16 août 2018

River of Doubt : Theodore Roosevelt’s Darkest Journey

Millard, Candice

River Doubt

C’est le récit d’une expédition qu’a menée l’ex-président Theodore Roosevelt, alors qu’il venait d’être battu aux élections, en était bien affligé et qu’il avait reçu une invitation du Musée Social de Buenos Aires l’invitant à partir avec et sur les anciennes traces d’un autre grand homme, le colonel Cândido Rondon. Celui-ci avait été chargé d’implanter quelques années plus tôt une ligne de télégraphie à travers la jungle amazonienne.

Ce même parcours sera fait des années plus tard par Claude Lévi-Strauss qui le racontera dans Tristes tropiques (1955). Ici le livre a été écrit par une biographe américaine, née en 1967, Candice Millard, qui a gagné le prix de l’Association internationale des biographes en 2017 pour ses trois biographies successives de Theodore Roosevelt, de James Garfield et de Churchill.

La biographie de Roosevelt a été la première des trois et alors qu’elle commençait à l’écrire, un passage difficile dans sa propre vie a accru sa motivation à comprendre l’homme et à travers lui son propre cheminement, alors qu’elle devait prendre soin d’un bébé atteint de cancer. La trame des deux premières biographies, c’est le courage, la ténacité et la capacité de passer aux travers des tragédies. Car, dit-elle, l’histoire de Roosevelt m’a appris qu’aucune vie n’est à l’abri des malheurs. Et dans la vie de l’ex-président, il y en eu plusieurs comme le décès le même jour de sa mère et de sa jeune épouse.

Candice Millard cite Theodore Roosevelt lors de l’expédition en Amazonie. Voyant que son état grave mettait en péril la survie même des autres membres de l’expédition en leur faisant perdre un temps précieux alors qu’ils étaient en danger de famine et de maladie, il dit : « Vous pouvez vous en aller, moi j’arrête ici. » « I will stop here », montrant de quelle étoffe il était fait.

Le président Garfield, lui, en train de mourir de sa blessure par balle faute de soins médicaux, a eu une prise de conscience, « on ne peut pas connaître un homme complètement lorsqu’il est en bonne santé » et effectivement, il avait démontré lors de sa longue agonie une endurance comme jamais auparavant.

Le colonel Rondon, lui, avait été un enfant solitaire après la perte de son père, de sa mère et de ses deux grands-parents. Tout jeune, il est entré dans l’armée et, ayant dû faire une pause pour cause de maladie, il a décidé de mener aussi des études d’ingénieur. Il a ainsi été nommé à la tête d’une commission de stratégie pour le développement de la télégraphie. Un autre combattant. Il avait également à cœur de civiliser les indiens de l’Amazonie en les apprivoisant et non de façon brutale. Philosophe à ses heures, il faisait partie du mouvement positiviste d’Auguste Comte.

Pour ce qui est de l’ex-président, on dit qu’il a failli être la victime d’un médecin ignorant qui le condamna dès l’enfance à mener une vie de repos à cause de son asthme. Heureusement, son père lui a dit qu’il n’en tenait qu’à lui de mener sa vie comme il l’entendait.

Ce livre est le récit très documenté et très agréable à lire de l’expédition qu’a faite Theodore Roosevelt en Amazonie, en compagnie de son fils Kermit qui s’était donné la mission de voir à la sécurité de son père, du colonel Rondon, de plusieurs autres hommes de science et des camarados brésiliens forts et courageux. Theodore Roosevelt disait : « Mieux vaut le risque d’une expédition qu’une succession malsaine de banquets. » Il était non seulement un grand voyageur, mais il agrémentait aussi les soirées de la troupe par ses récits de voyages passionnants. C’était un grand lecteur, apportant avec lui toute une bibliothèque, y compris de grands classiques grecs.

Le but de l’expédition était d’arriver à dessiner le tracé géographique d’un grand affluent du fleuve Amazone, la rivière nommée River Doubt par le colonel qui l’avait aperçue et nommée ainsi en raison de l’imprévisibilité de son parcours. On voulait la « mettre sur la carte ». Détail amusant : un monsieur Fiala, préposé au bon déroulement du voyage, avait choisi des canots canadiens au lieu des pirogues amazoniennes en raison de leur légèreté et il est bien dit que cela a aidé à la survie du groupe sur une partie difficile du parcours.

Une dernière épreuve pour l’ex-président : à son arrivée à New York, certains experts l’attendent de pied ferme et prétendent que son récit est un mensonge, une copie d’un autre explorateur ayant été en Amazonie avant lui. Il réagit comme toujours en brave et après avoir dit « qu’il était habitué aux Américains qui après avoir érigé un arc de triomphe et une fois que le héros est passé en dessous il peut s’attendre à recevoir une pluie de briques n’importe quand ». Il s’est donc défendu et a gagné le respect des géographes.

Revenu en 1914 très affaibli, Roosevelt s’éteint à l’âge de 60 ans en 1918. Même s’il disait que « cela prend plus que ça pour tuer un orignal » lors d’un attentat contre lui, ses infections n’ont jamais guéri puisqu’il n’y avait pas d’antibiotiques. Elles ont eu raison de lui.

Le voyage raconté dans cette biographie est passionnant et étayé par les notes des explorateurs eux-mêmes dans lesquelles on trouve des trésors d’informations sur la survie de toutes les espèces.

Ce livre est avant tout le récit d’une expérience humaine héroïque faite par des hommes qui ont du cœur. Une lecture inspirante.

Membre : N.L., Île-des-Soeurs

Millard, Candice. River of Doubt : Theodore Roosevelt’s Darkest Journey, Éditions Anchor Books, 2005, 2006, 432 pages.



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