09 août 2018

Requiem : une hallucination

Tabucchi, Antonio

Requiem

Nous avions pris un dernier verre sur la terrasse d’un bistro tout près de la Gare de l’Est à Paris. Mai. Tu avais froid. Tu portais une longue pelisse de laine comme il s’en porte au Québec. Tu disais que le nord commence à Avignon. Tu habitais Madrid, parfois Marseille, dans les collines, au gré du vent, le vent qui rend fou, disais-tu.

Tu m’avais dit ton attachement pour le Portugal, pour sa langue, pour Lisbonne où tu avais vécu. Tu avais lu dans le texte Le Livre de l’intranquillité (1989) de Pessoa. Le serveur nous pressait de dégager. Les sans-abris venaient faire provision de cigarettes à notre table. Tu avais finalement dit : « Y’en a plus ! ».

Nous avions aussi évoqué l’écrivain italien le plus portugais : Antonio Tabucchi. J’avais dit Pereira prétend (1995). Tu préférais Requiem : une hallucination, une biographie fictive de Tabucchi qui met en scène le fantôme de Pessoa, la gastronomie lusitanienne, les gitans, un raconteur d’histoire et la géographie de Lisbonne. Tu avais froid et tu l’avais cité de mémoire : « On a toujours besoin d’une histoire, malgré les apparences, même si on n’en a pas envie. »

Membre : J. de Rosemont

Tabucchi, Antonio. Requiem : une hallucination, Éditions Christian Bourgois, 1993, 127 pages.



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