30 août 2018

Une vie sans fin

Beigbeder, Frédéric

Une vie sans fin

Roman documentaire. Pour ceux et celles qui veulent mettre leurs connaissances à jour en matière de séquençage de l’ADN, de congélation de cellules souches, de transfusion de sang au laser, de thérapie génique, de greffes d’organes de porc, d’impression 3D d’organe, de transfert du cerveau sur disque dur ou dans le nuage et autres bidules du même tonneau. C’est assez bien documenté.

Pour le récit et le style, vous pouvez passer au suivant dans la liste de vos incontournables.

Un animateur de télévision, riche et célèbre, décide de tout lâcher pour aller faire une petite balade aux quatre coins du monde afin de rencontrer la crème de la crème médico-patenteuse-numérique. Objectif : l’immortalité offerte par les chantres du transhumanisme, moyennant un léger supplément. Trame convenue, finale prévisible et à faire brailler les cœurs sensibles.

Le style :
Première « figure de style » dont abuse l’auteur, non répertoriée selon mes savants contacts. Grosso modo, il s’agit d’une amplification de la comparaison grâce au procédé bien connu du « name dropping ». Effet comique ? À la longue, ça lasse.

Échantillon :
« Au 9e étage se situait le département de Médecine génétique de la faculté. En polo vert bouteille, le professeur Stylianos Antonarakis ne ressemblait pas au docteur Faust, mais à un mélange de Paulo Coelho et d’Anthony Hopkins. Aussi bienveillant que le premier, magnétique comme le second. Le président de la « Human Genome Organisation » (HUGO) caressait sa barbiche blanche ou essuyait ses lunettes métalliques comme un professeur Tournesol vaguement dans la lune, tout en expliquant comment l’humanité allait muter dans la joie et la bonne humeur.

Pour le style d’animation, je me situe à mi-chemin entre Yann Moix et Monsieur Poulpe – intello mais déconneur (le communiqué de presse dit “pertinent et impertinent”).
À côté de nous, une famille turque, dont toutes les bouches étaient refaites, mastiquait ses pommes de terre bouillies avec le regard vide d’un troupeau de canards gonflables dans une installation de Jeff Koons. Toutes ces hybridations génétiques me donnaient l’impression d’entrer dans l’utérus géant d’un alien visqueux peint par Hans Ruedi Giger, un compatriote de Léonore.

Avec son impressionnante barbe blanche, le docteur Church ressemblait à un mélange d’Ernest Hemingway et de Benoît Bartherotte. Il nous toisait comme un grand ponte.
Personnellement, j’adhérais à ces délires futuristes, à côté desquels ceux de George Lucas semblent arriérés. Léonore avait une dernière question à poser au savant qui ferait passer Victor Frankenstein pour Louis Pasteur.

Ils ressemblaient à Roméo et Juliette, dans un remake en manga pédophile, où Roméo serait interprété par un androïde tridimensionnel, et Juliette par mon héritière, dans une Vérone de synthèse. »

Deuxième « figure de style » dont abuse aussi l’auteur. On s’en lasse immédiatement. On peut la ranger sous la catégorie « mononcle » ou « zouf », pour m’exprimer comme Guy A. Lepage quand un « zouf », justement, énonce des énormités sur Twitter.

Échantillon :
« Parfois, l’unique moyen de vérifier que je suis vivant consiste à regarder sur ma page Facebook combien de personnes ont liké mon dernier post. Au-dessus de 100 000 likes, il m’arrive d’avoir une érection.

J’ai l’âge où l’on commence à boire du Coca Zéro parce que son ventre pousse et qu’on a peur de ne plus voir sa bite. La semaine dernière, un ministre s’est endormi sur mon épaule en suçant son pouce au lieu de défendre son projet de loi, une comédienne a glissé sa langue dans ma bouche en dévoilant sa poitrine (j’ai dû appeler le service d’ordre pour l’empêcher de se doigter devant la caméra 3), et un chanteur a fondu en larmes avant d’uriner dans son froc en parlant de sa mère.

Quant à moi, cela dépend : une fois, j’ai mis dix minutes à articuler “Madame, Mademoiselle, Monsieur, bonsoir”, une autre, j’ai interviewé mon fauteuil pendant une demi-heure (je faisais les questions et les réponses), le mois dernier, j’ai vomi sur mes “blue suede shoes”. »

Il « surzeugme » aussi. Je ne vous les mets pas tous. Juste un. Court. Je n’ai pas que ça à faire. « J’étais nul en maths et en vieillesse. » [et en roman ?]

Lu en version numérique.

Membre : J. de Rosemont

Beigbeder, Frédéric. Une vie sans fin, Éditions Grasset, 2017, 347 pages.



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