29/09

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Avoir autant de talent et mourir si jeune… Pour quelle raison la grande photographe américaine Diane Arbus, née Nemerov – issue d’une famille juive d’origine russe – le 14 mars 1923 à New York, s’est-elle suicidée le 26 juillet 1971, nous privant ainsi de son regard si intelligent, respectueux et pertinent sur la société ?

Après avoir été présentée il y a deux ans au Musée des beaux-arts de l’Ontario (MBAO), l’exposition Diane Arbus : Photographies, 1956-1971 se retrouve, à notre plus grande joie, entre les murs du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM).

Le commissariat est assuré par Sophie Hackett, conservatrice de la photographie au MBAO et Anne Grace, conservatrice de l’art moderne au MBAM, commissaire de la présentation montréalaise.

Le MBAO a eu du flair, à défaut d’autre mot, d’acquérir il y a cinq ans, 522 épreuves du corpus d’Arbus. Un peu moins de 90 photographies en noir et blanc se déposent à Montréal jusqu’au 29 janvier 2023, ainsi que cinq documents d’archives. Du lot, on peut voir Jeune famille de Brooklyn partant pour une promenade du dimanche, N.Y.C. (1966) qui, depuis 1999, fait partie de la collection du MBAM.

Un panneau explicatif précise que « Tout au long de sa carrière, Diane Arbus réalise elle-même les tirages de ses photographies. Après sa mort, c’est le photographe Neil Selkirk qui est chargé des tirages pour la rétrospective consacrée à l’artiste en 1972 par le Museum of Modern Art de New York. Mis à part Arbus, il est le seul à avoir tiré des épreuves à partir de ses négatifs. Toutes les photographies présentées dans cette exposition sont des tirages originaux de Diane Arbus, sauf celles qui portent la mention « tirée par Neil Selkirk ».

La mise en espace dans les deux salles du Pavillon Liliane et David M. Stewart est sobre, laissant toute la place au savoir-faire d’Arbus, à son audace, à ses expérimentations (par exemple les bordures qui entourent ses images). Le parcours chronologique se déploie, comme l’indique le titre, de 1956, soit du début « officiel » de sa carrière, jusqu’à l’année de son décès… sauf pour son autoportrait (1945) qui ouvre l’exposition. Arbus est alors enceinte – elle a eu deux filles avec Allan Arbus.

Cette artiste avant-gardiste, qui a d’abord été styliste pour son mari photographe et qui était passionnée de cinéma, a commencé à prendre des photos en utilisant un 35 mm mais, à partir de 1962, « elle reprend ses expériences avec le Rolleiflex ».

J’ai été fascinée par la qualité de son travail, son processus de création, son humanisme, l’éclectisme de ses sujets, parfois photographiés plus d’une fois (travestis, nains, trisomiques, clowns, femme à barbe, cracheurs de feu, pères Noël, couples atypiques, nudistes…), son amour de New York, de ses parcs, des gens en général. « […] Il serait faux de dire que les sujets de Diane sont moins normaux que le reste d’entre nous. Ils sont peut-être simplement plus ouverts et plus directs, plus vulnérables, plus visiblement humains que la plupart des gens », peut-on lire durant notre visite.

L’approche d’Arbus est sociale et anthropologique ; elle explore le New York des années 50-60 et 70. Sauf quelques paysages, la majeure partie de son œuvre se concentre sur des marginaux de la société, des inconnus, qui nous fixent de telle manière qu’on a l’impression qu’ils vont nous dire quelque chose. « Dans mon travail, je m’accommode de la maladresse. Je veux dire par là que je n’aime pas arranger les choses. Si je me trouve en face de mon sujet, au lieu de l’arranger, je m’arrange moi-même. »

Oui, dans le lot, il y a quelques noms connus tels Jorge Luis Borges dans Central Park, N.Y.C. (1969), James Brown chez lui avec des bigoudis, Queens, N.Y. (1966) ou encore Mia Villiers-Farrow sur un lit (1964)… Mais ceux et celles qui sont venus particulièrement me toucher et dont certaines images vont rester gravées dans ma mémoire sont des gens ordinaires que l’on retrouve dans : Vraies jumelles, Roselle, N.J. (1966), Enfant tenant une grenade en jouet dans Central Park, N.Y.C. (1962), Travesti montrant la naissance de ses seins, N.Y.C. (1966), Portoricaine avec un grain de beauté, N.Y.C. (1965), Féministe dans sa chambre d’hôtel, N.Y.C. (1971), Couple d’adolescents dans Hudson Street, N.Y.C. (1963) ou encore Jeune fille avec un cigare dans Washington Square Park, N.Y.C. (1965).

Il y a quelque chose d’hypnotisant à les regarder. On a envie de remonter le temps pour en connaître un peu plus sur chacun(e). Par exemple, qui était cette femme assise seule dans un autobus new-yorkais ? Où allait-elle ? Que sont devenus ces deux garçons qui fument et boivent du Coca-Cola dans Central Park ? Nous n’aurons possiblement jamais de réponses à ces questions, mais nous pouvons, par contre, faire travailler notre imagination !

Prenez le temps de lire les cartels, très instructifs et qui, pour certains, portent à réflexion, ainsi que les titres des photographies choisis par Diane Arbus.

En revenant chez moi, je n’ai pu m’empêcher de me demander ce qui aurait inspiré Diane Arbus de nos jours… Est-ce que le genre humain, aussi complexe soit-il, serait resté au cœur de son œuvre ? New York, ses parcs et ses rues seraient-ils encore ses sujets de prédilection ? Et que dirait-elle de découvrir que certaines des ses photographies se détaillent à fort prix aujourd’hui alors que de son vivant, elle n’en a vendu que quelques-unes, entre autres, à Richard Avedon et à Jasper Johns.


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En vous rendant sur la chaîne YouTube à l’émission Les Irrésistibles de Marie-Anne, vous pourrez entendre, à chaque semaine, mes commentaires et critiques de théâtre ou d’arts visuels.

Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,

Marie-Anne


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Au printemps

Knausgaard, Karl Ove

Au printemps

Ce troisième tome fait partie d'une tétralogie destinée à informer la fille de l'auteur, qui est née au milieu du second tome, de ce qui existe au moment où Knausgaard écrit ces livres.

Alors que les deux premiers sont constitués d'une centaine de chapitres de quelques pages portant sur des sujets comme la lune, les pommes, les guêpes, la douleur, cette fois-ci, en trois chapitres, Knausgaard raconte à sa fille les mois douloureux où il a dû s'occuper de sa femme atteinte de dépression grave tout en continuant à prendre soin de ses quatre enfants en bas âge.

Un livre extrêmement prenant, très bien écrit et très bien traduit comme toute l'oeuvre de cet auteur qui possède une plume bien taillée.

Titre original : Om Osten Membre: Michel, Saint-Jean-sur-Richelieu Knausgaard, Karl Ove. Au printemps, Éditions Denoël, 2016, 2022, 216 pages.

Hippocrate, 1 et 2

Lilti, Thomas

Hippocrate série

J’ai failli passer complètement à côté de cette série ! Heureusement, que je ne savais pas quoi regarder et je me suis dit pourquoi pas !

Dès le premier épisode, j’ai été accroché, scotché, loin du strass et du clinquant des séries médicales américaines (sauf Urgences). Cette série est un regard juste et taillé au scalpel sur un système de santé à bout de souffle porté par des hommes et des femmes formidables, mais jusqu’à quand ?

Tous les acteurs sont incroyables, une mention spéciale à Karim Leklou, tout en retenue et ses silences qui en disent long. Il crève l’écran. Passionnante de bout en bout. Vivement la saison 3.

Chaque saison comprend huit épisodes. Membre : France Cette suggestion est proposée par un lecteur du Pays de Romans – France, membre du club de lecture Troquez vos Irrésistibles et partenaire du Club Les Irrésistibles des Bibliothèques de Montréal. Lilti, Thomas. Hippocrate, 1 et 2, Série française, 2018 et 2021.

Je ne reverrai plus le monde

Altan, Ahmet

Je ne reverrai plus le monde

L'auteur était rédacteur en chef d'un quotidien publié en Turquie. Le 15 juillet 2016, il est emprisonné ainsi que son frère ; en 2018, ils sont condamnés à perpétuité.

Ces 19 textes sont écrits alors qu’il est dans sa cellule. Je me permets de citer quelques titres : Le cimetière des dossiers roses ; Voyage autour de ma cellule ; Un rêve ; Les fées de la forêt et Le paradoxe de l'écrivain.

Dans « Le cimetière des dossiers roses », l'auteur raconte qu’après douze jours de cachots, son frère et lui, furent amenés au palais de Justice. Le procureur en place était celui qui avait signé l'ordre d'arrêt au motif qu'ils avaient adressés un message subliminal lors d'une émission de télévision. Ils sont amenés devant un juge qui laisse peu parler les avocats.

Ce jour-là, Ahmet est libéré, mais pas son frère. Lorsque les policiers l’accompagnent vers la sortie, ils traversent un couloir dans lequel gît des milliers de dossiers roses « remplis de noms, de trahisons, de crimes, de faillites, de divorces, de rixes ». « Quand mon pied écrase un dossier, une sensation désagréable m'envahit, comme si c'était un homme que je piétinais. »

Pour « Les fées de la forêt », Ahmet Altan raconte qu'il n'avait pas accès à la bibliothèque de la prison étant donné qu'elle était fermée. Il explique qu'il a toujours aimé lire. « Il suffit de poser le regard sur cette flopée de signes minuscules étalés sur le papier et aussitôt, ils s'animent, pétillent, changent de forme. » « J'ai passé toute mon enfance avec les fées de la forêt. Je m'étais habitué à les avoir auprès de moi, même dormant entre les pages, prêtes à danser à l'instant où j'ouvrirais le livre. » Par la suite, il nous parle de Tolstoï, Virginia Wolf, Balzac et de leur présence dans sa cellule.

Pour terminer, voici un extrait du « Paradoxe de l'écrivain » : « Un objet en mouvement n'est ni là où il est, ni là où il n'est pas. J'écris ces lignes depuis une cellule de prison : quel que soit le récit que vous décidez d'entamer par cette phrase, elle suffit déjà à lui imprimer une vitalité farouche, à le faire retentir des accents tragiques d'une voix qui crie hors des ténèbres, à lui donner pour héros un révolté aux poses solennelles, et enfin, sans en faire mystère, à attirer sur lui la compassion du lecteur. »

Un roman calme et une écriture forte. Un texte qui incite à la révolte et à la résilience. Un livre à lire et à aimer.

Prix André Malraux 2019, catégorie fiction engagée. Membre : Pierre, Saint-Jean-sur-Richelieu Altan, Ahmet. Je ne reverrai plus le monde, Éditions Actes Sud, collection Babel, 2019, 216 pages.

La Cité des nuages et des oiseaux

Doerr, Anthony

La Cité des nuages et des oiseaux

La date du 14 septembre est encerclée sur mon calendrier depuis des semaines, il y est inscrit le mot DOERR. C’est alors que la version française du dernier roman d’Anthony Doerr sera en librairie. J’attends fébrilement ce jour, les critiques de La Cité des nuages et des oiseaux, sont élogieuses. Le New York Times a qualifié ce roman d’inventif qui « grouille de vie, convoque une somme impressionnante de savoir et d’expériences » ; le Wall Street Journal parle d’« une merveilleuse histoire, riche de personnages singuliers et d’une langue magnifique ».

Anne-Frédérique Hébert-Dolbec, dans le cahier livre du journal Le Devoir du 12 septembre dernier en faisait également l’éloge : « Un roman qui célèbre le pouvoir de l’écrit et de l’imaginaire ? Pas très original, pourrait-on penser. C’est avant de monter à bord de La Cité des nuages et des oiseaux (Albin Michel, 14 septembre), un voyage exaltant et inventif à travers le monde et le temps. De Constantinople à l’Amérique des années 1950, de l’époque moderne à un futur lointain où l’humanité joue sa survie à bord d’un vaisseau spatial, l’écrivain américain Anthony Doerr crée des personnages inoubliables, dont les destins se trouvent liés par un mystérieux texte de la Grèce antique. Un roman immersif et passionnant qui permet d’effacer, l’espace d’un instant divin, les contours de la réalité. Traduit de l’anglais par Marina Boraso. » (1)

Le livre que j’avais précommandé s’est chargé automatiquement sur ma liseuse à minuit, le 14 septembre. Depuis, je suis littéralement plongée dans ce ou plutôt ces récits fabuleux. Je me réjouis qu’il pleuve toute la journée, je pourrais accorder les 7 heures qu’il faut pour lire ce mastodonte de 695 pages.

Dès le point de départ, la dédicace m’interpelle puisque ce livre célèbre « tous les bibliothécaires passés, présents et à venir ». Je me suis demandé alors s’il s’agissait d’un recueil de nouvelles, l’auteur proposant les récits de cinq personnages dans cette saga se déroulant sur huit siècles. À peine fait-on la connaissance de Konstance dans son vaisseau spatial que Doerr nous présente une « autre petite fille curieuse » du passé (XVe siècle) à Constantinople. Une enfant avide de connaissances et qui apprend à lire grâce à un vieux sage.

Puis, le roman prend des allures de contes de fées alors qu’on fait la connaissance d’Omeir en Bulgarie. Nous sommes transportés ailleurs, en d’autres temps lorsque Zeno est présenté aux lecteurs, l’auteur propose finalement le fil de trame de ce « récit choral : un lieu qui va changer sa vie : la bibliothèque ». La littérature deviendra son nouvel univers. Puis vient Seymour, ce jeune garçon dont le seul ami « dans ce monde hostile » est une chouette. Seymour qui crie vengeance.

En acceptant l’étrange proposition d’Anthony Doerr, car je connais son habileté de conteur, je sais qu’on trouvera le fil de trame de ces récits. Je me laisse donc emporter dans ces fables où transpire l’amour des livres « des lettres, des contes, des mythes, des hommes » et qu’il y aura une « histoire cohérente, humaine et incroyablement émouvante ». (2)

Je retrouve avec bonheur l’auteur que j’ai tant admiré à la lecture de Toute la lumière que nous ne pouvons voir, couronné par le prix Pulitzer et vendu à plus de 20 millions d’exemplaires. Je renoue avec l’écrivain que j’honorais, dans mon commentaire publié sur le site des Irrésistibles le 5 décembre 2019 pour : « […] le regard intelligent qu’il pose sur la vie ; son langage élégant, fluide et précis ; la justesse avec laquelle il s’exprime ; la sensibilité lorsqu’il décrit une atmosphère ; sa tendresse pour des personnages fascinants ; sa sagesse quand il donne des leçons de courage, de volonté et de résilience ; son humanité  ; sa persistance à trouver de l’espoir […] ; sa capacité d’allumer un phare dans le brouillard ».

Ces propos, je les tiens également pour le livre La Cité des nuages et des oiseaux et je me délecte de la lecture de ce roman où l’espoir naît de la survie de la littérature, « un chef-d’œuvre d’humanité et d’intelligence », peut-on lire sur le site Babelio.

Je vous souhaite un magnifique voyage dans ce monde qui fait l’éloge de la transmission du savoir.

1. Soulignons la qualité de cette traduction d’une grande finesse et musicalité poétique. 2. Extraits du très beau texte de JustAword paru sur Babelio le 2 septembre 2022. Titre original : Cloud Cuckoo Land Membre : Monique L. de Sherbrooke Doerr, Anthony. La Cité des nuages et des oiseaux, Éditions Albin Michel, 2021, 2022, 750 pages.

La Jeune fille à la tresse

Luca, Françoise de

La Jeune fille à la tresse

Je désire joindre ma voix aux autres membres du Club des Irrésistibles au sujet de ce magnifique roman que je vais, sans hésitation, offrir à mes ami(e)s.

Nous sommes en France alors que la Deuxième Guerre mondiale est sur le point de faire les ravages que l’on connaît. La narratrice, Liliane dite Lili, est depuis peu l’amie de la jeune Sol (Solange) Ast. En 1937, elle est accueillie à bras ouverts dans cette famille juive polonaise qui comprend très bien à quoi ils seront confrontés très vite, alors que Lili ne semble pas saisir du tout, du haut de ses 13 ans, les enjeux qui se préparent.

Malgré leur différence de classe sociale, elles deviennent inséparables jusqu’à ce que l’indicible se produise. Elles seront séparées, mais qu’adviendra-t-il de leur amitié une fois la guerre déclarée ?

Jamais je ne vais oublier ce roman tendre, drôle, touchant, dramatique, qui m’a fait passer par toute la gamme des émotions. Ce récit est d’autant plus touchant quand l’on apprend que Liliane, bientôt centenaire, a réellement existé.

Membre : Rimouski Luca, Françoise de. La Jeune fille à la tresse, Éditions Marchand de feuilles, 2022, 301 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

Le Dit du mistral

Mak-Bouchard, Olivier

Le Dit du mistral

Le Dit du mistral est un bon moment de lecture. L’auteur nous entraîne en Provence, dans le Luberon, où le narrateur, enfant de la région, adjoint directeur dans un lycée, marié à Blanche, mène une existence paisible. Mais, un soir d’orage, son voisin vient le chercher pour lui faire part d’une découverte d’une ressource si précieuse dans ce coin du Luberon.

À partir de ce moment, les deux hommes vont être liés par leur découverte qui va les entraîner dans une aventure qu’ils étaient loin d’imaginer.

Ce roman a vraiment un aspect de conte contemporain et surtout évoque tous les intérêts de cette belle région de France. Je suis allée par la suite explorer les références historiques, culinaires, géographiques, sans oublier les nombreuses citations d’Henri Bosco et de Jean Giono.

Membre : Christine, Duvernay (Laval) Mak-Bouchard, Olivier. Le Dit du mistral, Éditions Le Triopode, 2022, 350 pages.

Le Rêve de l'oncle

Dostoïevski, Fédor

Le Rêve de l'oncle

Ce serait le premier roman qu’a écrit Dostoïevski, alors dans la trentaine, et qui pourrait ressembler à l’une des pièces de Molière, écrite plus de cent ans auparavant.

Une caricature de la société, éternellement valable, qui fait rire un peu jaune, mais qui demeure touchante en dessous de l’hypocrisie, mue par la vanité, qu’elle décrit si bien.

« Il n’était pas encore dix heures du matin qu’on vit se répandre en ville une rumeur étrange, quasiment incroyable, accueillie par chacun avec une joie méchante et pleine de cruauté – comme nous accueillons d’habitude tous les scandales inattendus qui arrivent à tel ou tel de nos proches. »

C’est aussi une réflexion assez pointue sur les hommes que nous sommes : « Les caractères faibles et creux, habitués à une soumission constante, qui se décident enfin à exploser et protester, bref, à être fermes et conséquents, ont toujours une limite – la fin, proche, de leur fermeté et de leur constance. »

Aussi quelques concessions sur le cœur qui nous anime. Le Prince, personnage central, n’en n’est pas dépourvu.

Membre : N.L., Île-des-Soeurs Dostoïevski, Fédor. Le Rêve de l'oncle, Éditions Actes Sud, collection Babel, 1859, 1999, 239 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

Pierplante Laforest. Les Mélodies du vent

Lafrance, Alain

Les Mélodies du vent

L'auteur de ce livre et moi avons été confrères au Collège André-Grasset de 1952 à 1960. Lui, c'était vraiment un bollé, comme on dit maintenant. Devenu ingénieur, il a mené une impressionnante carrière qui l'a conduit à diriger des projets à travers la planète, incluant l'Australie, avant d'entreprendre à sa retraite une carrière d'écrivain.

Lors d'une rencontre d'anciens, tenue à Longueuil le 2 septembre 2022, il a remis à chacun des quinze survivants de notre cohorte un exemplaire dédicacé de ce livre. Moi, qui lis presque uniquement des essais historiques ou politiques, je n'attendais pas grand-chose de ce conte. À ma grande surprise, j'ai été fortement impressionné. C'est plus qu'un conte, c'est en fait une fable, une métaphore ou même une allégorie.

Le livre est écrit au « je » par le sujet, Pierre dit Pierplante Laforest, qui possède un don surprenant, dont il a pris conscience dès sa petite enfance, mais qu'il ne peut expliquer : en parlant à une plante ou à une fleur, à un rhododendron ou à une fougère, par exemple, il les amène à se tourner vers lui. Ceci fait de lui un enfant à part, un peu lunatique, mais qui paradoxalement agit de façon tout à fait cohérente dans sa vie et même dans l'application de ce don. Comme il vit dans une famille aimante, qui l'encadre bien, dans un petit village, il ne souffre pas de cette différence.

Néanmoins, en grandissant, Pierplante souhaite appliquer ce don à des végétaux de plus grandes dimensions. Tout en vivant sa vie d'étudiant, de jeune adulte, puis de mari et de père, il se prend à penser qu'en l'utilisant pour orienter les arbres dans le sens du vent, il pourrait produire des sons. Son travail de garde-forestier lui laisse tout le loisir de réaliser sur plusieurs années les expériences qui le conduisent à produire une mélodie de trois minutes, qu'il finit par présenter à un petit groupe enthousiaste. Malheureusement, les efforts cérébraux prodigués pour cette réussite altèrent sa santé et il décède très jeune, avant d'avoir pu tenter de trouver l'explication de ce don. C'est son fils qui termine le récit, qu'on peut voir comme un éloge de la différence.

Dit comme cela, le conte paraît invraisemblable, ce que Pierplante reconnaît lui-même souvent. Pourtant une fois admis le postulat de départ, tout le récit, raconté avec logique dans une langue très soignée, s'enchaîne parfaitement et on y croit totalement. Comme on adhère, par exemple, à une fable de Jean de La Fontaine, une fois admis le fait que les animaux pensent et parlent comme des humains. Bref, ce livre, qui m'a révélé les talents d'une personne que je connais pourtant depuis 70 ans, m'a fait passer deux belles heures.

Membre : Pierre, abonné de la bibliothèque Germaine-Guèvremont Lafrance, Alain. Pierplante Laforest. Les Mélodies du vent, Éditions Textes et Contextes, 2015, 205 pages.

Scarlett

Lorrain, François-Guillaume

Scarlett

J’ai adoré ce livre, vraiment, vraiment aimé ! Pourquoi ? Pour l’écriture et surtout l’histoire qu’il raconte. L’histoire d’une obsession, celle d’un producteur, génial, mégalomane, perfectionniste : David O. Selznick ! Il a une seule idée en tête : adapter au cinéma le roman de Margaret Mitchell, Autant en emporte le vent !

L’auteur nous plonge dans les coulisses d’un tournage rocambolesque, entre des producteurs un peu fou, libidineux, le racisme, le choix des acteurs… c’est captivant !

Membre : France Cette suggestion est proposée par un lecteur du Pays de Romans – France, membre du club de lecture Troquez vos Irrésistibles et partenaire du Club Les Irrésistibles des Bibliothèques de Montréal. Lorrain, François-Guillaume. Scarlett, Éditions Flammarion, 2022, 332 pages.

Une amitié

Avallone, Silvia

Une amitié Avallone

L’analyse de ce roman par Marie-Anne Poggi (7 juillet 2022) est remarquable.

Elisa et Béatrice, deux adolescentes que tout oppose, se détestent, puis deviennent les meilleures amies et ennemies.

L’auteure construit habilement une histoire d’illusions et de trahisons. Cependant, on parcourt ce livre, avec plaisir, mais on songe souvent à L’Amie prodigieuse d’Elena Ferrante. Malgré tout, ce roman vaut le détour. Bonne lecture !

Titre original : Un’amicizia Abonnée : bibliothèque Germaine-Guèvremont Avallone, Silvia. Une amitié, Éditions Liana Levi, 2020, 2022, 525 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.

pas touche!!!