19 avr 2018

Voyage d’une Parisienne à Lhassa : à pied et en mendiant de la Chine à l’Inde, à travers le Tibet

David-Néel, Alexandra

Voyage d'une Parisienne à Lhassa Pocket

C’est comme un journal de voyage plein de menus détails qui en viennent très heureusement à laisser au lecteur une impression qu’il l’a fait lui-même. Bien-sûr, il y a aussi l’auteure qui est animée d’une soif insatiable de percer le mystère des pratiques religieuses du Tibet, prête à déjouer toutes les embûches pour y arriver, dont une importante qui est l’état politique de ce pays dans ces années-là, donc au début du vingtième siècle.

En effet, le pays dépendait de la Chine, sauf pour certaines zones mises sous protectorat britannique, par exemple le cœur du Tibet avec la ville de Lhassa dont l’accès était refusé aux étrangers. Y pénétrer pour entrer en contact avec les lamas était donc une entreprise très risquée et l’astuce de se déguiser en mendiant local pour y arriver était aussi très dur au jour le jour. Se cacher pour ne pas qu’on voit qu’elle était blanche, marcher sans relâche et franchir des cols enneigés allant jusqu’à 5 555 mètres d’altitude, manger peu, dormir n’importe où le plus souvent alors qu’elle aura 56 ans, quand elle arrivera à son but.

Alexandra David-Néel est accompagnée par un jeune lama et des porteurs et elle les dirige de main de maître. Elle est même armée d’un pistolet pour pouvoir faire face aux bandes de brigands qui parcourent la région. Elle a aussi recours quelquefois à de petits stratagèmes pour détourner l’attention de personnes qui pourraient lui nuire en leur donnant, par exemple, de fausses indications. Mais c’est aussi l’ivresse de l’aventure qui la guide.

Si l’histoire est captivante, le style n’est pas très recherché, mais il y a quelques passages poétiques en parlant de la merveilleuse nature qui l’entoure. Je crois qu’Hergé a dû lire son livre pour pouvoir écrire Tintin au Tibet. Il y a aussi des paroles de sagesse prononcées çà et là, comme cette anecdote où quelqu’un est anxieux d’avoir mangé la soupe d’un animal, ce qui était faux, alors elle souligne : pourquoi s’en faire pour une idée ? Des histoires touchantes, comme celle d’un vieux couple heureux dans une cabane dans la nature et entouré d’animaux.

Enfin, elle arrive au bout de son voyage et c’est la récompense : pouvoir s’imprégner du Tibet, de son histoire et de ses religions, ce qui est fort intéressant. Elle conclut en disant qu’à Lhassa elle a recueilli une nouvelle preuve du fait que « l’esprit d’invention des hommes se meut dans un cercle restreint [...] ils reproduisent à des siècles d’intervalle et en des contrées fort distantes des croyances et des rites de peuples dont ils n’ont jamais entendu parler. »

Membre : N.L., Île-des-Soeurs

David-Néel, Alexandra. Voyage d’une Parisienne à Lhassa : à pied et en mendiant de la Chine à l’Inde, à travers le Tibet, Éditions Plon, 1927, 372 pages.



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