10 sept 2015

Millénium. 4, Ce qui ne me tue pas

Lagercrantz, David

millénium 4

Nonobstant les querelles de succession, la grande question restait de savoir si le nouvel auteur, David Lagercrantz, pourrait ressusciter de façon convaincante la salle de rédaction de Millénium et les protagonistes de la trilogie (maintenant quatuor) de l’auteur initial, Stieg Larsson, et raviver chez les lecteurs le même intérêt qui les animaient une décennie plus tôt.
Pour relever ce défi, cela prenait minimalement un climat nordique de chiens de traîneaux et des noms de lieux qui nous font prendre la rue Hornsgatan, en direction de Slussen, piquer à droite sur Götgatsbacken pour se rendre dans le bureau de la revue, angle Götgatan et Hökensgata. Tout à fait réussi. On est bien au pays de Camilla Läckberg, on ne se repère pas bien, mais ça n’a aucune importance pourvu qu’une grisaille caractéristique s’y retrouve. Elle est au rendez-vous. Pas une grande difficulté pour un auteur suédois.
Est-ce que, passant des mains d’un auteur à un autre, les personnages principaux nous reviendraient, dix ans plus tard, tels qu’ils sont restés dans la mémoire (souvent défaillante) des lecteurs ? On s’inquiète particulièrement de deux d’entre eux, Mikael Blomkvist [journaliste d’investigation. Un reporter de la vieille école, persuadé qu’on peut changer le monde avec un article. La revue Millénium, c’est toute sa vie] et Lisbeth Salander [hackeuse de génie. Une justicière impitoyable qui n’obéit qu’à ses propres lois]. Pas de souci. On se retrouve aussi en pays de connaissance.
Si une décennie s’est écoulée pour le lecteur, il demeure difficile de préciser combien d’années séparent le tome précédent de celui-ci. Depuis combien de temps au juste Blomkvist n’a-t-il pas brillé dans une enquête potable et est-il considéré comme un « has been » ? Depuis combien de temps Salander n’a-t-elle pas refait surface ? Comme des héros de bande dessinée, le temps n’a pas prise sur eux. Il faut l’accepter si on veut vivre l’aventure et ce n’est probablement qu’ainsi qu’ils peuvent conserver tous leurs apanages.
Veut-on vivre l’aventure ? Oui, on le veut.
Le nouvel auteur réussit-il à tricoter une intrigue digne de son prédécesseur ? Pas de problème. Le laïus de présentation de l’éditeur dit :
« Quand il apprend qu’un chercheur de pointe dans le domaine de l’intelligence artificielle détient peut-être des informations explosives sur les services de renseignements américains, Mikael Blomkvist se dit qu’il tient le scoop dont Millénium et sa carrière ont tant besoin. Au même moment, Lisbeth Salander tente de pénétrer les serveurs de la NSA. » Tous les ingrédients sont là.
Le spécialiste en question de l’IA a un fils de huit ans autiste « savant » dont le cerveau pourrait bien battre les ordinateurs sur le plan du déchiffrement des documents secrets (belle occasion de causer de nombres premiers jumeaux et de factorisation par courbes elliptiques… c’est toujours amusant). Il est aussi doté d’une mémoire eidétique qui lui permet de dessiner de façon époustouflante les événements dramatiques dont il est témoin, faute de pouvoir simplement les raconter (belle occasion de causer de l’autisme et de tous les mystères qui entourent cette déficience). Ce petit devient d’emblée un témoin gênant, alors la trame est toute tracée… style Witness avec Lisbeth Salander dans le rôle d’Harrisson Ford. On aime quand Lisbeth dérouille sans hésitation une ordure de batteur de femme ou d’enfant… On n’en sera pas privés.
S’il faut se fendre d’un avis critique, c’est à ranger dans les honnêtes produits de divertissement. Tout comme les autres tomes de la trilogie, à placer dans la bibliothèque à côté des histoires de Madame Läckberg. Histoire policière/journalistique, bien menée, recette de virevolte-pages bien maîtrisée.
Certains critiques et commentateurs disent que le style de Stieg Larsson avait plus de « profondeur ». Soit qu’ils sont dotés d’une mémoire hors du commun, soit que ce sont des nostalgiques qui s’imaginent que les tomes précédents constituent une oeuvre « classique », par opposition à un quelconque polar suédois. Est-ce que cette idée est fondée ? À chaque lecteur d’en juger, mais il y a tout de même, dans ce tome, une saveur Marvel Comics un peu plus prononcée, d’autant plus que l’auteur y fait directement référence en nous racontant que Lisbeth, dans son enfance, se régalait des aventures de Thor, Iron Man, Captain America et plus particulièrement d’une certaine Wasp (pseudo à quatre lettres de Salander). On peut ainsi avoir l’impression de lire un dérivé d’histoire de super-héros. Les super-pouvoirs étaient déjà de mise dans la trilogie initiale, mais plus discrètement – le cas de Lisbeth est à cet égard patent et ce n’est pas pour rien que Mikael est aussi connu sous le nom de « Super » Blomkvist.
Est-ce un clin d’oeil de l’auteur qui veut rappeler à ses lecteurs qu’ils se font prendre par la mécanique toute primaire d’une bande dessinée ?
Très bon polar, chaleureusement suggéré.

Titre original : Det som inte dödar oss

Membre : JimG de St-Athanase

Lagercrantz, David. Millénium. 4, Ce qui ne me tue pas, Éditions Actes Sud, 2015, 481 pages.



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Une réponse pour “Millénium. 4, Ce qui ne me tue pas”

Monique Lefebvre dit : - 11 septembre 2015

J'ai aimé les trois premiers Millenium. Que vais-je découvrir dans le quatrième ?

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