26 mai 2016

Mon nom est Rouge

Pamuk, Orhan

mon nom pamuk

Un roman vivant et coloré qui nous plonge dans l’atmosphère du déclin de la peinture des enlumineurs ottomans sous l’influence des peintres européens, en particulier des portraitistes italiens, à la fin du XVIe siècle, alors que régnaient encore des règles de l’islam condamnant les portraits pour danger d’idolâtrie. « Si je cherche à me figurer une image qui ne soit pas l’illustration d’une histoire, elle sera finalement une sorte d’idole », dit un des personnages, « et qui finit toujours par inviter à l’adoration ».
Un meurtre a été commis, mais ce n’est pas tant cette histoire qui est importante, que tout ce qui est écrit, avec beaucoup d’amour, sur la peinture des enlumineurs ottomans et sur la peinture tout court.
Le rouge, c’est la couleur qui parle et se décrit avec passion. « Qu’est-ce qu’une couleur ? C’est le toucher de la pupille, la musique du sourd-muet et la parole des ténèbres. » Les peintres, eux, « à la place du bonheur dans la vie, mettent celui de la contemplation. » Et « la qualité d’un peintre se révèle à sa manière d’appréhender la cécité de la mémoire. »
On sent la nostalgie de l’auteur pour un temps révolu où « la rose rouge de l’inspiration, née en Orient, a été transportée à Istanbul, s’est fanée au couchant de celle qui avait vu fleurir tant de peintres de miniatures. La peinture a été quittée comme une maison dont on passe une nuit la porte, sans se retourner, en la livrant aux ténèbres de la ville. »
S’il y a quelques longueurs, des descriptions ou de petites histoires connexes, c’est au profit de l’atmosphère ; cela mériterait une deuxième lecture.
De même que le récit nous convie à nous renseigner sur l’histoire de cette époque, par exemple celle de Nakkach Osman, peintre enlumineur de 1560 à 1592 à Istanbul et chef de l’atelier impérial. On peut trouver aussi sur internet des photos de belles enluminures.
Une lecture que complète bien l’autobiographie Istanbul : souvenirs d’une ville (2003, 2007) du même auteur.

Titre original : Benim adim kirmizi

Membre : Île-des-Sœurs

Pamuk, Orhan. Mon nom est Rouge, Éditions Gallimard, collection Du monde entier, 2001, 573 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.



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