29 mar 2018

Les Marguerite(s)

Jasmin, Stéphanie

Celine Bonnier Les Marguerites

Voir cette pièce a été une expérience intellectuelle, sensorielle et émotive très intense.

Le point de départ : un fait historique, la condamnation à mort d’une femme, Marguerite Porete, coupable d’avoir écrit un livre, Le Miroir des âmes simples et anéanties.

Quel titre ! Dans ces âmes simples et anéanties, comment ne pas y voir tant de femmes, d’hier et d’aujourd’hui ?

Marguerite a gardé silence lors de son procès. Le corps de Louise Lecavalier vient parler à sa place. Ce sont des moments de fulgurance. Nous projetons sur les gestes de la danseuse, sur ses mouvements, sur ses déplacements, ce qu’on imagine de ce qui aurait pu être le plaidoyer de Marguerite. Comment ne pas être envoûtée par la puissance de la danseuse, sa force physique, sa présence charnelle, son regard qui nous interpelle, dans son parcours à la fois strié et soutenu par la musique déroutante et forte d’Ana Sokolović ?

La puissance du spectacle mis en place par la danseuse ne s’affaiblit pas avec l’arrivée de la comédienne, Céline Bonnier.

Des bas-reliefs suspendus sont avancés devant nous et nous montrent des bustes de femmes, les témoins.

Un dispositif technologique très actuel permet à la comédienne de prêter sa voix et son visage à ces femmes des siècles passés. Quelle belle façon de fusionner passé et présent, de nous relier à elles et de nous permettre d’entendre leurs paroles, leur histoire, leurs souffrances, leurs combats qui sont encore les nôtres.

La comédienne module sa voix et recrée l’individualité de chacune des femmes. Nous sommes attirées par le visage animé et illuminé qui parle et, en même temps, on cherche à voir la comédienne, son langage gestuel, tout en ne perdant pas le fil de ses propos : intense travail aussi pour la spectatrice.

Cette plongée dans les univers des Marguerite de Constantinople, de Navarre, d’Oingt, d’York est réconfortante : malgré la somme de douleurs exprimées, on choisit de retenir la résilience, la solidarité et la lucidité de ces femmes. On a d’abord l’impression que l’intervention plus contemporaine de Marguerite Duras vient dissiper l’ambiance mystique créée par le témoignage des précédentes, mais elle introduit, avec sa parole directe et forte, sa propre conception du spirituel, liée de très près à l’image double de la mère-mer.

La porte entrouverte sur l’actuel est magistralement défoncée par le monologue de la jeune fille dans le métro. Entre attirance et rejet, entre désespoir et lumière, elle se confronte à sa façon à l’ardu parcours intérieur qui permet à une femme de se donner naissance.

Le mot « marguerite » nous a dit une des femmes signifie « perle ». Ce spectacle est une perle, précieuse, ponctuée de découvertes inspirantes, et s’inscrit magistralement dans le désir actuel de solidarité entre les femmes.

Je nous souhaite que cette pièce connaisse la plus grande diffusion possible.

Coproduction de l’Espace Go et d’UBU compagnie de création.

Membre : LaSalle

Jasmin, Stéphanie. Les Marguerite(s), Théâtre Espace Go, 2018.



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Catégorie : Théâtre


Une réponse pour “Les Marguerite(s)”

Chantale Michaud dit : - 29 mars 2018

Merci pour votre témoignage de la pièce Les Marguerite(s), présentée à l'Espace Go que j'ai vue aussi. Je suis tout à fait d'accord avec votre témoignage qui me rejoint totalement. Je me rappelle qu'à la fin de la pièce de théâtre, plusieurs femmes inconnues de divers âges autour de nous, sommes restées dans le théâtre pour échanger nos impressions à chaud. Nous étions toutes émues et enchantées. Magnifique !

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