18 fév 2021

Les Filles de l’Allemand

Thériault, Annie-Claude

Les Filles de l'Allemand

J’ai beaucoup apprécié le roman Les Foley (2019) de la talentueuse Annie-Claude Thériault. Comme je le fais souvent après avoir découvert un(e) auteur(e), souvent grâce aux Irrésistibles, je m’empresse de lire ses œuvres précédentes.

Le roman Les Filles de l’Allemand a les mêmes qualités que le livre Les Foley, bien que l’écriture de ce dernier témoigne d’une plus grande maîtrise. On retrouve dans Les Filles de l’Allemand un style d’une grande originalité, instructif et captivant ; une écriture sensible, simple et fluide ; des personnages denses, originaux, hauts en couleur ; un environnement étrange et hors du commun. Une intrigue soutenue et enlevante.

Les scènes dramatiques, décrites en peu de mots, sans effet de manches, avec délicatesse et une réelle profondeur, nous laissent au bord des larmes, bouleversés : « Sur le grand canapé, son corps semblait petit, mince. Un corps d’enfant. Un corps échoué et éprouvé. Un corps comme oublié là. »

Un livre où se côtoient une quasi insupportable cruauté et des moments de toute beauté. Je ne m’attarderai pas sur les pages noires pour prolonger encore un peu les instants de douceur et les passages attendrissants qui m’ont tant émue.

« La peau lisse et douce de Mai sentait le lait frais, la crème et le beurre fouetté. Elle avait de minuscules doigts élancés, blancs et doux comme les pétales d’une marguerite. […] La nuit, Rose la couchait entre elle et Louis, car elle souhaitait sentir le souffle chaud de l’enfant dans son cou. Si Mai ne s’éveillait pas assez souvent pour boire, c’était Rose qui tendait la main et la posait sur son minuscule torse qui se gonflait à chacune de ses respirations. Puis, lentement, la main de Louis se déposait sur la sienne. Fixant le moment. Immobilisant toute la chaleur de cette tendresse. » (p. 142)

« La démarche de Lily a quelque chose de gracieux. On a envie de la regarder avancer, de ne rien manquer, aucun pas. Comme s’il y avait un soupçon de danse chaque fois qu’elle dépose un pied sur le sol. L’impression constante qu’elle est en apesanteur. Pas tout à fait par terre. » (p. 277)

Et maintenant le livre Quelque chose comme une odeur de printemps, son premier roman paru en 2012, m’attend déjà sur ma liseuse. J’y découvrirai sûrement les traces de son écriture naissante de romancière (1), presque photographique ainsi que sa langue savoureuse.

1. Notons que cette auteure a publié des essais et des nouvelles. Elle a d’ailleurs été lauréate pour le prix de Radio-Canada nouvelle en 2015 pour L’Abattoir.

Membre : Monique L. Cookshire-Eaton

Thériault, Annie-Claude. Les Filles de l’Allemand, Éditions Marchand de feuilles, 2016, 352 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.



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