03 oct 2019

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon

Dubois, Jean-Paul

Tous les hommes n'habitent pas le monde de la meme façon

Le dernier roman de Jean-Paul Dubois. Un cru honnête. Ceux qui comme moi ont lu ses romans précédents l’apprécieront. Sa lecture exige toutefois un amour inconditionnel de l’auteur. Si vous n’êtes pas prêts à lui pardonner l’utilisation de la parlure franchouillarde d’un personnage pur jus québécois, je vous conseille de passer votre tour.

Les aficionados des romans de Dubois souriront en relisant « ce qui revient toujours » dans ses textes. Les figures récurrentes : la hantise des arracheurs de dents, une tondeuse à gazon, les accidents de voitures et maritimes, un sympathique pitou, une morsure, un bricoleur, des amours contrariés, des personnes dépressives et névrosées, le personnage d’Anna, de même que celui de Paul, personnages principaux de plusieurs de ses romans.

La composition d’ensemble. Récit alterné de la vie de Paul. Il est emprisonné dans un « condo » à la prison de Bordeaux, avec comme colocataire un Hells qui a un bagout franchouillard. L’autre volet, l’histoire des tribulations de sa famille franco-danoise. Petite tension dramatique pour nous maintenir agrippés au livre. Mais qu’a donc bien pu faire Paul pour se retrouver en prison ?

Des personnages hauts en couleur. Horton, un Hells, qui a un « un pet au casque » et que j’ai fini par trouver plutôt marrant et sympathique, malgré l’extravagance de sa parlure. Le père de Paul, danois, pasteur méthodiste, qui décide un jour de débarquer au Québec à Thedford Mines pour prêcher la bonne parole alors qu’il a perdu la foi. Son épouse, athée, férue de cinéma, elle exploite une salle, Le Spargo, dans laquelle elle projette des films de toutes sortes : Zabriskie Point, Théorème, Blow Up, des Tarkovski… et un peu de porno, genre Gorge profonde. Il faut que ça roule cette boîte. Leblond, l’organiste du prêtre méthodiste qui pousse des airs de jazz, de blues et de swing pendant les offices religieux. Une Algonquine, son imaginaire, pilote d’un avion-taxi Beaver, épouse de Paul. Une savante petite chienne.

On connaît l’affaire Lambert, la « réécriture » de son roman Querelle de Roberval (2018) afin qu’il soit lisible pour les Français. Fort heureusement, il a convaincu son éditeur de maintenir à l’identique ses dialogues.

Dans le roman de Jean-Paul Dubois, ça prenait une bonne dose d’incrédulité pour avaler, sans parfois s’étouffer, les propos de Horton dans une histoire qui se déroule en grande partie au Québec.

Chipotons. Deux poids, deux mesures ?
Malgré tout, j’en recommande la lecture pour son côté truculent mêlé de tragique.
Je vous préviens toutefois. Préparez-vous à vivre dangereusement des moments d’apnée littéraire.

Note : Dans une entrevue accordée à Josée Lapointe dans La Presse + du mardi 17 septembre 2019, Jean-Paul Dubois avoue que l’emploi de l’argot parisien était en effet ridicule : « Je ne savais pas quoi faire autrement. C’est une erreur, j’ai été lâche. En France, ça passe très bien, mais pour vous j’avais conscience dès le début que ce serait ridicule. Et ce l’est. Vous avez entièrement raison. C’est une erreur, mais je ne sais pas comment faire autrement sans être moi-même ridicule, comme les Français qui singent l’accent québécois. Je ne me sentais pas capable de faire quelque chose qui ne soit pas parfait dans l’argot québécois. »

Hum ! Je ne suis pas écrivain, mais les Français ne doivent pas tous habiter sur le Plateau. Il doit bien y en avoir qui sont débarqués au Québec de longue date, qui ont conservé leur argot, qui se sont convertis à la religion des Hells Angels et qui ont un « condo » à la prison de Bordeaux. Capilotractée, mon entourloupette ?

Membre : J. de Rosemont

Dubois, Jean-Paul. Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, Éditions de l’Olivier, 2019, 246 pages.



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