elle était passée à l’acte.

À un moment de l’enquête, Thomassin aura, grâce à Béatrice Dalle, Éric Dupond-Moretti comme avocat. S’il est déclaré coupable, il risque de passer le reste de sa vie en prison. De faux témoignages et, entre autres, de la mauvaise information véhiculée, aggravent son cas. Pourquoi tant d’acharnement ? Il continue d’affirmer, encore et encore, qu’il n’est pas coupable.

Écrivant au « je », l’auteure a donc décidé de refaire le parcours de cet électron libre, d’enquêter à son tour. « Je voulais en savoir plus sur lui, je le lui avais dit, en précisant que je n’écrivais pas sa biographie, mais un livre sur l’assassinat d’une femme dans un village de montagne, affaire dans laquelle il était impliqué. Mon travail consistait à le rencontrer, lui comme tous ceux qui accepteraient de me voir. » (p. 9) Le rendez-vous avait été pris au palais de justice, fin août 2019 à Lyon, mais Thomassin n’est jamais descendu du train. Que s’est-il passé ? A-t-il changé d’idée à la dernière minute ? Dix ans d’enquête pour en arriver là…

Né le 8 septembre 1974 en Seine-Saint-Denis, Gérald Thomassin était malgré tous ses travers quelqu’un de bien, un garçon intelligent qui se donnait à 110% lorsqu’il tournait et qui carburait à l’instinct. Il avait un besoin démesuré d’être aimé, conforté, rassuré. Dès qu’il le pouvait, il parlait, à qui voulait l’entendre, de ses rôles au cinéma et pourtant il se disait un « acteur sauvage et solitaire » car, dès la fin d’un tournage, il filait à l’anglaise. Un paradoxe incarné !

Jérôme, son frère cadet et lui, avaient été placés en famille d’accueil en 1981, avant que Thomassin ne passe 12 ans à la Ddass (l’équivalent de notre DPJ au Québec). Parano, alcoolique, toxicomane (héroïne, cocaïne), Gérald avait des tendances suicidaires, entendait des voix depuis 1996, avait séjourné à quelques reprises en psychiatrie et avait même fait la manche.

L’Inconnu de la poste est une histoire bouleversante – parfois on a l’impression de lire un scénario de film –, très bien documentée, écrite avec un souci du détail. Je suis certaine que la prochaine fois que je verrai Gérald Thomassin à la télévision ou lorsque j’emprunterai à la bibliothèque un film dans lequel il tient un rôle, je ne verrai plus le comédien de la même manière. En attendant, je vous suggère de vous faire votre propre opinion de « l’affaire de la poste ».


Après avoir entendu Marie Tifo et Pierre Curzi lire des extraits de la correspondance entre Pauline Julien et Gérald Godin, je me demande bien qui d’autre aurait pu incarner ce couple mythique…

Cette production du TNM, mise en lecture et en scène par Lorraine Pintal, est présentée en webdiffusion jusqu’au 30 mai. Ne ratez pas cette chance !

La Renarde et le mal peigné offre, durant une heure trente, un échange épistolaire entre des amoureux plus grands que nature, le tout livré par deux comédiens au sommet de leur art. On sent la complicité qui unit Tifo et Curzi – en couple depuis 40 ans –, comme ce fut le cas durant une trentaine d’années pour Julien et Godin, soit jusqu’au décès de ce dernier en 1994.

Les lettres, s’échelonnant du mois de mars 1962 au 17 avril 1993, sont entrecoupées de quelques chansons interprétées par Pauline Julien. Rien de statique ici, les comédiens incarnent à merveille ces deux êtres qui ont été des ardents défenseurs de notre culture et de notre langue québécoise.

J’ai simplement envie de lancer en vrac quelques mots qui correspondent à ces tempéraments différents et qui, malgré leur carrière respective, ont coché « présent » l’un pour l’autre. Je vous laisse deviner à qui, de Julien ou de Godin, on peut les attribuer : manque, liberté, équilibre, angoisse, vivre tout de suite, questionnement, doute, déchirement, colère…

Il y a déjà 11 ans, Lorraine Pintal proposait ce florilège lors du Festival international de la littérature, mais quelle belle idée que de l’offrir à nouveau en signant, avec Pineda Gould, la conception et la réalisation de ce petit bijou – très bien rendu en webdiffusion.

« Je t’aime presque tout à fait » de dire Godin à sa Pauline à la naissance de leur amour. Pour ma part, il en va d’un : « Je vous aime d’un amour sincère tous les quatre. » Merci pour ce beau voyage entre Trois-Rivières et Montréal, Sherbrooke et la Gaspésie, Paris et Grenoble.


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En vous rendant sur la chaîne YouTube à l’émission Les Irrésistibles de Marie-Anne, vous pourrez entendre, à chaque semaine, mes commentaires et critiques de théâtre ou d’arts visuels.

Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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