14 mai 2020

L’Impératrice des mensonges

Cooney, Eleanor et Daniel Altieri

L'Impératrice des mensonges

En confinement depuis le 13 mars, on peut vraiment parler de quarantaine ! Vous arrive-t-il, à vous aussi, de vous demander quel jour nous sommes ? Quelle heure il est ? Est-ce l’heure de l’appel quotidien à une amie qui vit seule ? La belle heure à laquelle Louise s’installe sur son balcon et contemple le lac alors qu’il devient un miroir, que le Martin pêcheur plonge fébrilement pour trouver son repas, que les parents Colvert y promènent leur progéniture, que le Grand Harle laisse mon amie ébahie d’admiration ? Est-ce l’heure du Loup, qu’on définit comme un moment de « clairvoyance existentielle et qui a lieu entre trois et quatre heures du matin » ? L’heure de notre apéro chantant virtuel ?

J’ai perdu la notion du temps. Tant qu’à faire, autant continuer mon périple dans la Chine ancienne et suivre le juge Ti, à l’heure du Chien, alors qu’il se promène dans les ruelles de Yang- chou, un « port marchand du fleuve Bleu, où vient se jeter le Grand Canal ».

L’intrigue se déroule au VIIe siècle, sous le règne de Wu Zetian (Wu Tse-Tien), seule impératrice régnante dans l’histoire de la Chine, une concubine « qui devient très rapidement la favorite de l’empereur Gaozong, dont elle finit par faire évincer l’épouse officielle après avoir fait croire que cette femme a assassiné le bébé dont elle venait d’accoucher ». On rapporte que c’est Wu Zetian qui a étouffé le bébé pour ensuite fonder la dynastie Zhou en tirant « les ficelles du pouvoir avant d’accéder elle-même au rang d’impératrice en 655, contre l’avis des familles nobles qui ne voyaient en elle qu’une usurpatrice […] et qui arrive à ses fins après moult péripéties et complots, non sans avoir procédé à l’élimination impitoyable de tous ceux qui étaient susceptibles de lui faire obstacle ». (1)

Toujours selon José Frèches, « Wu Zetian (624-705) s’est appuyée sur des prédictions bouddhiques […] pour se faire désigner comme la possible réincarnation du Bouddha messianique ». Dans le roman L’Impératrice des mensonges, le célèbre juge Ti, Sherlock Holmes du moyen-âge chinois, baigne dans l’univers dépravé et corrompu de cette impératrice qui « s’acoquine avec le chef d’une secte redoutable qui sème la terreur dans tout le pays ». Cela révolte le juge Ti « qui décide de mettre tout en œuvre pour sauver l’Empire ».

Une enquête complexe, un suspens haletant. Avec le juge Ti, qui cherche à disculper un jardinier qu’il estime exécuté par une erreur de jugement, nous parcourons la Chine du VIIe siècle pendant que le magistrat fait face à une série de crimes et que des malfaiteurs se réfugient dans les monastères bouddhistes où les moines commettent certains abus.

L’éditeur présente ce livre comme « un fabuleux roman historique salué par une presse unanime et un succès public énorme, qui nous entraîne dans les coulisses d’une des sociétés les plus mystérieuses de l’histoire de l’humanité. Une réflexion sur le pouvoir, la corruption, la grandeur et la décadence. Le rapprochement avec Au nom de la rose d’Umberto Eco, n’est pas usurpé ».

À lire avec une carte ancienne du pays du Soleil levant sous les yeux, un livre sur l’histoire de la Chine dans lequel on peut retracer le fil du temps et sûrement un petit calepin de notes pour s’y retrouver car, comme on dit, « le diable est dans les détails ».

Un exemple pour vous mettre l’eau à la bouche : la description du monastère du Nuage doré. « Lorsqu’ils franchirent le portail, le recteur lâcha le bras du juge qui le suivit alors dans un magnifique jardin rocailleux. Des sentiers serpentaient à travers une pinède ; des rochers et des bosquets de bambous aériens se réfléchissaient dans des bassins aux eaux sombres. […] Et d’un geste large, il désigna la vaste salle dont l’extraordinaire richesse stupéfia Ti. Il n’avait jamais rien vu de pareil. Sur le grand autel qui courait le long du mur du fond trônaient quatre gigantesques statues en or – les quatre bodhisattvas sacrés de Chine : Kuan-yin, Wen-shu, P’u-hien et Ti-tsang. La tête des dieux, assis en lotus, se découpait sur une immense auréole d’or et d’argent, chacune rehaussée de démons et d’anges en or et en argent repoussé qui illustraient les légendes de la vie de Bouddha et de ses saints. À la périphérie, des centaines de minuscules fleurs ciselées avec leurs feuilles et leurs pétales incrustés d’innombrables pierres précieuses donnaient l’impression d’un flamboiement divin. »

Un roman de plus de 500 pages qui vous fera peut-être quitter un moment l’actuelle sombre réalité de la COVID-19.

1. José Frèches, Il était une fois la Chine, 4 500 ans d’histoire, éditions XO, 2005.

Titre original : Deception

Membre : Monique L. de Cookshire-Eaton

Cooney, Eleanor et Daniel Altieri. L’Impératrice des mensonges, Éditions Presses de la Cité, 1993, 535 pages.



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