21 oct 2021

80, 90, 100 à l’heure ! 14 octogénaires et nonagénaires inspirants

Sirois, Alexandre et Judith Lachapelle

80 90 100 à l'heure

« La vieillesse est un accident inévitable. »
Jacques Godbout

La pandémie a laissé des traces profondes dans notre société dont le clivage entre les pros et les contre vaccins, leurs manifestations publiques lançant des propos haineux témoignent du ravin qui s’est creusé davantage entre les personnes qui choisissent de se renseigner, de se fier aux experts scientifiques et celles qui se font honteusement ou naïvement manipuler par les tenants de la désinformation.

Le désœuvrement des personnes âgées a non seulement tracé de nombreuses cicatrices, il a également soulevé un sentiment de honte collective devant le triste constat de les avoir abandonnés dans leur solitude et leurs souffrances. Quelle sorte de citoyens sommes-nous pour traiter ainsi nos aînés ?

Pour la septuagénaire que je suis, cette crise sanitaire a mis en lumière et exacerbé mes inquiétudes face à la vieillesse. Si les deuils successifs vécus cette année m’ont obligée à faire face à la certitude de la mort, ce n’est pas tant cette issue qui a nourri mes réflexions. Alors que nos corps vieillissants nous imposent de nouvelles limites tout en nous offrant des outils pour outrepasser leurs effets, nous sommes plusieurs de ma génération à nous demander quelle sorte de vieillesse nous aurons. Les images des personnes démunies, en complète perte d’autonomie, esseulées et mourantes, se sont imprégnées dans notre esprit. Est-ce cela vieillir ?

Il me semble qu’il nous faut donner un sérieux coup de barre et nous faire une autre image de la vieillesse. C’est alors que vient à la rescousse le livre 80, 90. 100 à l’heure ! 14 octogénaires et nonagénaires inspirants parce que « nous avons besoin d’être rassurés. De savoir qu’il est possible d’être en forme, curieux, vif, brillant, allumé et resplendissant de bonheur après son 80e anniversaire. Mieux encore, son 90e. Et vous savez quoi… à l’issue de nos 14 entretiens, nous en sommes maintenant persuadés ! » (Alexandre Sirois et Judith Lachapelle) C’est le projet des deux auteurs de « démontrer que les octogénaires et les nonagénaires méritent notre respect et notre écoute. Que l’âgisme est un vilain défaut ».

Ce livre propose les portraits de « vieux » qui nous inspirent, qui s’indignent du traitement qu’on fait aux personnes âgées et qui nous obligent à y réfléchir et à changer les choses collectivement. Ils nous invitent également à nous concentrer sur le bonheur, l’engagement dans la société, le maintien de l’énergie intellectuelle et créatrice.

La vitalité de l’esprit peut faire contrepoids au ralentissement du corps, comme le souligne le sociologue de 97 ans, Guy Rocher : « Je vous dirais que je sens que mon corps a vieilli, qu’il prend de l’âge. Il existe depuis presque un siècle. Mais dans ce corps, il y a le moi, que je distingue du corps. Ce que j’appelle le moi, c’est mon sentiment d’exister, ma conscience d’être, mes passions, mon intelligence, mes émotions… Et voilà, il n’a pas le même âge que mon corps. […] Je dirais que je ne vieillis pas en même temps que mon corps, mentalement, psychiquement […] J’ai le sentiment que j’ai encore en moi la passion de vivre et la passion d’agir au moment où je sens le besoin de le faire. »

Ces « vieux » inspirants nous donnent de profondes leçons comme en témoignent leur vie et leurs réflexions. Il est permis d’utiliser ce mot pour les personnes âgées, mais il faut cesser de galvauder le mot « vieux » « […] en le méprisant. Comme si, avec le vieillissement, nous perdions tous les acquis qui viennent de nos connaissances, de notre maturité, et de nos expériences de vie. Si on emploie le mot “vieux”, il faut que ce soit toujours avec bienveillance et gentillesse. Car dans le mot “vieux” il y a le mot “vie” ». (Béatrice Picard)

Les personnes vieillissantes interviewées dans ce livre, nous livrent de précieux messages :
- Une conception du bonheur à la portée de toutes personnes qui ont la chance d’être en santé et la nécessité de travailler à le rester ;
- Un regard critique sur le développement de la société et le sort des prochaines générations ;
- Des leçons pour vivre pleinement et savourer le moment présent comme le fait Françoise Sullivan, cette signataire de Refus global, qui peint tous les matins : « J’aime beaucoup le matin, la beauté du matin. Surtout s’il fait soleil… Les matins peuvent être très beaux. Et c’est l’aventure… De voir ce qui va sortir de ce travail que je fais » ;
- Des mises en garde pour protéger notre culture, notre langue et notre environnement. C’est le vibrant plaidoyer de Jacques Godbout ;
- Un regard lucide sur les inégalités du partage des ressources et le déséquilibre de nos sociétés ;
- Surtout de sages conseils comme celui de Lucille Wheeler championne olympique en ski alpin en 1956 et qui dévale encore les pentes à 86 ans : « S’il y a une chose que je conseille aux gens, c’est non seulement de continuer à faire ce qu’ils aiment le plus longtemps qu’ils le peuvent, mais aussi d’accepter leurs limites. […] Il faut accepter que, parfois, on n’est pas aussi bon qu’on l’a déjà été, sans abandonner tout le plaisir pour autant » ;
- Une invitation à continuer à lire et à écrire.

S’agit-il ici d’un livre sur la vieillesse ou d’un livre sur la vie ? C’est surtout un appel à voir la vieillesse « comme une période à découvrir plutôt qu’à appréhender ». Une invitation à regarder de l’autre côté du tableau sombre qui s’est dessiné dans notre esprit, à sortir de la torpeur et nourrir notre vitalité d’esprit, à se laisser porter par un élan vital.

Voilà un livre qui secoue et qui fait tellement de bien.

Membre : Monique L. de Cookshire-Eaton

Sirois, Alexandre et Judith Lachapelle. 80, 90, 100 à l’heure ! 14 octogénaires et nonagénaires inspirants, Éditions La Presse, 2021, 204 pages.



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