10 août 2017

Pline. 1, L’Appel de Néron

Yamazaki, Mari et Miki Tori

Pline tome 1 BD

J’ai découvert ce superbe manga par un article dans un numéro récent d’AnimeLand.

Pline est une biographie du naturaliste romain Pline l’Ancien par Mari Yamazaki (Thermae Romae) et Miki Tori.

Prépublié par Shinchôsa dans le périodique Shinchô 45, ce manga seinen, qui est toujours en cours, a déjà cinq tomes de parus au Japon dont trois ont été traduits en français par Casterman. Le premier volume débute avec Pline s’apprêtant à évacuer Pompéi lors de l’éruption du Vésuve en 79. Il ne se presse pas, prend le temps de prendre un bain et de manger avec son hôte, Pomponianus, car il veut sans doute observer l’éruption aussi longtemps que possible. Il semble n’avoir aucune crainte, contrairement à son scribe, Euclès.

Le chapitre suivant nous raconte, en flashback, comment Pline a rencontré Euclès. La maison de celui-ci venait d’être détruite par une éruption de l’Etna et Pline était de passage en Grande-Grèce (Sicile) pour inspecter les lieux et faire office de gouverneur substitut. En mal d’un scribe pour prendre en note ses observations, il engage Euclès qui a une formation de grammairien. Toutefois, il doit couper court à sa tournée lorsque l’empereur Néron, qui souhaite sa présence pour un concert, le rappelle à Rome. Il choisit cependant de rentrer non par bateau mais par la route, ce qui lui permettra de continuer à faire des observations.

Le récit est entrecoupé par ce qui se passe à Rome, dans l’entourage de Néron : les cauchemars que lui laissent encore les souvenirs d’une mère dominatrice, sa concubine Poppée qui le presse de la marier, mais que faire de sa femme, Octavie, qu’il a exilée dans l’île de Pandataria ? Il nous est présenté comme un artiste troublé, au caractère instable, qui n’est pas fait pour diriger un État, mais qui est bien entouré, notamment par Vespasien.

Après un arrêt à Puteoli pour un bain, Pline arrive enfin à Rome. Il habite dans un quartier mal famé où se côtoient voleurs et prostitués. Il y rencontre par hasard Néron…
Le volume se termine sur une entrevue avec les auteurs, qui discutent de la genèse de leur manga.

Après avoir complété Thermae Romae, Mari Yamazaki voulait faire quelque chose de sérieux sur la Rome Antique et Pline s’est offert comme un sujet évident. Elle s’inspire beaucoup (et cite abondamment) son Histoire naturelle (Historia Naturalis), une sorte d’encyclopédie en trente-sept volumes qui rassemble la somme du savoir romain de l’époque et qui nous est maintenant très utile pour comprendre cette grande civilisation. Toutefois, les hypothèses scientifiques de Pline ne sont pas toujours très solides, tombant parfois dans le farfelu. Il inclut dans son ouvrage la description de créatures mythologiques comme si elles étaient véritables. Mais même cela nous en dit beaucoup sur la mentalité romaine, prompte à la superstition.

Normalement, les mangas sont le fruit du travail d’un dessinateur et d’un scénariste. Toutefois, dans ce cas-ci, il s’agit de deux artistes : non pas un artiste qui travaille avec des assistants (comme c’était le cas pour Thermae Romae), mais bien deux artistes qui collaborent. Mari Yamazaki se charge du storyboard et du dessin des personnages, alors que Tori Miki dessine en détails les paysages et les décors.

Yamazaki semble intéressée à établir une corrélation entre la Rome antique et le Japon : déjà avec Thermae Romae elle avait traité de leur engouement mutuel pour les bains publics et, avec Pline, elle exploite le fait que ces deux civilisations ont sans doute une certaine affinité, car elles ont toutes deux eut à vivre avec la constante menace des catastrophes dues aux séismes et aux volcans : les éruptions du Vésuve et de l’Etna en Italie et les tremblements de terre de Kōbe (1995), de Tōhoku (2011) et de Kumamoto (2016) au Japon.

Évidemment, l’histoire de Pline n’est pas un manga qui va passionner tout le monde, car on n’y retrouve pas d’action ou de combats, mais il offre un sujet très humain sur la curiosité, la découverte de l’univers qui nous entoure et la recherche de connaissances.

C’est un récit biographique où l’on suit trois personnages : Pline, bien sûr, mais aussi son secrétaire Euclès et l’empereur Néron. On découvre peu à peu leur caractère, leur psychologie. C’est aussi une façon assez extraordinaire de découvrir la civilisation romaine et l’oeuvre de Pline. C’est vraiment intéressant, passionnant même, pour un amateur de manga historique. Et il ne faut surtout pas oublier la superbe qualité artistique du travail de Yamazaki et de Tori.

En conclusion, ce manga est un incontournable pour tout amateur d’histoire, de Rome et, bien sûr, de Yamazaki !

Titre original : プリニウス / Plinius

Membre : Claude J, Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension

Yamazaki, Mari et Miki Tori. Pline. 1, L’Appel de Néron, Éditions Casterman, collection Sakka, 2017, 200 pages.



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