03 oct 2019

Soif

Nothomb, Amélie

Soif Nothomb

Je ne sais pas. Le livre commence au procès devant Ponce Pilate, d’un Jésus qui écoute, étonné, les mariés de Cana lui reprocher d’avoir attendu la fin de leur jour de noces pour changer l’eau en un très bon vin, les ridiculisant ainsi auprès de leurs invités. Jésus tout aussi étonné à l’écoute d’un aveugle se disant victime d’une guérison miraculeuse qui lui a ainsi fait perdre sa raison d’être, de recevoir des aumônes. Et ainsi de suite d’un étrange procès sans queue ni tête, début de lecture étonnante et réjouissante.

De là, nous suivons Jésus dans sa cellule pour la nuit, attendant la crucifixion du lendemain. Un Jésus qui s’avoue avoir peur même si ce qui se passe a été bien convenu à l’avance avec Dieu le Père. Puis suit la journée du lendemain, sur le chemin d’une bien lourde croix à porter, avec le Seigneur qui, chemin faisant si l’on peut dire, dans la douleur nous communique ses pensées.

Vient ensuite la soif terrible, soif qui, d’y consacrer son esprit, permet à l’extrême limite de contrôler les douleurs de la crucifixion. Jusqu’à la mort. Puis même après, alors que le Christ mort nous fait part de ses réflexions sur l’inanité de ses souffrances au prétexte d’accomplir ce qui avait été convenu avec son Père.

Nous avons droit à ces réflexions qui m’ont fait me demander quel était l’objet et la raison d’être de Soif ? Peut-être un livre dans la veine de la nouvelle spiritualité sans religion ? Avec un Jésus amoureux de Marie-Madeleine, et qui est tout surpris de faire des miracles ? Un Jésus sans aucun enseignement à prodiguer, en quelque sorte un prince Mychkine du livre L’Idiot de Dostoïevski, lequel se serait retrouvé en Palestine il y a deux millénaires. Un Jésus qui aurait eu des pensées du même ordre que celles que vous et moi pourrions avoir à l’occasion d’une opération suivie d’un séjour inquiétant à l’hôpital.

À l’évidence, un récit qui ne cherche pas à rendre compte de ce qui aurait pu se passer, d’un point de vue croyant ou pas, il y a deux mille ans. Un livre, comme toujours chez Amélie Nothomb, fort joliment écrit, parsemé de réflexions auxquelles on ne s’attend pas au détour des pages. Cela dit, on aura compris que je n’y ai pas retrouvé cette satisfaction habituelle à la lecture du nouveau livre dont Amélie Nothomb nous fait don à chaque automne. Mais je ne doute pas qu’un autre lecteur pourrait en juger autrement.

Membre : Jean-Marc S.

Nothomb, Amélie. Soif, Éditions Albin Michel, 2019, 152 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.



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