26 jan 2017

Thérèse Desqueyroux

Mauriac, François

Therese Desquier Mauriac

Ce livre m’a fait penser à Kamouraska (1970) d’Anne Hébert. Avec un meurtre ou quasi-meurtre et une jeune femme comme personnage principal qui, dans le contexte d’une société semi-féodale aux inégalités très fortes, se sent inutile, solitaire et en rupture d’appartenance avec sa riche famille.

Ce livre de François Mauriac a été publié en 1927, où il y est davantage question de carrioles que d’autos. Livre réédité dans la collection Le livre de poche en 1964, qui se présente alors sous une belle couverture rouge-rose avec la photo d’une femme fumant, comme absente à elle-même, une énigme à ses propres yeux.

Le récit débute avec Thérèse Desqueyroux qui revient à la maison après avoir bénéficié d’un non-lieu face à l’accusation d’avoir voulu empoisonner son mari. Un non-lieu grâce à l’influence de son père et au faux témoignage de son mari qui s’est porté à sa défense pour éviter le scandale dans ce petit lieu de province où sa riche famille tient à sa réputation. Tentative d’empoisonnement pourtant bien réelle, à laquelle elle s’était adonnée, comme lasse de voir son mari enraciné dans la banalité de l’existence, lui qui va à la chasse, parle patois et s’inscrit tout entier dans une logique familiale où l’inquiétude et l’attention aux angoisses de la conjointe n’existent pas.

Thérèse Desqueyroux qui, dès la nuit de noces, a subi avec dégoût les contacts physiques de son mari. Elle qui est sans passion, pour qui le bonheur n’existe pas, qui ne voit pas d’autre vie qui vaille la peine, sinon peut-être de s’imaginer à Paris. À Paris où elle parlerait, expliquerait son cœur auprès des gens qu’elle choisirait selon l’esprit et non selon le sang comme dans ces landes perdues du Sud-Ouest de la France où elle est confinée.

Ce refus de l’appartenance familiale, c’est comme lorsque devenue enceinte, elle souhaite que l’enfant ne vienne pas au monde. Ne voulant pas qu’il lui ressemble, « avec cette chair détachée de la sienne, elle désirait ne plus rien posséder en commun ». Devant son mari et sa jeune belle-sœur qui ne comprennent pas cette mère qui ne s’intéresse pas à son enfant, Thérèse Desqueyroux se fera cette réflexion : « Comment lui expliquer ? Elle ne comprendrait pas que je suis remplie de moi-même, que je m’occupe tout entière. Anne, elle, n’attend que d’avoir des enfants pour s’anéantir en eux, comme a fait sa mère, comme font toutes les femmes de la famille. Moi, il faut toujours que je me retrouve ; je m’efforce de me rejoindre. »

Le non-lieu pour le crime ayant été établi, Thérèse consent pendant le temps requis d’apparaître au bras de son mari à la messe du dimanche, pour faire taire les rumeurs. À la suite de quoi elle est laissée seule sous la garde de la gouvernante à la vaste maison de campagne, où elle perd tout goût de vivre, ne mangeant plus, gardant le lit et ne faisant que fumer. Si bien qu’après quelques semaines d’absence, en la voyant son mari pensera qu’elle était devenue « la séquestrée de Poitiers ». Ensuite… mais pour connaître la fin, il faut lire le livre.

Livre tout en subtilités, dont l’écriture est un véritable bijou, avec des phrases par petites touches. Des petites phrases comme : « Le cocher contemplait Thérèse avec une attention goulue. » « Ni belle ni laide, on subissait son charme. » « Une lettre exprime bien moins nos sentiments réels que ceux qu’il faut que nous éprouvions pour qu’elle soit lue avec joie. » « Elle sourit, se remasqua. » « Elle se penche sur sa propre énigme, interroge la jeune bourgeoise mariée. » « Les êtres sont supportables dès que nous sommes sûrs de pouvoir les quitter. » « Elle s’obligeait à redevenir lucide, mettant tout son effort dans le renoncement au songe. »

Membre : Jean-Marc

Mauriac, François. Thérèse Desqueyroux, Éditions Grasset, 1927, 187 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.



Partager cet article sur : Partager sur Facebook Partager sur Twitter

Pour laisser un commentaire

*