03 mai 2018

Mystiques et magiciens du Tibet

David-Néel, Alexandra

Mystiques et magiciens

L’auteure a fait de nombreux voyages surtout aux Indes, au Tibet et en Chine à la recherche du bouddhisme du Bouddha, en tant qu’une philosophie plus qu’une religion, mais aussi dans l’intérêt d’en voir ses variantes surtout au Tibet. Elle a fait des études et est devenue ce qu’on appelait une orientaliste.

Dans le livre sur les croyances au Tibet, elle s’est attachée littéralement à éplucher les divers rites et croyances des populations du Tibet qu’elle a trouvés empreintes d’influences de magie et de sorcellerie, remontant jusqu’aux shamans, donc modifiant le bouddhisme tel qu’enseigné par Bouddha.

Il y a d’innombrables diversités de croyances, toutes extrêmement bien documentées par des observations minutieuses et des entretiens poussés avec la population tibétaine et avec des religieux du pays. Elle aurait aimé pouvoir « dépoussiérer » ce bouddhisme, mais elle constate en même temps que, surtout dans les populations plus instruites, le bouddhisme primitif s’est amélioré déjà. Par exemple, il est moins suggéré aux religieux d’être dans une extrême pauvreté.

Le style, m’a semblé plus soigné que dans Voyage d’une Parisienne à Lhassa (1927) et il y a aussi plus de descriptions des magnifiques paysages tibétains. Elle parle donc beaucoup du bouddhisme et des lamas du Tibet et de tous les phénomènes psychiques qui s’y rattachent.

Ce document est impressionnant et, s’il est très sérieusement fouillé, il n’est pas dénué d’humour. Ainsi, cette petite histoire qu’elle raconte sur certaines coutumes tibétaines lors de la mort d’un proche ; on lui organise un repas funéraire au cours duquel on lui parle. Un membre âgé de la famille le harangue : « Écoute, Un Tel, dit-il, tu es mort. Sache bien que tu n’as plus rien à faire ici. Mange copieusement pour la dernière fois, tu as une longue course à fournir, plusieurs cols à traverser, prends des forces et puis ne reviens plus… Je t’informe que ta maison a été détruite par un incendie. Tout ce que tu possédais est brûlé. À cause d’une dette que tu avais oubliée ton créancier a emmené tes deux fils comme esclaves. Quant à ta femme elle est partie avec un nouveau mari. Ainsi, garde-toi de revenir ici. »

L’auteure stupéfaite lui demande comment une telle suite de malheurs s’est-elle produite et l’homme lui sourit malicieusement en disant qu’il n’est rien arrivé du tout, mais qu’il fallait dégoûter le mort de revenir et que c’est ainsi que font les gens peu éduqués parce qu’ils ont très peur des revenants qu’ils estiment dangereux. Un lama ne ferait qu’encourager le mort à suivre sa route sans regarder en arrière et pour son plus grand bien. Les croyances des lamas lettrés et des mystiques contemplatifs diffèrent beaucoup de celles des masses quant au sort de l’esprit dans l’au-delà.

Par moments, Alexandra David-Néel s’arrête pour regarder un paysage magnifique comme « la route bordée d’azalées et de rhododendrons, un torrent chatoyant lançant des ombres pourpres et mauves, jaunes ou même blanches sur les collines voisines ». Parfois dans le grand silence du désert un ruisseau aux eaux claires et glaciales gazouille d’une voix cristalline et on voit des vallées enchanteresses où mûrissent les grenadiers. Elle dira : « Jamais je n’oublierai ces premiers coups d’œil jeté sur le Tibet. » C’est là qu’elle va dire adieu au Dalaï-lama, considéré comme l’un des principaux disciples du Bouddha historique, alors revenu depuis peu après que ses troupes eurent battu les Chinois.

Elle raconte d’autres faits assez cocasses comme ce que peut engendrer de drames le fait que la polyandrie soit pratiquée dans certaines familles. Ici, le plus jeune des garçons refusant de partager une épouse avec ses frères plus âgés.

Les lamaseries qu’elle visite lui semblent tout d’abord d’une somptuosité barbare et puérile, mais elle atténuera cette impression plus tard. Il y a de l’or, de l’argent, des turquoises et du jade partout. Dans les lamaseries existe une vie monastique où se retrouvent des associations disparates composées de philosophie subtile, de mercantilisme, une poursuite de plaisirs grossiers et tout ça étroitement entremêlés, même si le but poursuivi est l’acquisition de connaissances transcendantales et la poursuite d’expériences mystiques. Elle note que les membres ne vivent pas au monastère même, mais dans de petites maisons adjacentes.

Par ailleurs, l’auteure dit que le Tibet est le pays des démons qui revêtent des formes diverses et qui habitent partout dans la nature. Les lamaïstes les domptent et les sorciers aussi, mais en tentant de les asservir. Certains démons seraient chasseurs de souffles vitaux ou empoisonneurs, ce qui faisait trembler la population à cette époque.

L’auteure conclut que la mentalité au Tibet, telle qu’elle l’a constatée parmi les gens du pays, n’a pas changé depuis le XIe siècle. Les plus intelligents des lamas et les mystiques avancés n’attachent que peu d’importance à tout ça. Les mystiques sont des gens taciturnes, dit-elle, mais ils ont développé une forme de contemplation jusqu’à la télépathie.

Enfin, comme dans la plupart des pays bouddhistes, la méditation est une pratique courante et même méditer dans le noir, parfois dans des chambres spéciales et parfois pour de très longues périodes, ce que David-Néel décrit de façon impressionnante. Tout cela dans un paysage lui-même tout à fait saisissant. « Nulle description ne peut donner une idée de la sereine majesté, de la grandeur farouche, de l’aspect effroyable et du charme ensorcelant des différents paysages tibétains » dit-elle.

Membre : N.L., Île-des-Soeurs

David-Néel, Alexandra. Mystiques et magiciens du Tibet, Éditions Plon, 1929, 1973, 318 pages.



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