25 jan 2018

Thérèse Desqueyroux

Mauriac, François

Therese Desqueyroux

Beaucoup connaissent ce roman célèbre pour la richesse de son écriture et l’intelligence de ses réflexions et aussi parce qu’il est écrit en s’inspirant de l’histoire réelle d’une femme, nommée Henriette Canaby, qui a essayé d’empoisonner son mari pensant n’avoir d’autres moyens, dans la société où elle vivait, de trouver une liberté alors que cet homme, littéralement, lui empoisonnait la vie.

Dans sa jeunesse, François Mauriac avait été impressionné par cette histoire, il en avait vu le procès et il avait aussi été témoin de l’affaire Dreyfus, celle de ce militaire juif faussement accusé, qui a partagé l’opinion française assez longtemps.

Le personnage de Thérèse Desqueyroux reviendra plusieurs fois dans les écrits de François Mauriac, lui qui a toujours voulu rechercher dans les affaires criminelles des mobiles secrets et des circonstances atténuantes et qui a été sensible aux combats de ses héroïnes, « cœurs enfouis et mêlés de boues », contre le conditionnement imposé par son milieu, au point de défier la morale.

Et un procès, c’est lui qui en fait un, acéré, de la société bourgeoise de Bordeaux dans laquelle il a vécu. Voici un passage de ce qu’en écrit Jean-Luc Barré dans sa Biographie intime (2009-2010) de François Mauriac.

« Jamais l’auteur ne s’est autant assimilé à un personnage au point d’en faire le porte-parole de tout ce qui le hante. L’identification ne réside pas seulement dans l’atmosphère oppressante d’une tribu provinciale « cette cage aux barreaux innombrables et vivants, cette cage tapissée d’oreilles et d’yeux », comme le précise François Mauriac, dont ni lui ni son personnage n’ont réussi à s’extraire complètement. Mais la parenté la plus profonde se situe sur le plan d’une singularité intime qu’ils ont tenté de fuir et d’occulter en croyant trouver chacun dans le mariage et la soumission à la loi commune, un refuge, un moyen de se sauver. Tous deux souffrent d’un même mal : la conscience d’être nés différents des autres, étrangers à la race dont ils dépendent. »

Mais on ne peut qu’ajouter, avec Jean-Luc Barré, que François Mauriac a aussi été un combattant sur plusieurs fronts et a fait face à l’adversité dans les milieux politiques et littéraires de son époque avec un sens aiguisé de la répartie.

En 1945, donc à l’âge de 60 ans, alors que la France de Charles De Gaulle est entre deux référendums, Mauriac déclare : « N’est-ce pas l’occasion de revenir à la seule actualité qui compte et, puisque nous sommes en vacances, de vagabonder à travers les livres et d’interroger ces poètes, ces moralistes, ces musiciens qui nous ont aidés à ne pas fléchir sous un fardeau trop lourd, eux, les seuls grands hommes qui ne nous fassent pas de mal. » Quel hymne à la lecture et à la culture !

Membre : N.L., Île-des-Soeurs

Mauriac, François. Thérèse Desqueyroux, Éditions Grasset, 1927, 187 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.



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