08 mar 2018

L’Hiver de force

Ducharme, Réjean

L'Hiver de force Ducharme

Il fallait qu’il meure pour que je m’y intéresse ! Et c’est ainsi que L’Hiver de force a été mon premier contact avec Réjean Ducharme.

Quand on sait qu’il était une personne recluse qui a toujours fui les projecteurs et que seul un éditeur français a eu le courage de publier son premier roman L’Avalée des avalés (1966) – qui l’a presque conduit au prix Goncourt – et que L’Hiver de force est de la même mouture que L’Avalée, il n’est pas surprenant de constater qu’aucun éditeur québécois ait voulu le publier dans les années 60 considérant les mœurs de l’époque.

Autant que Michel Tremblay avec ses Belles-sœurs a su choquer les bienséants du Bon Parler Français, Réjean Ducharme ne fait pas dans la dentelle : par exemple, un personnage incapable de soutenir un argument va lâcher un « va donc chier » pour clore un débat.

Les deux protagonistes du roman, André et Nicole, passent tour à tour des sommets de l’érudition (Blaise Cendrars et son influence sur Arthur Miller) aux abysses du plus inculte des Cro-Magnons. Ce couple et le groupe restreint de leurs amis se comportent comme une petite colonie de bonobos. Chacun a son surnom : la Toune, la Colline, Petit-Pois, la Poulette… ils s’aiment, s’insultent, s’indignent, se pardonnent, se serrent les uns contre les autres pour se protéger et se réconforter.

Nous les suivons dans leur quotidien de gens brillants, instruits et paresseux qui vivent aux crochets de la société et de leurs amis plus fortunés. À travers leurs comportements, on découvre le Québécois ostracisé par des siècles de domination anglo-saxonne et ecclésiastique. On devine une colère contenue, une émancipation en devenir, mais jamais assez de conviction pour mener un combat ; c’est le retrait timide intériorisé, l’abandon qui se traduit par un « qui.. qui.. qui mange da marde… » à la moindre contrariété !

L’histoire se déroule au printemps, dans un Montréal aux hot-dogs à 10 cents, et L’Hiver de force commence un 21 juin. Je présume que c’est la force de l’hiver qui a façonné les tempéraments de ces personnages enfermés, devenus incapables de faire face aux éléments !

À lire pour ceux qui veulent un son de cloche différent sur les débuts de la Révolution tranquille au Québec.

Membre : Pointe-Claire

Ducharme, Réjean. L’Hiver de force, Éditions Gallimard, 1973, 288 pages.



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