25 fév 2016

Meursault, contre-enquête

Daoud, Kamel

Meursault, contre-enquête

L’Arabe qu’a tué Meursault est un être sans nom dans le roman de Camus. Daoud lui imagine un frère, Haroun qui, devenu vieux, veut le faire revivre en révélant son nom : Moussa. Il écrit tous les soirs dans un bar où il laisse éclater sa colère et sa révolte contre les hommes. Il soliloque. Il veut raconter l’envers du décor et régler ses propres comptes avec la religion. Il vit avec sa mère, femme illettrée et inconsolable de la mort gratuite de son fils au point qu’elle en oublie même le seul fils qui lui reste ; ils habitent tous les deux dans une misérable maison. Après l’indépendance, ils vont vivre dans la maison abandonnée alors par les colons français qui employaient la mère comme femme de ménage. Le lendemain de l’indépendance, Haroun tue froidement un colon français, Joseph, et subitement, il se trouve de l’autre côté de la barrière, du côté de Meursault, le tueur.
Si l’absurdité dans L’Étranger (1942) est que Meursault ait été condamné pour n’avoir pas pleuré à l’enterrement de sa mère, l’absurdité, pour Haroun, est que s’il avait tué pendant la guerre, c’eût été un acte héroïque, mais après, cela devient un meurtre.
C’est un livre qui fut certainement difficile à écrire pour l’auteur et plus difficile encore à lire pour le lecteur qui se perd un peu, car on ne sait jamais à qui l’auteur s’adresse : Meursault ou Camus ? Il faudrait le lire plusieurs fois et connaître par cœur L’Étranger pour s’y retrouver et apprécier cette contre-enquête qui devient un conte philosophique.

Membre : Outremont

Daoud, Kamel. Meursault, contre-enquête, Éditions Actes Sud, 2013, 2014, 153 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.



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