10 fév 2022

Mon combat, vol. 1 à 6

Knausgaard, Karl Ove

Mon Combat 6 vol.

Mon combat de Karl Ove Knausgaard comprend six tomes publiés, en français, entre 2012 et 2020. En norvégien, entre 2009 et 2011 sous le titre original de Min kamp.

Il s’agit d’un roman autobiographique qui raconte les relations de l’auteur avec les membres de sa famille (plus particulièrement son père) ainsi que celles qu’il a tissées avec ses amis et les femmes, notamment ses deux épouses dont Linda, sa seconde, avec qui il a eu quatre enfants. Dans l’ensemble, Knausgaard n’a pas eu jusqu’à maintenant une vie de tout repos, de là le titre de l’œuvre.

Mon combat est la lutte qu’il a poursuivie toute sa vie pour devenir un homme, un être humain complet, malgré la pression énorme qu’exerçait son père sur lui ainsi que toutes les difficultés qu’il a dû surmonter pour devenir écrivain.

Tome I : La Mort d’un père (2012, 582 pages).
Subtil comme titre ! Ce n’est ni « La Mort de mon père » ni « La Mort du père ». Et cela a une certaine importance. C’est comme si l’écrivain essayait dans ce livre de se rapprocher, sans totalement y arriver, d’un père qu’il a méconnu. Une fois ce dernier décédé, il se surprend à découvrir un homme totalement étranger à lui. Lui qui est un être sensible, mais dont le père est très colérique. On y découvre aussi un garçon qui aime beaucoup les filles et qui est passionné de musique rock.

Tome II : Un homme amoureux (2014, 777 pages).
Si vous croyez qu’il s’agit d’une histoire d’amour genre histoire à dormir debout, détrompez-vous. Il y est plutôt question d’un homme passionnément amoureux de sa femme et qui en même temps adore son enfant qui vient de naître. Nous y voyons toutes les difficultés qu’il a dû affronter pour concilier amour, enfant et travail. Pour que ce fragile équilibre soit maintenu. Comment arriver à préserver l’amour dans le couple tout en s’occupant de l’enfant et en persévérant dans son désir de devenir un écrivain reconnu ?

À ce sujet, tout comme dans le Tome 1, Knausgaard n’a pas la langue dans sa poche : « Combien de bons livres vraiment importants sortaient en Norvège ? Environ un tous les dix à vingt ans. [...] Et combien de romans norvégiens ont été publiés entre temps ? Des milliers ! Oui, des milliers ! Quelques-uns sont bons, quelques autres plus nombreux sont moyens et la plupart sont mauvais. C’est ainsi, ça n’a rien d’extraordinaire et tout le monde le sait. Le problème, c’est tout ce qu’il y a autour, la flatterie que les auteurs médiocres sucent comme des bonbons et ce qu’ils sont capables de dire dans les journaux et à la télévision à cause de la fausse image qu’ils ont d’eux-mêmes. »

Tome III : Jeune homme (2016, 581 pages).
Sur le plan chronologique, ce récit précède les deux premiers tomes. Knausgaard y raconte sa vie d’enfant.
Un enfant très sensible qui découvre le vélo, le football, la musique et les filles.
Un enfant qui aime jouer des tours avec ses amis.
Mais surtout un enfant qui grandit dans la peur de son père, un homme autoritaire, imprévisible et omniprésent.

Tome IV : Aux confins du monde (2017, 648 pages).
Il n’a que dix-huit ans, mais il est engagé comme professeur d’une classe d’élèves du secondaire. L’école est située dans un petit village de pêcheurs, un coin perdu aux confins du nord de la Norvège. Son alcoolisme, ses difficultés avec les filles, parce qu’il souffre d’éjaculation précoce, ses envies de coucher avec ses élèves qui ont à peine 13-14 ans constituent les principales difficultés que Knausgaard doit surmonter.

Tome V : Comme il pleut sur la ville (2019, 835 pages).
Après son court séjour comme professeur, Knausgaard s’installe à Bergen où il s’inscrit à l’Académie d’écriture pour apprendre les bases que tout bon écrivain doit avoir. Mais ses ambitions sont de loin supérieures à son talent. Comme on le dit si bien au Québec : « Il en arrache. » Et pas seulement avec l’écriture. Avec les femmes aussi. Pour oublier ses échecs, il se noie dans l’alcool et la musique rock.

Il pleut tellement dans ce roman, qu’il faut régulièrement le faire sécher sur la corde à linge ! À preuve ces deux extraits.
« Bergen, la ville aux essuie-glaces qui vont et viennent. »
« À mon réveil le lendemain dans la matinée, la pluie tombait, régulière et drue, comme toujours sur cette ville, cette pluie qui, sans se distinguer ni par sa force ni par sa violence, dominait tout. Même quand on sortait équipé d’une veste et d’un pantalon imperméables, ainsi que de bottes en caoutchouc, on rentrait trempé. La pluie s’infiltrait dans les manches, s’insinuait dans le col, et en dessous du ciré c’était l’étuve, sans parler de ce qu’elle infligeait aux murs et aux toits, aux pelouses et aux arbres, aux rues et aux porches en se déversant sur la ville sans discontinuer. Tout était mouillé, tout était recouvert d’une pellicule moite, et en marchant sur les quais, on avait l’impression que ce qui était au-dessus de l’eau se mêlait étroitement à ce qui était en dessous, que dans cette ville la frontière entre les deux mondes était fluctuante, pour ne pas dire fluide. »

Tome VI : Fin de combat (2020, 1408 pages).
Étrange que ce dernier tome. Il est constitué de trois histoires distinctes : les problèmes que Knausgaard a avec la parution du premier tome et des suivants (470 pages) ; une dissertation sur le Mein Kampf d’Adolf Hitler (570 pages), intitulée Le nom et le nombre ; les problèmes de santé mentale de Linda, sa femme (360 pages). À mon humble avis, l’éditeur aurait dû faire paraître trois ouvrages distincts.

La première partie est très captivante. Avant de publier le premier tome (La Mort d’un père), Knausgaard envoie son manuscrit aux personnes dont le nom apparaît dans le roman. Tous donnent leur OK (certains avec corrections mineures), sauf un : le frère du père. Il lui interdit de publier ce roman sous peine de poursuites prétextant que c’est un tissu de mensonges.

Pour ce qui est de la seconde partie (Le nom et le nombre sur le Mein Kampf d’Hitler), j’ai abandonné après une vingtaine de pages : ça n’a rien à voir avec le reste et c’est ennuyant comme la pluie qui tombe sur Bergen. Gardez votre énergie pour la troisième partie.

Dans cette fin de saga, Knausgaard nous raconte les difficultés qu’il a dû surmonter lorsque sa femme Linda a commencé à manifester des troubles de bipolarité. Un enfer qu’il a eu le courage de traverser. Je ne vous dis que ça.

Conclusion : J’ai toujours trouvé que les Scandinaves nous ressemblaient puisque, comme nous, ils vivent dans une région où le froid a une très grande importance dans toutes les facettes de la vie. Cette autobiographie en est une preuve supplémentaire. Les hommes du Québec, du moins ceux de ma génération, ont eu avec leur père certains problèmes de communication qui prennent un sens particulier dans ce livre.

Si un jour vous devenez comme moi un inconditionnel de cet auteur norvégien, ou tout simplement si vous êtes curieux, allez jeter un œil sur le site d’Amandine Glévarec : kroniques.com. Une mine d’informations non seulement sur Knausgaard, mais sur une foule d’autres auteurs.

Titre original : Min kamp

Membre : Michel, Saint-Jean-sur-Richelieu

Knausgaard, Karl Ove. Mon combat, vol. 1 à 6, Éditions Denoël de 2009 et 2011.



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