23 juil 2020

Les Âmes mortes

Gogol, Nicolas

Les Âmes mortes

Cette édition de 1973 comprend une préface et une chronologie qui aident à saisir toute la complexité de cette œuvre, de son élaboration en même temps que celle de la vie de Gogol.

Les Âmes mortes ? C’est la longue histoire d’un petit escroc qui croit tenir un bon filon pour faire fortune. Une fresque colorée, sans complaisance pour son milieu ni pour la nature humaine, mais par moments très drôle.

L’homme ordinaire : « Un homme qui se noie et tente de s’accrocher au premier fétu venu, une mouche oserait à peine s’y poser. […] Tel autre a eu toute sa vie les médecins en horreur et finit par s’adresser à une sorcière experte en incantations magiques… »

Les gens du monde : « Jamais les gens du monde n’emploient une expression russe bien sonnante ; mais ils vous accablent de vocables français, allemands, anglais, en veillant soigneusement à leur prononciation. »

Nicolas Gogol dénonce aussi la fadeur de la bureaucratie et l’hypocrisie du monde des affaires fait de gens dont : « la dénomination la plus juste est celle d’acquéreurs. « […] La soif d’acquérir… qui pousse à des actions pas très propres ».

Les « bons vivants » ont aussi leur place : « N’était, dans un certain sens, un personnage historique : où qu’il se trouvât, il lui arrivait toujours quelque histoire… »

Il y a aussi des personnages remarquables comme celui d’un professeur qui « exigeait de l’intelligence et pas autre chose » et qui « ne réprimait pas maintes vivacités ».

J’ai beaucoup aimé également les descriptions de la nature et des paysages russes : « […] il aimait la course rapide. Et quel Russe ne l’aime pas ? […] la forêt des deux côtés, ses sombres rangées de sapins et de pins, le fracas des haches et le croassement des corbeaux ; la route entière vole et se perd dans le lointain ».

Très beau portrait du paysan russe qui fait un « travail [où] tout est effervescence » et qui crée la prospérité autour de lui. « C’est ici que l’homme imite Dieu. »

Ici et là des portraits de personnages tout en délicatesse. « Non, décidemment, les femmes […] quels êtres compliqués ! Essayez donc de rendre les mille nuances de leur visage perpétuellement mobile ! Leurs yeux seuls sont un immense empire où l’on peut se perdre sans retour. »

Un roman et un auteur que j’ai beaucoup aimés.

Membre : N.L., Île-des-Soeurs

Gogol, Nicolas. Les Âmes mortes, Éditions Gallimard, collection Folio, 1842, 1973, 498 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.



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