29 sept 2022

Pierplante Laforest. Les Mélodies du vent

Lafrance, Alain

Les Mélodies du vent

L’auteur de ce livre et moi avons été confrères au Collège André-Grasset de 1952 à 1960. Lui, c’était vraiment un bollé, comme on dit maintenant. Devenu ingénieur, il a mené une impressionnante carrière qui l’a conduit à diriger des projets à travers la planète, incluant l’Australie, avant d’entreprendre à sa retraite une carrière d’écrivain.

Lors d’une rencontre d’anciens, tenue à Longueuil le 2 septembre 2022, il a remis à chacun des quinze survivants de notre cohorte un exemplaire dédicacé de ce livre. Moi, qui lis presque uniquement des essais historiques ou politiques, je n’attendais pas grand-chose de ce conte. À ma grande surprise, j’ai été fortement impressionné. C’est plus qu’un conte, c’est en fait une fable, une métaphore ou même une allégorie.

Le livre est écrit au « je » par le sujet, Pierre dit Pierplante Laforest, qui possède un don surprenant, dont il a pris conscience dès sa petite enfance, mais qu’il ne peut expliquer : en parlant à une plante ou à une fleur, à un rhododendron ou à une fougère, par exemple, il les amène à se tourner vers lui. Ceci fait de lui un enfant à part, un peu lunatique, mais qui paradoxalement agit de façon tout à fait cohérente dans sa vie et même dans l’application de ce don. Comme il vit dans une famille aimante, qui l’encadre bien, dans un petit village, il ne souffre pas de cette différence.

Néanmoins, en grandissant, Pierplante souhaite appliquer ce don à des végétaux de plus grandes dimensions. Tout en vivant sa vie d’étudiant, de jeune adulte, puis de mari et de père, il se prend à penser qu’en l’utilisant pour orienter les arbres dans le sens du vent, il pourrait produire des sons. Son travail de garde-forestier lui laisse tout le loisir de réaliser sur plusieurs années les expériences qui le conduisent à produire une mélodie de trois minutes, qu’il finit par présenter à un petit groupe enthousiaste. Malheureusement, les efforts cérébraux prodigués pour cette réussite altèrent sa santé et il décède très jeune, avant d’avoir pu tenter de trouver l’explication de ce don. C’est son fils qui termine le récit, qu’on peut voir comme un éloge de la différence.

Dit comme cela, le conte paraît invraisemblable, ce que Pierplante reconnaît lui-même souvent. Pourtant une fois admis le postulat de départ, tout le récit, raconté avec logique dans une langue très soignée, s’enchaîne parfaitement et on y croit totalement. Comme on adhère, par exemple, à une fable de Jean de La Fontaine, une fois admis le fait que les animaux pensent et parlent comme des humains. Bref, ce livre, qui m’a révélé les talents d’une personne que je connais pourtant depuis 70 ans, m’a fait passer deux belles heures.

Membre : Pierre, abonné de la bibliothèque Germaine-Guèvremont

Lafrance, Alain. Pierplante Laforest. Les Mélodies du vent, Éditions Textes et Contextes, 2015, 205 pages.



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