13 fév 2020

Le Petit Séminaire de Sainte-Thérèse, 1825-1925

Dubois, Émile

Le Petit séminaire de Sainte-Therese

La lecture de livres anciens est indispensable pour connaître des faits oubliés, et tout autant pour vraiment comprendre les mentalités d’une époque révolue.

L’institution en titre est le résultat de l’initiative et des efforts acharnés d’un homme, Charles-Joseph Ducharme. Né en 1786 d’une famille de pionniers de Lachine, il est nommé curé de la paroisse de Sainte-Thérèse-de-Blainville en 1816, à son corps défendant, car l’éducation représentait son champ d’intérêt principal.

Une fois en poste, il s’aperçut rapidement qu’il pouvait et même qu’il devait concilier cette passion avec son ministère. Ses paroissiens étaient pauvres, peu instruits car ne disposant pas d’école. De plus, les protestants de l’endroit travaillaient activement à l’implantation d’une école gouvernementale, en fonction d’un programme nommé l’Institution royale. C’était donc pour le curé à la fois un devoir religieux et patriotique de se consacrer aussi à l’éducation. C’est ce qu’il fit avec énergie.

Les débuts furent difficiles. Ducharme obtint cependant l’appui des paroissiens pour bâtir une école, et il utilisa aussi à cette fin une partie du presbytère. Les cours qu’il dispense à ses premiers élèves, qui devinrent rapidement religieux, lui permettent de les employer dès 1825 pour l’établissement d’une école latine. Cette école deviendra officiellement un petit séminaire en 1841, par un mandement d’Ignace Bourget, alors évêque de Montréal. Les locaux étaient rudimentaires et les ressources insuffisantes ; à peine payés, les professeurs ne devaient leur survie qu’aux revenus comme vicaires de la paroisse.

Il serait long et fastidieux de raconter les difficultés des débuts, les constructions, les incendies, les reconstructions et les agrandissements. L’intérêt du livre est ce qu’il révèle de la société du Québec au XIXe siècle. Ainsi, Ignace Bourget, toujours nommé Votre Grandeur quand on s’adresse à lui (obséquieusement, il va sans dire), Sa Grandeur ou Monseigneur de Montréal quand on parle de lui, insistait pour que l’établissement fondé par Ducharme soit un petit séminaire, c’est-à-dire dédié uniquement à la formation des futurs prêtres puisque, comme il le dit si bien, il y a trop d’avocats et de médecins.

Pour être admis, les petits séminaristes devaient donc avoir au moins 12 ans et être nés d’un mariage légitime ; ils devaient porter une soutane noire, aller à la messe tous les matins, et être plus tard tonsurés. Il fallut une résistance pacifique mais persistante des professeurs pour que l’évêque finisse par accepter que les élèves ne se destinent pas tous à la vie religieuse et que la soutane soit abandonnée.

Plus surprenant pour le lecteur d’aujourd’hui : tous les orateurs invités au séminaire, et ils furent nombreux, personnalités religieuses ou politiques, insistent sur la nécessaire sainte alliance entre l’Église, qui doit être l’unique responsable de l’éducation publique, et l’État, qui doit veiller à ce que cela me change pas.

Quant au programme d’étude de huit ans, il était déjà vers 1850 ce qu’il restera dans tous les collègues classiques du Québec jusqu’à la Révolution tranquille : latin, grec, français, sciences, etc., la religion « percolant » dans toutes les matières. C’est celui qu’un presque octogénaire comme moi a connu dans les années 1950.

Dès la fin des années 1840, les épreuves avaient manifestement épuisé le fondateur. Son évêque le prie donc de quitter à la fois ses fonctions de curé de la paroisse et de supérieur du séminaire. Visiblement déprimé et plein d’amertume, il se retire et décède en 1853, laissant néanmoins derrière lui une institution qui survit encore aujourd’hui sous le nom Collège Lionel-Groulx.

Membre : Pierre, abonné de la bibliothèque Germaine-Guèvremont

Dubois, Émile. Le Petit Séminaire de Sainte-Thérèse, 1825-1925, Éditions du Devoir, 1925, 399 pages.



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2 réponses pour “Le Petit Séminaire de Sainte-Thérèse, 1825-1925”

Marthe Simard Dupré dit : - 13 février 2020

J'ai eu un grand-oncle, le curé Migneault, qui était professeur au séminaire de Sainte-Thérèse. Il s'occupait d'une volière (comme loisir). Petite fille, j'écoutais ma mère me décrire les lieux. Mon arrière-grand-père fut médecin et politicien dans cette municipalité, le docteur Lachaîne, dont la maison familiale est devenue la Maison de la culture de Sainte-Thérèse.

2 réponses pour “Le Petit Séminaire de Sainte-Thérèse, 1825-1925”

dit : - 13 février 2020

Merci pour cette recension d'un livre centenaire sur la petite histoire du Québec. Ces collèges classiques font partie d'une époque, dont on ne s'attend évidemment pas qu'en 1925 l'auteur puisse y aller d'une critique de l'emprise de l'Église en éducation, mais à l'évidence on peut en tirer notre profit d'une telle lecture.

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