18 fév 2021

Le Peintre dévorant la femme

Daoud, Kamel

Le Peintre dévorant la femme

Il aurait été fort étonnant que je décide d’ouvrir, de feuilleter et de lire ce livre sur un simple regard de la couverture et du titre sur l’étalage d’une librairie. Je ne suis pas particulièrement attiré par la peinture, les peintres ou Picasso.

Je l’ai reçu en cadeau. Probablement en raison du fait que j’avais déjà exprimé avoir beaucoup aimé un précédent livre de cet écrivain, Kamel Daoud, d’origine algérienne : Meursault, contre-enquête (2014), prix Goncourt du premier roman en 2015. Eh bien, c’était un cadeau très avisé, car ce très court roman m’a beaucoup plu ! Il m’a plu car il aborde une réalité, le fondamentalisme islamique, qui trop souvent ne s’invite à notre attention qu’au travers d’événements conflictuels et violents qui se traduisent en condamnations populaires et jugements de valeurs polarisants.

Ce livre contribue à la réflexion sur la complexité de nos sociétés modernes. L’histoire située à Paris au musée Picasso sert de fond de scène à l’auteur pour présenter son analyse du regard du monde oriental et celui du monde occidental sur de nombreux thèmes qui intéressent et influencent notre société contemporaine.

Kamel Daoud, très engagé dans ses convictions, fait donc à travers son personnage une revue du fossé qui sépare deux « cultures » dans leur perception de l’art, de la peinture, du corps, de l’érotisme (la partie Picasso du livre), mais plus largement encore de la spiritualité, de la religion, de l’Islam en particulier et du monde arabe. Dans le contexte de nos sociétés de plus en plus universelles et diversifiées, à la recherche de repères pour une heureuse cohabitation entre deux visions du monde, de Dieu, de la vie et de la mort, de ce qui nous attend ou non après, cette lecture secoue et ne peut laisser indifférent.

Plusieurs citations pourraient contribuer à illustrer l’engagement de l’auteur à souligner sa vision critique du fondamentalisme religieux. Je crois que le commentaire de l’éditeur en quatrième de couverture présente bien le rendez-vous offert dans ce roman-essai : « L’art peut-il guérir un homme de la violence, le conduire à préférer le désir de la vie d’ici-bas plutôt que de fantasmer la félicité de l’au-delà ? »

Membre : Daniel de Repentigny

Daoud, Kamel. Le Peintre dévorant la femme, Éditions Stock, collection Ma nuit au musée, 2018, 205 pages.



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