06 mai 2021

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Le Parfum des fleurs la nuit (2021) de Leïla Slimani est le huitième titre de la collection « Ma nuit au musée », mise sur pied chez Stock par l’éditrice Alina Gurdiel. Quelle idée intéressante !

Le livre commence ainsi : « La première règle quand on veut écrire un roman, c’est de dire non. […] Il faut dire non si souvent que les propositions finissent par se raréfier, que le téléphone ne sonne plus et qu’on en vient à regretter de ne recevoir par mail que des publicités. »

Et pourtant, en décembre 2018, dans un café parisien, l’écrivaine franco-marocaine accepte l’invitation que vient de lui faire son éditrice : passer une nuit à Venise, à la Pointe de la Douane / la Punta della Dogana, bâtiment reconverti en musée d’art contemporain depuis une dizaine d’années – situé dans les anciennes douanes qui recevaient les marchandises qui arrivaient de la mer.

Qui n’a pas rêvé de vivre une telle expérience ? Je ne sais pas comment se fait la sélection du musée en question mais, peu importe, cette opportunité ne revient pas deux fois dans une vie.

C’est donc le 16 avril 2019, au lendemain du feu qui a ravagé une partie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, que Slimani arrive à Venise. À 21 h, après avoir mangé à la terrasse d’un restaurant un repas trop copieux, elle s’enferme pour la nuit à la Pointe de la Douane. Le gardien des lieux l’accompagne pour une courte visite des galeries. Il lui montre au passage, avant de se retirer dans ses quartiers, le lit de camp où elle pourra se reposer.

Pieds nus, Slimani se promène ainsi d’une salle à l’autre, découvrant les 36 artistes représentés dans l’exposition Luogo e Segni / Lieu et signes ; elle commente les œuvres de certains d’entre eux : la peintre poétesse libanaise Etel Adnan, la photographe américaine Berenice Abbott, l’artiste franco-marocain Hicham Berrada…

Cette nuit est l’occasion pour l’auteure de revenir sur son enfance à Rabat où la lecture et le cinéma primaient sur le théâtre et les musées (inexistants). Elle nous parle de sa mère, continuellement inquiète pour ses filles, de son père qui, en 2003, a été incarcéré à tort durant quelques mois.

L’auteure, élevée dans un pays arabe au sein d’une famille francophone et qui réside en France depuis deux décennies, s’exprime, parmi une foule de sujets, sur le tourisme, plus particulièrement celui effréné de Venise – 28 millions de visiteurs par année –, la détérioration de la lagune due, entre autres, aux paquebots de croisières de plus en plus gros. « Nous sommes condamnés à vivre dans l’empire du même, à manger dans des restaurants identiques, à arpenter les mêmes boutiques sur tous les continents. En trente ans, la population de Venise a été réduite de moitié. » (p. 35).

Nous la suivons aussi dans son rituel d’écriture : une fois ses deux enfants partis à l’école, elle s’installe à sa table de travail, faite d’une longue planche en bois. Slimani, qui a toujours beaucoup lu cite, dans ce récit, des dizaines d’auteurs : Salman Rushdie, Ahmet Altan, Duras, Rilke, Emily Brontë, Hemingway, Kafka, Paul Auster, Tolstoï, Joyce Carol Oates…

Le Parfum des fleurs la nuit comporte de très belles pages sur cette vie monastique : « Pour écrire, il faut se refuser aux autres, leur refuser votre présence, votre tendresse, décevoir vos amis et vos enfants. Je trouve dans cette discipline à la fois un motif de satisfaction voire de bonheur et la cause de ma mélancolie. » (p. 17)

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.


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En vous rendant sur la chaîne YouTube à l’émission Les Irrésistibles de Marie-Anne, vous pourrez entendre, à chaque semaine, mes commentaires et critiques de théâtre ou d’arts visuels.

Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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