01 avr 2021

Turner et le sublime

Gilbert, André (sous la direction de)

Turner et le sublime

Avez-vous eu ou aurez-vous la chance de voir l’exposition Turner et le sublime présentée au Musée national des beaux-arts du Québec ? Pour ma part, j’irai fin avril. Il me semble que c’est encore trop loin. Pour patienter jusqu’à ce moment de bonheur et pour me préparer le cœur, je me suis procuré le catalogue, comme je le fais souvent avant d’aller voir une exposition. En le feuilletant, je me suis rappelé combien mon amie et moi étions restées ébahies par tant de beauté lors de notre visite de la Tate à Londres en 1983. Encore aujourd’hui, les couleurs de ces tableaux et la lumière qui en jaillissait sont très vives dans mon souvenir.

Le catalogue proposé par le MNBAQ et la Tate est magnifique autant par la reproduction des œuvres que par les textes qui les accompagnent. Les reproductions et le papier sont de grande qualité. Le format de 24 x 30 cm montre souvent les tableaux en pleine page et les met en valeur en les encadrant de noir ou de blanc, selon les moments forts du parcours du célèbre peintre et aquarelliste. Il me semble que les couleurs des reproductions sont fidèles aux tableaux que j’ai vus il y a plus de trente ans, du moins, si je me fie à ma mémoire émotive ! Il manque, bien sûr, la structure de la palette et des coups de spatule ainsi que la dimension gigantesque de certaines toiles qui vous envahissent littéralement.

André Gilbert, conservateur du MNBAQ, présente succinctement et de façon très efficace les œuvres regroupées en six thèmes dans le même ordre que l’exposition.
- Les commencements
- La découverte des Alpes
- Le sublime historique
- Paysages lacustres
- La couleur de Venise
- La mer et le ciel.

Dans son introduction au catalogue, David Blayney Brown, conservateur principal de l’art britannique de 1790 à 1850 et « un des plus éminents spécialistes de l’œuvre de Turner », décrit le parcours créatif et artistique du peintre. Il éveille également notre regard sur le sublime et l’ingéniosité de celui qui était considéré comme « un des artistes européens les plus importants du XIXe siècle ».

« La lumière et la couleur, toutes deux gagnant en brillance, sont souvent considérées comme les éléments les plus frappants et les plus omniprésents chez Turner. Leur interaction et leur interdépendance contribuent au caractère essentiellement dynamique de son art, qui absorbe, puis irradie une énergie extraordinaire, que ce soit celle des vagues, des nuages, du temps changeant, ou encore celle des nouvelles technologies qui affrontent et brident ces forces ultimement illimitées de la nature. La présente exposition donne à voir cette énergie et ce dynamisme dans un ensemble d’images contrastées ou apparentées, ainsi que dans leur manifestation et leur développement techniques. » (David Blayney Brown, introduction au catalogue, p. 16-17.)

Lors de ses deux conférences sur Turner qu’a présentées Amel Ferhat en septembre, dans le cadre des Belles Soirées de l’Université de Montréal, l’historienne de l’art qualifie le peintre de « voyageur romantique » qui « maîtrise l’espace » et qui « caresse littéralement la feuille de ses couleurs presque transparentes ». Les couleurs sont au « centre de toutes les préoccupations de Turner », assure madame Ferhat.

Je vous souhaite de voir l’exposition de ce grand peintre qui « élabora une technique particulièrement novatrice et audacieuse, où la description des motifs s’efface au profit de l’éblouissement et de la démesure » (Jean-Luc Murray, directeur général du MNBAQ, avant-propos au catalogue, p. 7.)

Non seulement le catalogue de l’exposition vous fera connaître ce peintre et ses œuvres, mais les textes très instructifs sur la place du sublime à l’ère contemporaine, sur l’ère du charbon et l’exploitation de la nature telle que vue par les contemporains de Turner vous en apprendront beaucoup.

En bonus, Daniel Drouin nous propose de connaître les circonstances de l’acquisition d’un tableau de Turner par le Musée de la province de Québec en 1959 et sa découverte en 2002 alors que le MNBAQ le reçoit sous forme de don de la succession du premier ministre de la province, Maurice Duplessis.

Un catalogue très instructif et tellement beau que vous mourrez d’envie de voir cette exposition.

À défaut de pouvoir y aller (elle se termine le 2 mai), vous pourrez toujours feuilleter le superbe catalogue et faire une visite virtuelle du musée de la Tate.

Pour moi, cette sortie au musée est bienvenue après tant de mois de confinement. Elle est l’annonce d’un printemps plein d’espoir. Je m’en réjouis à l’avance avec la lecture et la relecture de ce catalogue.

Membre : Monique L. de Cookshire-Eaton

Gilbert, André (sous la direction). Turner et le sublime, catalogue publiée conjointement par le Musée national des beaux-arts du Québec et la Tate, 2020, 144 pages.



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