29 avr 2021

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Je ne suis pas très familière avec les réseaux sociaux, je ne maîtrise pas le vocabulaire de ces nouvelles technologies (cela vous donne une idée de mon âge !), ce qui ne m’a pas empêchée de dévorer le sixième roman de Delphine de Vigan qui ne cesse de creuser le même sillon, livre après livre.

Les enfants sont rois (Gallimard, 2021) mélange plusieurs genres – enquête policière après le signalement de la disparition d’une gamine de six ans et roman psychologique, pour ne nommer que ceux-là – et soulève mille et une questions, voyez pourquoi !

1984 : dans le coin droit, Mélanie Claux, adolescente de 17 ans, réservée ; elle habite avec sa sœur Sandra chez ses parents à La Roche-sur-Yon, commune située dans la région des Pays de la Loire.
Son activité favorite : regarder des téléréalités dont Loft Story.
Une fois son bac obtenu, Mélanie quitte le nid familial, emménage dans un petit appartement à Paris et se déniche un emploi dans une agence de voyages.
En 2010, à 26 ans, elle est choisie pour participer à la première de trois saisons du jeu télévisuel, Rendez-vous dans le noir.
L’année suivante, Mélanie épouse Bruno Diore ; ils s’installent dans un grand appartement à Châtenay-Malabry.
En 2011, naît leur fils Sammy (Sam) et deux ans plus tard, leur fille Kimmy (Kim).

1986 : dans le coin gauche, Clara Roussel, fille unique de 15 ans, 1 mètre 54, sportive ; elle vit à Bagneux, au sud de Paris auprès de son père, Philippe, et de sa mère, Réjane, tous deux enseignants.
Le soir de la finale de Loft Story, Clara visionne, comme 11 millions de téléspectateurs, ce programme que désapprouvent ses parents – sortis ce soir-là.
Neuf ans plus tard, alors que Clara est sur le point de terminer une licence de droit à la Sorbonne, elle change d’orientation et réussit le concours d’entrée à l’École nationale supérieure d’officiers de police.
Célibataire et sans enfants, elle est engagée à la Brigade criminelle de Paris où elle obtient, à son grand bonheur, un poste de procédurière, dans lequel elle excelle, car elle est minutieuse et attentive aux moindres détails. Elle ne laisse rien passer.

Mélanie et Clara ne s’étaient jamais rencontrées avant le jour de l’enlèvement de Kimmy Diore. Vers 18 h, ce 10 novembre 2019, la petite fille de six ans a disparu alors qu’elle jouait à cache-cache avec son frère et d’autres voisins devant la résidence du Poisson Bleu. La mère regrettait amèrement d’avoir autorisé que ses enfants s’amusent un peu, le temps qu’elle prépare le souper. Malgré le fait que sa fenêtre ait été ouverte, elle précisa aux enquêteurs qu’elle n’avait rien entendu de particulier avant la disparition de Kimmy. Son mari, lui, qui suivait une formation à Lyon, n’était revenu qu’en fin de soirée.

Dans quel contexte et pour quelles raisons Mélanie avait-elle décidé, il y a quatre ans, de créer la chaîne Happy Récré dont les vidéos se retrouvaient sur YouTube ? Vous savez comme moi comment ces plateformes fonctionnent : plus les gens ont d’abonnés, plus il y a de likes, plus les entreprises sont intéressées à vous offrir des cadeaux. Dans ce cas-ci, ce sont les enfants Diore qui les déballent en direct – phénomène plus connu en anglais sous le vocable d’unboxing. Marché très lucratif autant pour les fabricants, qui font des placements de produits, que pour les youtubeurs qui, en plus d’avoir une reconnaissance de la population, font des gains financiers.

« Mélanie était une femme de son temps. C’était aussi simple que cela. Pour exister, il fallait cumuler les vues, les likes et les stories. » (p. 227) Ainsi, à raison de deux à trois fois par semaine, elle mettait en ligne les vidéos familiales qui engendraient des millions de vues et qui alimentaient leur chaîne YouTube. Elle avait aussi un compte Instagram où elle publiait ses « stories » plusieurs fois par jour. Est-ce que cette activité est assujettie à une loi quelconque ? Est-elle considérée comme un passe-temps ou comme un travail ? Y-a-t-il une limite à ne pas franchir ? A-t-on le droit « d’exploiter » ainsi des mineurs ?

Mais qui en voulait autant à Kimmy pour la kidnapper devant chez elle ? Serait-ce le cas d’un influenceur jaloux du succès et de la visibilité qu’obtiennent les enfants avec la mise en ligne de leurs vidéos ? Ou alors peut-être que quelqu’un n’en pouvait plus de voir comment Kimmy et son frère étaient exploités et manipulés par leurs parents ? Pourquoi Mélanie passe-t-elle ses journées à filmer la vie de ses enfants et la sienne ? Vit-elle un fantasme inassouvi à travers le quotidien de ses enfants ? Mélanie a-t-elle l’impression de combler le vide qui habite sa vie ? Kimmy prend-elle autant de plaisir à passer devant la caméra que le prétend sa mère ? Vont-ils la retrouver vivante ? N’ayez crainte, nous n’en sommes qu’au tout début de cette histoire prenante.

Le roman de Delphine de Vigan est beaucoup plus qu’une recherche d’une enfant disparue. Les enfants sont rois nous confronte aux dérives qui peuvent se produire au sein d’une famille, aux abus que cela engendre et aux conséquences qui en résultent. Ce récit ouvre plusieurs portes à la réflexion et ne laissera personne indifférent !


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En vous rendant sur la chaîne YouTube à l’émission Les Irrésistibles de Marie-Anne, vous pourrez entendre, à chaque semaine, mes commentaires et critiques de théâtre ou d’arts visuels.

Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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