27/01

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Tous les livres publiés aux éditions Mémoire d’encrier que j’ai eu le bonheur de lire à ce jour ne m’ont jamais déçue. Les Villages de Dieu (2020), écrit par la talentueuse écrivaine et journaliste Emmelie Prophète, ne fait pas exception.

J’ai dévoré ce roman qui se déroule fin des années 2000 en Haïti, plus précisément dans la Cité de la Puissance Divine, troisième circonscription de la capitale Port-au-Prince. Le bruit y est constant, qu’il s’agisse de celui de la rue, des projectiles ou de la musique au volume beaucoup trop fort ; l’odeur est désagréable, les rues sont sales et jonchées de détritus de toutes sortes, les arbres presque inexistants, mais la montagne et la mer ne sont pas loin.

L’eau ne se rend pas à la majorité des habitants des ghettos. Il faut donc marcher sous de grosses chaleurs pour en quérir. Il y a un manque criant de tout, « les maisons étaient raccordées au courant de la ville grâce à des prises clandestines », certains veulent déménager, mais est-ce vraiment mieux ailleurs ?

C’est dans ce quartier pauvre de la Cité de la Puissance Divine que la narratrice vingtenaire, Célia Jérôme, vit auprès de Christa, sa grand-mère (dite Grand Ma), et de Frédo, son oncle. « Ma mère fut ma grand-mère. De famille je n’ai eu qu’elle. »

Au moment où débute l’histoire, qui se déroule sur une période d’environ deux ans, Grand Ma est décédée depuis neuf mois. « J’étais habituée au bruit des armes. J’ai grandi dans cette cité où jamais il n’y avait eu de trêves, où la mort circulait à midi comme à minuit. Grand Ma était morte […] de peur. »

Deux gangs se disputent le contrôle du quartier : celui de Makenson et celui de Freddy « fils de soeur Julienne, bonne chrétienne qui vit dans la crainte de Dieu ». Régulièrement, les gangs criminels s’organisent pour détourner des camions transportant de la nourriture et/ou de l’essence pour les redistribuer aux citoyens. Mais comme rien n’est gratuit, on leur demande, en échange, loyauté auprès de leur Chef et versement d’une somme d’argent pour leur protection.

Grand Ma avait eu deux enfants, Rosia et Frédo, issus de maris différents. Sa fille aurait pu faire des études universitaires si elle ne s’était pas mise à boire et à se droguer, sans compter qu’à 18 ans, elle a mis au monde sa fille Célia. Incapable de s’en occuper, c’est Grand Ma qui en avait eu la garde.

Pour ce qui est de Frédo, il aurait pu, lui aussi, devenir quelqu’un. Coureur depuis son tout jeune âge, il avait été sélectionné pour faire les Jeux olympiques d’été à Atlanta. Parti en 1996, il n’était revenu en Haïti que douze ans plus tard. Pourquoi n’avoir donné aucune nouvelle ? Qu’avait-t-il fait durant tout ce temps ? Jamais il n’a voulu en parler. « Tonton n’était pas un criminel, ni même un voyou, c’était un coureur raté qui n’avait pas su franchir les obstacles qui avaient été érigés devant lui dans un pays où il n’avait pas pu prendre pied. » Aujourd’hui, ses deux principales activités consistent à boire et à dormir. La plupart du temps il est saoul, à un point tel que rien ne réussit à le tirer de son sommeil.

Tonton Frédo et Célia sont « des étrangers très proches ». Ils ne se parlent presque pas, même s’ils vivent sous le même toit, dans la petite maison que Grand Ma avait fait bâtir sur une parcelle de terre achetée il y a quatre décennies de cela. Célia, qui n’avait jamais aimé étudier, avait abandonné ses études assez jeune. Mais aujourd’hui, comment cette orpheline, sans diplômes et ne pouvant aucunement compter sur l’aide de son oncle dysfonctionnel, allait-elle faire pour subvenir à ses besoins ? De quoi sera fait son avenir ? Disons que le seul objet qui a de l’importance à ses yeux est son téléphone cellulaire qui ne la quitte jamais. Depuis la mort de Grand Ma, « je m’invente une vie sur Facebook. Je suis Cécé La Flamme. »

Un beau jour, le Chef de l’heure demande à la voir. Que lui veut-il ? Qu’a-t-elle fait ? Une autre fois, c’est une certaine Catherine Paris qui lui propose de devenir influenceuse. Ayant plus de 100 000 abonnés sur Facebook, son compte intéresse bien du monde. Sera-t-elle exploitée ou réussira-t-elle à s’affirmer ?

À chaque fois qu’il y a un nouveau Chef dans la Cité, qu’ils s’agissent de Freddy, Joël, Cannibale 2.0, Jules César… ils promettent que sous leur « règne », les choses vont changer. Sauf qu’ils meurent avant d’avoir eu le temps d’accomplir quoi que ce soit. Et même si la plupart savent qu’en devenant Chef de gang, la mort n’est jamais loin, ils foncent tête première. Qu’ont-ils à perdre ? Ils voient plutôt les bénéfices : pouvoir, notoriété, argent et conquêtes féminines.

Malgré la violence quotidienne et la pauvreté, l’entraide et la solidarité sont au rendez-vous. « Quand Soline était chez elle, elle apportait à manger à moi et à Tonton. C’était comme ça dans la Cité. Les voisins échangeaient des assiettes. »

Parmi ceux-ci, la Cité de la Puissance Divine compte, entre autres, sur le pasteur Victor et son épouse Adrise, mère de cinq enfants ; Yvrose et son mari Fénelon qui tiennent boutique ; Félicienne, dite Féfé, fervente catholique, mère de deux garçons dont l’un habite à New York. « Féfé faisait partie de ceux qui aidaient, avec les maigres moyens dont elle disposait, c’est ce qui permettait que tienne encore cet échafaudage fragile sur lequel on ajoutait chaque jour de la frustration et du désespoir. »

Histoire prenante, Les Villages de Dieu devrait être lu par tous ceux et celles qui s’intéressent à Haïti. Malgré la misère humaine, les crimes sordides, les fusillades quotidiennes, ce peuple mis à rude épreuve ne cesse de se reconstruire. Il faut saisir le moment présent, car on ne sait pas de quoi demain sera fait. Une lapalissade, certes, mais qui est la réalité quotidienne des Haïtiens. À lire de toute urgence !

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.


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En vous rendant sur la chaîne YouTube à l’émission Les Irrésistibles de Marie-Anne, vous pourrez entendre, à chaque semaine, mes commentaires et critiques de théâtre ou d’arts visuels.

Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,

Marie-Anne


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De purs hommes

Mbougar Sarr, Mohamed

De purs hommes livre de poche

Ce roman débute avec une vidéo qui est devenue virale au Sénégal. On y voit un groupe de gens s'introduire dans un cimetière musulman, déterrer un corps et partir avec. Comme le défunt est soupçonné d'être homosexuel, dans ce pays à majorité musulmane, son corps ne doit pas être placé dans un cimetière musulman. Une quête débute pour Ndéné, le narrateur. Qui était cet homme ? Où est sa dépouille ? Qui est sa famille ? Pourquoi cet événement le perturbe-t-il autant ?

Voici une des réflexions que Ndéné fait lors de sa quête : « Les homosexuels étaient des hommes. Ils appartenaient de plein droit à l'humanité pour une simple raison : ils faisaient partie de l'histoire de la violence humaine. Ce sont “de purs hommes” parce que à n'importe quel moment la bêtise humaine peut les tuer, les soumettre à la violence en s'abritant sous un des nombreux masques dévoyés qu'elle utilise pour s'exprimer : culture, religion, pouvoir, richesse, gloire. »

Lors de la rencontre avec la mère du défunt, une pensée lui vient : « Les vivants se figurent toujours que ce sont les morts qui les abandonnent. Sans doute est-ce en partie vrai, mais il vient rarement à l'esprit que l'inverse est également valable et que, d'une certaine manière, les vivants abandonnent les morts pareillement. »

Je me permets de partager ces deux passages : « Qu'est-ce au juste qu'une rumeur ? L'illusion d'un secret collectif. Elle est une toilette publique que tout le monde utilise, mais dont chacun croit être le seul à connaître l'emplacement. » « Tu voulais simplement me dire qu'aucun refuge dans un paradis n'est éternel, non parce que le paradis est incompatible avec l'éternité, mais parce que chacun, sur terre, porte éternellement un bout d'enfer en lui. »

Roman écrit avec rythme, une franchise calme, un engagement désarmant envers son sujet. Une lecture qui ne laisse pas indifférent face à l'homosexualité dans ce pays. Un livre qui laisse entrevoir clairement la situation précaire de ces homosexuels, même au-delà de la mort. C'est un plaisir de suivre cet auteur et de se laisser porter par ses réflexions.

Mbougar Sarr a écrit La Plus secrète mémoire des hommes. J'ai hâte de partager avec vous la lecture de ce roman publié en 2021 aux éditions Philippe Rey.

Membre : Pierre, Saint-Jean-sur-Richelieu Mbougar Sarr, Mohamed. De purs hommes, Éditions Jimsaan, 2018, 190 pages.

Éloge des femmes mûres : les souvenirs amoureux d'András Vajda

Vizinczey, Stephen

Éloge des femmes mûres

Né en 1933, orphelin de père à deux ans, l'auteur a connu une enfance tragique dans une période troublée, entre le nazisme et le communisme. Il fuit son pays natal, la Hongrie, pendant la révolution de 1956, avec des dizaines de milliers de ses compatriotes. Un important contingent d'entre eux s'établiront à Montréal, où ils recevront un accueil chaleureux ; les plus vieux lecteurs peuvent se souvenir d'une énorme manifestation d'appui à leur endroit, tenue au Forum de Montréal. Naturalisé canadien, l'auteur a travaillé à CBC et à l'Office national du film. Il est décédé à Londres le 18 août 2021.

Ce livre, son premier, s'est vendu à des millions d'exemplaires (on compte au moins 15 éditions en français seulement) et a donné lieu à deux adaptations cinématographiques. Le narrateur, né aussi en 1933, a le même parcours que l'auteur, d'où on peut croire qu'il s'agit plus d'un récit que d'un roman. Adolescent et jeune adulte, ce narrateur réalise que les filles et les femmes de son âge n'ont ni la maturité ni l'expérience qu'il recherche dans une relation sexuelle et amoureuse. Il entreprend donc de draguer uniquement les femmes bien plus âgées que lui, qu'elles soient célibataires, mariées, divorcées ou veuves.

Chaque chapitre raconte le succès (ou l'échec) d'une de ces tentatives de séduction. La photo de couverture inutilement racoleuse et les descriptions froides et peu érotiques ont peut-être contribué au succès initial du livre ; aujourd'hui, il serait sans doute considéré comme pouvant être mis entre toutes les mains. Stephen Vizinczey ne manifeste pas un grand respect pour les femmes, mais l'inverse est vrai. Je comprends mal son succès.

Toutefois, le volet le plus intéressant est le récit de la vie en Hongrie de 1933 à 1956. À travers une guerre épouvantable, où 10% de la population hongroise a péri, une misère terrible a forcé un grand nombre de femmes à se livrer à la prostitution pour nourrir leurs enfants, sous une surveillance constante des services de sécurité. On peut comprendre ce qui motive hommes et femmes dans ce contexte où les préoccupations morales n'arrêtent personne dans la recherche du plaisir : chacun cherche à profiter des moments de joie dans une vie qui peut se terminer n'importe quand.

Accessoirement, Éloge des femmes mûres nous rappelle aussi la résilience admirable des Hongrois depuis mille ans. Envahis, pillés et massacrés à plusieurs reprises, ils placent leur fierté autant dans la résistance même infructueuse que dans leurs rares victoires. Une leçon dont les Québécois devraient s'inspirer !

Titre original : In Praise of Older Women Membre : Pierre, abonné de la bibliothèque Germaine-Guèvremont Vizinczey, Stephen. Éloge des femmes mûres : les souvenirs amoureux d'András Vajda, Éditions du Rocher, 1965, 2001, 240 pages.

Klara et le soleil

Ishiguro, Kazuo

Klara et le Soleil

Klara fait partie de ces robots fabriqués pour tenir compagnie aux enfants et aux adolescents. Elle est douée d’un sens aigu de l’observation.

Ainsi, elle se retrouve dans le foyer d’une jeune fille sur laquelle elle doit veiller. Klara fait connaissance avec l’univers de cette adolescente et en apprend de plus en plus sur la mission qu’il lui est confiée.

On qualifie ce roman de conte futuriste. Or les robots, l’intelligence artificielle, l’éducation en ligne ne sont pas si loin de nous. On y parle de l’amitié, de l’amour, de la solitude et du fossé qui se creuse entre les classes sociales. Et paradigme intéressant, on constate l’obsolescence des parents quand les robots prennent leur place.

Ce récit, au rythme lent, à l’ambiance mélancolique, à la douceur des protagonistes, n’est pas violent. Et le robot aime l’espèce humaine sans mesure.

Sans être une inconditionnelle des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle, cette lecture m’a grandement sensibilisée sur ces sujets.

Titre original : Klara and the Sun Membre : Johanne de Rosemont Ishiguro, Kazuo. Klara et le Soleil, Éditions Gallimard, collection Du monde entier, 2021, 384 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

La Fabuleuse histoire de l'invention de l'écriture

Ferrara, Silvia

La Fabuleuse histoire de l'invention de l'écriture

Je n'ai pas lu La Fabuleuse histoire de l'invention de l'écriture, mais je l'inscris dans ma liste de livres à lire, car le sujet m'intéresse.

Ce commentaire s'adresse au membre du Club des Irrésistibles qui signe Monique L. de Cookshire-Eaton. C'est le seul moyen que j'ai trouvé pour commenter son commentaire étant donné qu'il n'est plus possible d'en faire directement comme autrefois sur le site des Irrésistibles qui a dû se protéger contre des cyberattaques : « J'ai beaucoup apprécié le commentaire sur ce livre que je lirai sûrement un jour. En 2011, une amie très chère m'a offert une belle brique de plus de 400 pages intitulée Une histoire de la lecture d'Alberto Manguel. »

En 2010, Marie-Anne Poggi avait écrit dans son Billet : « J’attire votre attention sur L'Empire du mot, une série de quatre épisodes présentée sur TFO, qui couvre 5 000 ans de l’histoire de la lecture dans le monde, le tout animé par Alberto Manguel, écrivain argentin d’une très grande érudition. La série est basée sur son essai, Une histoire de la lecture, publié chez Actes Sud, Leméac, en 1998. »

Et fin 2011, j'avais écrit un long commentaire qui rejoint bien le vôtre : « Sans écriture, pas de lecture. »

Membre : Michel, Saint-Jean-sur -Richelieu Ferrara, Silvia. La Fabuleuse histoire de l'invention de l'écriture, Éditions du Seuil, 2021, 320 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

La Fille qu'on appelle

Viel, Tanguy

La Fille qu'on appelle

La Fille qu'on appelle est ma troisième rencontre avec l'univers de Tanguy Viel après Article 353 du Code pénal (2016) et Icebergs (2019) (1). Je vais le dire tout de suite, sans hésitation, c'est maintenant un de mes auteurs préférés, un virtuose, un orfèvre de l'écriture. C'est pour moi un double plaisir de lire Tanguy Viel. Pour ses histoires qui sont à la fois polars et romans policiers psychologiques sur les mécanismes de l'emprise culturelle et sociale. Mais avant tout pour son style formidable nous faisant le bonheur de phrases finement ciselées comme de la dentelle, porteuses de réflexions amusantes, mais combien intelligentes sur les humains que nous sommes.

Un petit avant-goût ? « Aux inaugurations, aux vernissages, aux cérémonies officielles, que les maires enchaînent comme des Notre-Père, personne ne sait jamais vraiment ce qui l'y amène mais tout le monde a une bonne raison d'y être. » Je crois qu'une description de sa part d'une défaite des Canadiens de Montréal contre les Coyotes de l'Arizona serait palpitante et amusante. C'est pour dire !

Max Le Corre est un ancien champion boxeur de France qui après une retraite de quelques années renoue étonnamment avec le succès. Il se prépare d'ailleurs à remonter sous peu dans l'arène et à livrer un nouveau combat. Max occupe aussi l'emploi de chauffeur de la limousine du maire d'une ville de la côte bretonne et est le père de Laura, une magnifique jeune fille dont la beauté et les charmes ont su intéresser de nombreux magazines, populaires aussi pour leurs articles !

Cette jeune beauté revient vivre dans la jolie ville bretonne de son enfance. Jolie ville, mais si rare en logements convenables, dont l'obtention hypothétique est assujettie à un laborieux labyrinthe bureaucratique. Max comprend qu'il aura sans doute à venir en aide pour trouver un logement à sa superbe fille, ce qui lui est sans doute possible dans le cadre de son travail quotidien auprès de son illustre patron. C'est à ce moment, vous vous en doutez bien, la nature étant ce qu'elle est, que les choses vont se corser.

Tanguy Viel voue dans ses romans un intérêt récurrent à la réalité de l'emprise des dominants sur les dominés. La domination des riches, des instruits, des branchés sur les moins fortunés, les peu éduqués ou sans réseaux d'amis. Mais aussi de la domination des hommes sur les femmes. Il est question d'un peu tout ça dans La Fille qu'on appelle. Le traitement suave et intelligent de ces dynamiques bien humaines et universelles nous procure des heures de plaisir de lecture et des dénouements où une justice souvent qualifiée d'immanente est au rendez-vous !

Malgré mon enthousiasme à l'égard de Tanguy Viel, j'entretiens le souhait qu'il s'attaque dans le futur à des thématiques nouvelles qui nous permettront de profiter de son regard décapant sur d'autres facettes de la race humaine et du monde qu'elle habite.

Ce roman a fait partie de la première sélection du prix Goncourt de cette année.

1. Icebergs est une courte réflexion très intéressante sur sa réalité intime d'écrivain à l'égard de l'acte d'écrire. Membre : Daniel de Repentigny Viel, Tanguy. La Fille qu'on appelle, Éditions de Minuit, 2021, 173 pages.

La Grande histoire de l'écriture

Konstantinov, Vitali

La Grande histoire de l'écriture

Parfois, les astres s’alignent et sont en synchronicité avec notre vie. En poursuivant ma quête de l’histoire du livre et de l’écriture, je lis dans le dernier numéro de la revue Québec Science, un billet d’Émilie Folie-Potvin sur le livre de Vitali Konstantinov.

« La Grande histoire de l’écriture : de l’écriture cunéiforme aux émojis, l’auteur se permet de butiner dans les différents systèmes grâce auxquels l’humain a pu ou peut toujours transmettre ses messages. De la révolution néolithique aux hiéroglyphes micmacs en passant par les idiomes de Star Trek (!), chaque innovation est richement documentée, et la bande dessinée ajoute une pointe d’humour. Ce bel objet qui fusionne le micro- et le macro- en a long à raconter. » (Québec Science, janvier-février 2022, p. 69)

Il ne m’en fallait pas plus pour que je poursuivre mon périple nourri par ma curiosité insatiable afin de découvrir davantage les écritures nées il y a des siècles ainsi que les étapes de leurs développements jusqu’à nos jours.

Pendant la fascinante et exigeante lecture du livre La Fabuleuse histoire de l’invention de l’écriture (1), il m’a fallu constituer un index personnel pour me remémorer les distinctions entre les notions qui m’apparaissaient parfois complexes tels que les logogrammes, l’idéogramme, les phonogrammes, l’écriture hiératique, les pétroglyphes, le cunéiforme, etc. Et, malgré les magnifiques et nombreuses illustrations, j’ai souvent essayé d’imaginer les écritures dont Silvia Ferrara retrace les origines.

Voilà que La Grande histoire de l’écriture vient à ma rescousse. Le livre de Konstatinov nous permet de comprendre et de voir l’écriture sous presque toutes ses formes dans une « passionnante réflexion scientifique mêlant anthropologie, archéologie et linguistique », comme le souligne l’éditeur en quatrième de couverture.

En décembre 2021, dans le cahier Lire du journal Le Devoir, Yannick Marcoux écrivait à propos de ce livre : « Comment ne pas s’étonner de l’infinie créativité avec laquelle on a cherché à transcrire la langue parlée, avec des résultats si différents, et de toutes ces histoires, de tous ces personnages auxquels sont associés ces mille et un systèmes d’écriture ? » s’interroge Vitali Konstantinov, en postface de sa pharaonique Grande histoire de l’écriture.

Chose certaine, le résultat de son exhaustive recension est spectaculaire. Prenant ancrage aux origines du signe et des premières langues, ce voyage navigue en aval de près de 292 systèmes d’écriture différents – sans oublier les émojis – et de 7111 langues vivantes – parmi lesquelles les langues elfiques de Tolkien –, nous offrant dans l’élan un condensé d’histoire culturelle et politique. Le contenu y est abondant – possiblement trop pour un jeune public –, mais se révèle captivant. Dans un grand format près de la bande dessinée, dans un noir et blanc parfois irisé de rouge, ce livre documentaire est aussi singulier que magnifique. »

C’est à un voyage magique, muni de ce qui peut être un guide touristique truffé d’informations, que nous convie Vitali Konstantinov. Pour ma part, et j’espère que ce sera également le cas pour vous, j’ai fait là de très belles découvertes dans un « livre unique en son genre, au croisement de la BD, du documentaire et de l’album » (BDnet).

On le présente comme un livre pouvant s’adresser aux enfants à partir de 10 ans, mais je ne suis pas certaine qu’il soit accessible à un lectorat aussi jeune. Je ferai le test avec mes petits-fils de 10 et 12 ans.

1. Voir ma suggestion de lecture parue le 13 janvier 2022 sur le site des Irrésistibles. Membre : Monique L. de Cookshire-Eaton Konstantinov, Vitali. La Grande histoire de l'écriture, Éditions Joie de lire, 2021, 80 pages.

La Vérité sur la lumière

Ólafsdóttir, Audur Ava

La Vérité sur la lumière

C'est le quatrième livre de cette auteure islandaise que je lis et j'ai été encore séduite. La narratrice est une sage-femme, comme sa grand-tante et son arrière-grand-mère.

« Sage-femme » a été choisi le plus beau mot de la langue islandaise. Voyez : « ljósmódir » : « ljós », lumière et « módir », mère, mère de la lumière.

C'est la vie quotidienne de cette jeune femme, son récit des naissances qu'elle accompagne, l'exploitation de l'appartement légué par sa tante Fifa et de tous les manuscrits de cette dernière qu'elle découvre dans un carton de bananes.

Ce roman est touchant, rempli de réflexions sur la vie, la mort, la nature. C'est poétique, grave, parfois drôle et très bien traduit.

Membre : Monique de Lachine Ólafsdóttir, Audur Ava. La Vérité sur la lumière, Éditions Zulma, 2021, 217 pages.

La vie rêvée des hommes

Roux, François

La Vie rêvée des hommes Rioux

Tout commence en 1944, à la libération de Paris. Paul, soldat français, rencontre Stanley, soldat américain. C'est le coup de foudre ! Durant une semaine, cachés bien à l'abri dans l'appartement du père de Stanley à Paris, ils vont vivre leur amour à fond. Une semaine, c'est très court et c'est le cœur à la fois gros et comblé qu'ils repartent tous les deux vers leur vie.

L'un va se marier, avoir des enfants. L'autre va rencontrer des hommes, de passage uniquement. Le premier écrit au moins une fois par an au second, à l'occasion de son mariage, de la naissance de ses enfants... le lien entre eux perdure toujours. Pourtant aucun ne fait en sorte de revoir l'autre. Et les années passent, pleines de joies, de peines, de peurs...

Paul et Stanley sont les témoins de 60 années de luttes contre les préjugés, le regard des autres, le conformisme. Paul doit lutter notamment contre son éducation, apprendre à ne pas se sacrifier pour le bien de la société. Tout en affrontant le regard, les remarques de ses parents et la peur d'être découvert. Il se sent coupable vis-à-vis de sa femme, des ses enfants et endure la pression imposée par la société de l'époque.

C'est un très beau livre. L'écriture est soignée et fluide. J'ai vraiment beaucoup aimé suivre cette histoire d'amour romantique. À découvrir !

Membre : France Cette suggestion est proposée par un lecteur du Pays de Romans – France, membre du club de lecture Troquez vos Irrésistibles et partenaire du Club Les Irrésistibles des Bibliothèques de Montréal. Roux, François. La vie rêvée des hommes, Éditions Albin Michel, 2021, 309 pages.

Le Livre des deux chemins

Picoult, Jodi

Le Livre des deux chemins

Dans l’avion, lorsque l’appareil doit se poser de toute urgence, Dawn Edelstein se met à penser à son ancien amoureux qu’elle n’a pas vu depuis 15 ans, au lieu de penser à son mari actuel.

Elle se revoit étudiante, effectuant des fouilles en Égypte pour Wyatt Armstrong. Ce sera un long périple entre Boston, où elle habite, et un retour en Égypte, où Wyatt est devenu directeur de projet.

Titre original : The Book of Two Ways Membre : Laval-Vimont Picoult, Jodi. Le Livre des deux chemins, Éditions Actes Sud, 2021, 510 pages.

Shuggie Bain

Stuart, Douglas

Shuggie Bain en français

Shuggie naît à Sighthill, en Écosse, à la fin des années 70. Il vit avec sa mère au cœur d’un quartier qui dégouline de pauvreté et de désespoir. Sa mère est alcoolique, Shuggie, à peine huit ans, va tout faire pour la sortir de cet enfer.

Ce duo bancal et tragique vacille souvent, mais tient toujours, uni malgré les difficultés quotidiennes qui s’acharnent à les faire sombrer. L'histoire se déroule dans le Glasgow des années 80 sous le thatchérisme, marqué par la pauvreté, la crise économique, la marginalisation des classes populaires et le communautarisme religieux.

Shuggie Bain est un livre sombre, mais aussi un roman plein d’humanité, bouleversant. Shuggie le clown, Shuggie le courageux, Shuggie le sensible, qui peine, mais qui ne baisse pas les bras, Shuggie que vous n’oublierez pas !

Booker Prize 2020. Membre : France Cette suggestion est proposée par un lecteur du Pays de Romans – France, membre du club de lecture Troquez vos Irrésistibles et partenaire du Club Les Irrésistibles des Bibliothèques de Montréal. Stuart, Douglas. Shuggie Bain, Éditions Globe, 2020, 2021, 496 pages.

The Anthropocene

Green, John

The Anthropocene Reviewed plus petit

L’anthropocène est le nom non-officiel qui a été donné à la présente époque pour décrire la profondeur de l’empreinte écologique sur la biosphère.

John Green entreprend la mise à jour de sujets, de thèmes, d’inventions et de rubriques reculant aussi loin qu’on peut se rappeler.

Membre : St-Eustache Green, John. The Anthropocene Reviewed, Éditions Dutton, 2021, 293 pages.
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