07 nov 2019

Sodoma : Enquête au coeur du Vatican

Martel, Frédéric

Sodoma

Dès les débuts de son pontificat en 2013, le pape François a dénoncé la curie romaine [le gouvernement de l’église] en pointant du doigt « les hypocrites qui mènent des vies cachées et souvent dissolues, ceux qui maquillent l’âme et vivent de maquillages ».

Les choses ont peu changé : le 21 décembre 2018, devant les cardinaux et les supérieurs de congrégation, il s’est indigné « des péchés et des crimes des personnes consacrées » […] qui « commettent des abominations et continuent à exercer leur ministère comme si de rien n’était (propos rapportés dans le journal La Croix, 21-12-2018).

Pendant quatre ans, l’auteur, sociologue, écrivain et journaliste, a pratiquement vécu à l’intérieur du Vatican, en plus de visiter une trentaine de pays en Amérique du Sud, en Europe et au Moyen-Orient, pour interviewer des centaines de personnes, dont 41 cardinaux, 52 évêques plus de 200 prêtres et séminaristes et des dizaines d’autres personnes. Toutes les entrevues ont été enregistrées avec l’accord des personnes rencontrées, souvent en présence de témoins ou d’interprètes. Il en résulte un volume déjà traduit en plusieurs langues et publié dans une vingtaine de pays. Ce n’est certes pas lui qui contredira le pape.

Car l’enquête révèle le comportement schizophrénique d’une grande partie de ces personnes. Individuellement, les prêtres s’engagent au célibat, à la chasteté, à l’obéissance et au détachement des biens matériels ; collectivement l’Église prône et enseigne une morale extrêmement exigeante, notamment, mais pas seulement, en matière de sexualité. Or, beaucoup vivent dans des appartements d’un luxe inouï, vêtus de façon somptueuse, portent des montres de grand prix et n’hésitent pas à s’affranchir du vœu de chasteté, ayant même des amants ou recourant à des escortes pour assouvir leurs besoins à cet égard. Le tout baigne dans une atmosphère d’omerta qui fait que les comportements déviants sont soigneusement camouflés ; on pense ici en particulier à la pédophilie, endémique dans certains diocèses.

Pour l’auteur, ce comportement découle d’emblée du célibat imposé aux prêtres, une obligation contre-nature absente dans les autres religions. Il résulte aussi du fait que l’Église est une monarchie absolue et que le Vatican étant un État reconnu, ses officiels possèdent une totale immunité diplomatique. Convaincu que le pape actuel veut réformer les abus, Frédéric Martel semble douter qu’il y parvienne.

Membre : Pierre, abonné de Guèvremont

Martel, Frédéric. Sodoma : Enquête au coeur du Vatican, Éditions Robert Laffont, 2019, 632 pages.



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