19 mar 2020

L’Impératrice Cixi : la concubine qui fit entrer la Chine dans la modernité

Chang, Jung

L'Impératrice Cixi

Le 8 mars, journée de la femme. On peut décrier cette tradition en arguant qu’une journée n’est pas suffisante pour rendre hommage à toutes celles qui ont fait l’histoire ou encore profiter de ce prétexte pour revisiter certains personnages féminins qui ont eu une influence majeure sur le développement du monde moderne.

Ainsi, selon Jean-Christophe Laurence dans son article de La Presse du 7 mars 2016, Jung Chang, dans L’Impératrice Cixi, « réhabilite avec talent la célèbre concubine, qui prit le pouvoir après la mort de l’empereur Xianfeng et dirigea la Chine d’une main de fer jusqu’à sa mort, à l’âge de 72 ans ». Elle régna pendant 47 ans sur la dynastie Qing, de 1861 à sa mort en 1908. Des historiens la décrivent comme un despote, mais on connaît certaines de ses mesures sociales, comme l’instauration des soupes populaires dont fait état le livre Mémoires d’une dame de cour dans la Cité interdite (1993) de Yi Jin.

Ce livre est d’ailleurs fort intéressant puisqu’on peut plonger dans l’intimité de l’impératrice par l’entremise de sa dame de cour et en apprendre beaucoup sur les us et coutumes, les manies et exigences de la cour impériale. L’impératrice y est, par contre, dépeinte comme une femme tyrannique qui peut transformer en cauchemar la vie de ses assistantes.

Toutefois, selon Jung Chang, Cixi, « l’impératrice douairière fut aussi une dirigeante sensible et éclairée, qui fit entrer la Chine dans la modernité (chemin de fer, électricité, télégraphe, fin des pieds bandés) et assura avec brio la survie de la dynastie Qing. Selon Jung Chang, la mauvaise réputation de Cixi serait attribuable à la propagande de ses détracteurs et à la lecture misogyne de certains historiens. Fruit d’un travail de 10 ans, cette nouvelle interprétation, plus féministe, remet quelques pendules à l’heure. » (1)

Je me suis également intéressée à Wu Zetian (624-705), convertie au bouddhisme, fondatrice et impératrice régnante de la dynastie Zhou dite « protoféministe ». Le juge TI, dans une des célèbres enquêtes du détective chinois, L’Impératrice des mensonges, décrit cette impératrice comme « une courtisane, fantasque et mégalomane exaltée ». L’histoire a établi qu’« elle reste dans l’histoire de la Chine l’unique femme à avoir conquis le pouvoir suprême et dirigé l’empire… la seule femme à être devenue empereur de Chine ». (2)

Toutefois, loin de la démoniser, l’auteure Sherry J. Mou (3) dans le livre sur la présence des femmes dans la tradition littéraire en Chine, décrit plusieurs de ses accomplissements et réformes sociales qui auraient profité aux femmes comme leur accès aux examens et postes officiels ou, encore, la création d’hospices pour les vieilles femmes et les centres de soins pour femmes.
Comme quoi, il faut nuancer les allégations des romanciers et parfois de certains historiens.

Titre original : Empress Dowager Cixi

1. Jean-Christophe Laurence, L’Impératrice : quand la Chine s’éveilla, La Presse, mars 2016.

2. José Frèches, Il était une fois la Chine, 4500 d’histoire, XO éditions, 2005.

3. Sherry J. Mou, Presence and presentation : Women in the Chinese Literati Tradition, 1999, cité dans l’article sur Wu Zetian de Wikipédia.

Membre : Monique L. de Cookshire-Eaton

Chang, Jung. L’Impératrice Cixi : la concubine qui fit entrer la Chine dans la modernité, Éditions Jean-Claude Lattès, 2015, 477 pages plus 32 pages de planches.



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