18 oct 2018

Les Cendres bleues

Daoust, Jean-Paul

Les Cendres bleues

Jean-Paul Daoust, le poète « punk » de Plus on est de fous, plus on lit !

Cendres bleues, un récit poétique autobiographique audacieux – l’amour entre un jeune de six ans et demi et un adulte de vingt ans –, a été couronné du prix du Gouverneur général en 1990.

Texte adapté et présenté à la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d’Aujourd’hui au mois d’octobre 2013.

D’aucuns prétendent que ce long cri d’amour et de désamour constitue une pièce majeure de la poésie québécoise contemporaine. Un texte oxymorique où le douloureux jouxte le soyeux : « J’ai été un enfant violé / Dans le plus beau des paysages / Dans le carré de sable prince oublié […] Pourtant j’aimais voir ce sexe content / Même si l’idée de l’amour m’était inconnue »

Un long poème de quelque 2000 vers lâchés, hurlés d’un seul souffle, sans ponctuation. Poème incantatoire avec des vers qui remontent incessamment pour dire le malaise et aussi la joie, l’amour et le viol, malgré les interdits (Moi un angelot dans la crèche) : « Je n’avais que six ans et demi mais / Je savais ce que je faisais / Je sais qu’il m’aimait m’aimer. […] Histoire d’amour / Mais je n’avais que six et demi / Lui dans la vingtaine […] Il n’avait que vingt ans / Et des poussières / Moi j’en avais six et demi / Il m’aimait / Je l’aimais […] À six ans et demi alors / J’étais un barbare dans la soie de ses mains […] Tu m’auras volé mon enfance.

La couleur bleue parcourt tout le poème, venant marquer l’opposition entre l’idylle et l’incandescence. Dans l’air bleu du soir […] Brûler qu’on dit / Des feux bleus […] Des yeux bleus couleurs de lacs mirant le ciel […] Il avait des yeux bleus de dimanches de deuil […] Je m’empressais de retrouver ses lèvres si douces / Si bleues dans le reflet de ses yeux […] Lui ce grand tyran aux yeux bleus comme / La neige / Mon ange-gardien […] Ses yeux bleus miel […] Des diamants bleus / Sa pomme d’homme bleu […] Dans la chaleur bleue […] Sa peau de vison bleu […] Dans l’eau bleue de ta sueur […] Ses dents de glace bleue […] Les refrains bleus de sa peau […] La neige qui tombait au-dehors / Plus bleue qu’un poème […] Du haut de mes six ans et demi je tombe / Dans le brasier bleu de tes bras […] Dans ses campagnes bleues […] Des larmes d’un bleu […] Tes yeux neigeaient bleu […] Dans le bleu pourpre de l’air […] Les fenêtres bleues de ton visage […] Le parfum bleu de mon premier amant […] Tes yeux d’un bleu interdit.

Mais, « La couleur de l’enfance est-elle bleue ? »
Comment « Faire le tri de tous ces bleus »
Car « Cette fiction m’incommode / Bleue elle aussi
L’amant bleu sera finalement « tué » : « Sa tête en cendres »
Il ne restera que Cendres bleues. Des Cendres étoilées avec lesquelles s’achève le récit poétique.

Membre : J. de Rosemont

Daoust, Jean-Paul. Les Cendres bleues, Éditions Écrits des Forges, 1990, 66 pages.



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