23 juin 2022

Victor Hugo

Gallo, Max

Victor Hugo Gallo

« Sans doute le meilleur livre de Max Gallo », disait dernièrement un nouvel Académicien français, François Sureau, qui héritait du siège laissé par Max Gallo.

C’est une biographie très agréable à lire, très détaillée et parcourue de poèmes, un chapitre par année, dans un style coloré. Ce n’est que vers la fin du livre que j’ai trouvé plus douteuse une certaine insistance à évoquer les frasques sexuelles du poète.

Portrait d’un grand homme, très humain, dont la personnalité se définit bien par cette parole prononcée par son héros, Hernani : « Je suis une force qui va. »

Un poète avec une très riche palette de mots, une culture impressionnante et une vivacité d’esprit remarquable, tout autant qu’un homme d’action sur le plan social et politique. Il a mené une lutte incessante contre la tyrannie et la bêtise, à la défense des pauvres, des proscrits, des condamnés à mort et des esclaves, à la défense de la justice et de la liberté et en particulier de la liberté de penser.

« Il n’y a eu dans ce siècle qu’un grand homme, Napoléon, et une grande chose, la liberté. Nous n’avons plus le grand homme, tâchons d’avoir la grande chose. […] J’ai défendu l’ordre contre l’anarchie, et la liberté contre l’arbitraire ». Une lutte qui l’obligera à passer de longues années en exil. Il est parfois un peu las : « Dante a fait l’enfer de dessous, j’ai tâché de faire l’enfer de dessus. Il a peint les damnés, j’ai peint les hommes. »

Dans le décor, tout un pan d’histoire, alors qu’en France s’instaure la République après les règnes de Napoléon Bonaparte et de Napoléon III et alors qu’a lieu la guerre d’Espagne dans laquelle, d’ailleurs, le père de Victor Hugo s’est engagé. Mais vient un temps d’apaisement et en voyant la statue de la Liberté des années plus tard, il dira : « La mer, cette grande agitée, constate l’union des deux grandes terres apaisées. »

L’histoire mouvementée de la famille est touchante, parsemée de deuils dont celui de sa fille aînée, Léopoldine, qui a inspiré à Victor Hugo un très beau poème : « Demain dès l’aube ». Mais la présence de deux petits-enfants a éclairé ses dernières années. « Quand l’enfant nous regarde, on sent Dieu nous sonder. Quand il pleure, j’entends le tonnerre gronder… » « J’aime les bouches sans venin, les cœurs sans stratagèmes. »

Sur le plan littéraire se profile le romantisme : « […] la Révolution française faite littérature » écrit Victor Hugo. « Voltaire parle à un parti, Molière à la société, Shakespeare à l’homme. » Max Gallo ajoute : « Le peuple un jour sera peut-être pour Victor Hugo. » Mais le milieu littéraire n’est pas toujours sympathique. Ainsi à l’occasion d’une critique acerbe qui a été faite à Chateaubriand, Victor Hugo, qui en a vu d’autres, écrit « Ode à M. De Chateaubriand » : « Il est, Chateaubriand, de glorieux navires Qui veulent l’ouragan plutôt que les zéphires […] Laisse donc s’accomplir ton destin magnanime ! […] Toi qu’on voit à chaque disgrâce Tomber plus haut encor que tu n’étais monté. » (7 juin 1824) Il résume son écriture : « Ma manière est de peindre des choses vraies par des personnages d’invention. » Belle définition d’un bon roman.

Quel homme et quelle époque, huit cent pages bien intéressantes et un plaisir de lecture !

Membre : N.L., Île-des-Soeurs

Gallo, Max. Victor Hugo, Éditions XO, 2001, 800 pages.



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