15 avr 2021

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Dernier rappel avant le dévoilement de la grande gagnante de cette 13e remise du prix du Club des Irrésistibles.

À tous les membres du jury : vous avez jusqu’au mercredi 21 avril pour me faire connaître, à même ce courriel, votre choix parmi les cinq titres en lice. Les résultats seront dévoilés l’Infolettre de jeudi prochain. Avez-vous aussi hâte que moi ?


J’ai lu L’Absente de tous bouquets (Héliotrope, 2020) de Catherine Mavrikakis comme une déclaration d’amour d’une fille à sa mère, décédée à l’âge de 94 ans. Récit sincère et d’une grande humanité où l’on découvre la relation qu’elles entretenaient.

Née en 1961 à Chicago d’un père d’origine grecque, Iannis Mavrikakis, et d’une mère normande, Denise Marchand (31 mai 1925-1er juin 2019), Catherine, écrivaine et professeure universitaire, se retrouve donc orpheline.

Avant d’épouser en seconde noces Iannis Mavrikakis, souvent absent et infidèle, Denise Marchand avait uni sa destinée à Pierre Risi, le père de Patrick, né le 14 mai 1947, soit le demi-frère de Catherine et de Nicolas.

De manière fort différente dans l’approche et le style, j’en conviens, ce livre m’a ramené à ma lecture Pas même le bruit d’un fleuve (Alto, 2020) d’Hélène Dorion où il était question d’une fille qui part sur les traces de sa mère à la suite de son décès. Catherine Mavrikakis fait de même, en offrant un florilège d’instantanés où les temps de floraisons s’entrecroisent, d’hier à aujourd’hui, de Paris à Montréal.

L’Absente de tous bouquets commence par ces deux lignes : « Tu n’as jamais cultivé ton jardin. C’est la phrase qui m’est venue alors que je piochais la terre devant sa tombe. » Les parties de texte en italique se réfèrent au « tu », l’auteure s’adressant à sa mère, puis passe au « elle » lorsque Catherine Mavrikakis s’adresse à nous.

Denise était une femme rude, jalouse, ingrate (pour reprendre les mots de l’auteure), mais qui savait aussi faire rire ses enfants. Non-croyante comme sa fille – est-ce plus facile d’accepter la mort de sa mère si l’on croit en quelque chose ? –, son urne repose au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, 62 ans après son arrivée en sol québécois.

Sa mère, de plus en plus sénile, avait dû être placée, bien malgré elle, dans une résidence pour aînés en avril 2018. Catherine l’appelait tous les jours, lui rendait visite, tentait de refaire le parcours de sa vie en France, elle qui a tant aimé Paris, mais qui n’a jamais vraiment réussi à faire sien le Québec.

À travers anecdotes, multiples souvenirs et déambulations d’est en ouest dans les rues de Montréal, Catherine Mavrikakis y va de certaines révélations, parfois, assez surprenantes comme celle-ci : « J’ai dormi avec ma mère jusqu’à mes quatorze ans. » (p. 21) Elle adorait sa mère, mais n’était-ce pas à sens unique ? Catherine l’aimait à un point tel qu’elle a même hésité à avoir des enfants pour être certaine de ne pas les aimer plus que sa propre mère.

Catherine puise aussi dans les carnets que tenaient quotidiennement Denise : « Maman a dressé dans ses journaux un tableau très composé de nos existences. Une espèce de façade mensongère qui s’appelle la vie. Mais l’essentiel me semble manquer. Ou alors c’est le contraire, il n’y a rien d’autre que cela, l’essentiel, c’est-à-dire l’anodin. » (p. 74)

L’écrivaine de dire : « Souvent je classe les gens en catégories : ceux qui ont trop aimé leur mère… et les autres. Cela met vite de l’ordre dans mon chaos. » (p. 17) Ai-je besoin de préciser de quel côté se situe Catherine, et ce, même si sa mère ne lui a jamais vraiment témoigné un geste affectueux, selon ses dires ?

Je ne sais pas si cela vous arrive, mais pendant ma lecture de L’Absente de tous bouquets – quel beau titre – j’entendais la voix de Catherine Mavrikakis. Je la modulais au gré de ses confidences, ce qui me permettait de mieux saisir les « états d’âme » de l’écrivaine pour sa mère, celle qui l’a mise au monde il y a bientôt 60 ans.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.


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Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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