01 déc 2022

Marcher jusqu’au soir

Salvayre, Lydie

Marcher

Voici le deuxième livre de la collection « Ma nuit au musée » que j’ai le plaisir de lire. Lydie Salvayre accepte de passer une nuit dans un musée afin de produire un roman qui relate cette expérience. Comme pour Leïla Slimani, qui avait passé la nuit dans un musée de Venise (Le Parfum des fleurs la nuit, 2021), Salvayre va à la rencontre de L’homme qui marche de Giacometti au musée Picasso.

Elle nous livre ses réflexions avec énergie, sans filtre. Ce périple débute avec une réflexion concernant l’écriture. « Écrire sans désir, sans ferveur, écrire sans colère ou révolte en guise de ferveur, écrire dans la morosité, dans l’ennui ou la maussaderie m’était inconcevable. »

Elle nous entraîne par la suite dans une réflexion sur la culture et son rapport à celle-ci. Le tout se fait sur le ton de la colère. Une colère dirigée vers le monde et vers son père. Elle affirme : « J’ai toujours eu le sentiment de la fragilité des êtres vivants, comme si à chaque instant il faudrait une énergie formidable pour qu’ils puissent tenir debout. Toujours sous la menace de s’écrouler. »

Durant cette nuit devant la sculpture de L’homme qui marche, voici une autre réflexion de cette écrivaine : « Je me pris à regretter ces moments où j’avais constaté, non sans soulagement, que je faisais partie d’une communauté d’hommes et de femmes aussi démunis que moi, aussi désemparés, aussi imbéciles et réunis, illusoirement par leur désir de jouir d’un instant de beauté en espérant, en espérant quoi au juste ? »

L’auteure espérait une connexion avec la création de Giacometti. Elle nous parle de l’artiste, de ses échecs revendiqués et de sa modestie. « L’homme qui marche se savait mortel, point barre. On ne lui fait pas le coup d’embellir la chose en jetant de la poudre aux yeux de la mort. »

Cette nuit dans un musée amène Lydie Salvayre à ce poème de Baudelaire :
« C’est la mort qui console hélas ! et qui fait vivre
c’est le but de la vie, et c’est le seul espoir
Qui, comme un élixir nous monte et nous enivre,
et nous donne le cœur de marcher jusqu’au soir. »

Captivant de suivre les réflexions de Leïla Slimani et de Lydie Salvayre qui ont accepté de vivre toute une nuit dans un musée. Une expérience faite de silence, de défis, de moments avec soi-même. Une lecture à ne pas manquer !

Membre : Pierre, Saint-Jean-sur-Richelieu

Salvayre, Lydie. Marcher jusqu’au soir, Éditions Stock, collection Ma nuit au musée, 2019, 211 pages.



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