07 juin 2013

Petits dialogues bouchés

Jeanney, Christine

Avez-vous lu les Petits dialogues bouchés de Christine Jeanney ? Performance. Dialogues diaboliques mettant en scène de bien drôles de pistolets le temps d’un court échange qui tourne en rond, effleurant du coup la bêtise humaine. Ils sont pleins d’eux-mêmes, ces petits égos, avec leur petit moi fripé. Des « moi » un brin haïssables : médiocres, paranoïaques, coincés, égocentriques, envieux, jaloux, hypocrites et j’en passe.
Des textes truculents pourtant et d’une irrésistible drôlerie. Idée saugrenue : la rencontre de La Cantatrice chauve (Ionesco) et de Reger dans Maîtres anciens (Thomas Bernhard).
Ne les cherchez pas dans le catalogue Nelligan, ils ont été publiés sur son blogue au rythme endiablé d’un par jour, du 28 avril au 30 mai 2013. Christine Jeanney a eu l’idée de les réunir dans un fichier numérique (epub) que vous pourrez récupérer ici : 33 petits dialogues bouchés en un (http://bit.ly/13wFRSc)
Je vous en mets un, allez voir, diantre ! :
Oh vous :
« – Mais pourquoi ? Pourquoi ne parlez-vous jamais de moi ?
– Qui, moi ?
– Oui, vous ! De moi !
– De vous ?
– Oui ! De moi ! Je vous regarde aller et venir depuis un bon bout de temps, je n’y peux rien, vous êtes dans mon champ de vision, vous passez, là, vous marchez, vous vous installez, tout à votre aise, pff.
– Mon aise ?
– Oui, c’est fabuleux cette dose d’indifférence. Je vous surveille du coin de l’œil, rien d’intrusif cependant…
– Vous me rassurez.
– Eh bien, c’est simple, quoi que vous fassiez, rien, rien, RIEN sur moi.
Comme si je n’existais pas.
– C’est que je prends le bus.
– Oh la piètre excuse. Je resterai incompris, allez. À cause de gens comme vous. Dans des bus. Vous montez dans des bus, sans gloire. Sans générosité. Sans élan. Les bus de la médiocrité.
– Je vais chez ma sœur.
– Ah, l’excuse de la sœur maintenant. Pitoyable. Tel que vous me voyez, monsieur, je me suis toujours fort bien passé de sœur ! Et je me porte comme un charme ! Ça, au moins, vous ne me l’enlèverez pas !
– Si ça peut vous calmer, je peux lui parler de vous ?… à ma sœur.
– Enfin ! Merci. J’en prends bonne note. »
Il sort un calepin de sa poche, un crayon, et murmure « deux de plus ».



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Membre : Montréal

Jeanney, Christine. Petits dialogues bouchés, Tentatives, 28 avril-30 mai 2013.

Catégorie : Périodiques

33 petits dialogues bouchés en un (

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