09 jan 2020

Le Parfum : histoire d’un meurtrier

Süskind, Patrick

Le Parfum Suskind

Heureusement que ce livre n’est pas en version olfactive. Je l’aurais refermé dès les premières pages. Ç’aurait été bien dommage, je me serais privée d’une fabuleuse histoire et d’une intrigue enlevante. Quand une collègue de mon cercle de lecture a proposé cette histoire, j’ai plongé.

Après tout, ce best-seller a soulevé l’engouement dès sa parution, il y a plus de 30 ans. C’est un chef-d’œuvre. Un rendez-vous fou avec Grenouille, un monstre, un antihéros au super pouvoir : son exceptionnel odorat. En humant l’air, il peut même prédire « infailliblement l’approche d’un orage avant que le moindre petit nuage n’apparaisse dans le ciel ».

On se surprend à comprendre Jean-Baptiste Grenouille, cet être « mal-aimé  », dominé par les autres et exploité ; ce bâtard difforme et sans odeur né d’une mère infanticide ; cet enfant rejeté et ballotté d’un foyer à l’autre. Grenouille, à « l’âme hermétiquement scellée », fermé, solitaire et peu volubile, possède un gigantesque vocabulaire olfactif. Il veut inonder l’univers des parfums qu’il a créés, car « qui maîtrisait les odeurs maîtrisait le cœur des hommes ».

Il devient un parfumeur virtuose, mais également un tueur en série qui assassine 24 jeunes filles pour s’approprier leur parfum, le distiller afin de le reproduire. Un assassin amoureux, non pas des vierges pubères, mais de leur parfum. Nous sommes littéralement envoûtés par le récit de la vie de Grenouille auquel l’auteur a mis fin de façon aussi déconcertante qu’abominable !

Quel univers effarant imprégné de mille odeurs : la puanteur de Paris peuplé de millions de bactéries à une époque où les conditions d’hygiène étaient déplorables ; les effluves floraux de la ville de Grasse ; les odeurs rigolotes des enfants malades, crottin de cheval pour la petite vérole, oignons pour la consomption ; le parfum attendrissant de caramel que dégage la tête des nourrissons, l’odeur picotant de résine du bois de sapin chauffé, le sébum de la chevelure aussi sucré que l’huile de noix. J’avoue cependant avoir lu en diagonale les passages les plus « nauséabonds » et m’être attardée sur les descriptions de fragrances agréables.

J’ai été fascinée par ce vertigineux voyage à travers les émanations odorantes de la France du XVIIIe siècle. J’ai suivi avec curiosité la quête d’odeurs de ce grand solitaire. J’ai aimé apprendre l’art de la parfumerie, les techniques de distillation et les conditions de travail des parfumeurs ; la façon de sentir un « parfum frais, mais pas racoleur, fleuri sans être pâteux. […] qui a de la profondeur ».

Un coup de cœur pour ce roman historique, un polar peuplé de personnages ambitieux et cruels, qui font la vie dure à Grenouille, récoltant des profits à ses dépens. Un livre qui nous fait réfléchir sur l’intolérance à l’égard des êtres démunis ou différents. Bref, une histoire palpitante et macabre, dramatique, mais parfois drôle, sombre et sensuelle, racontée efficacement par une langue rythmée, précise, vivante, admirablement traduite.

En refermant ce livre, j’ai une soudaine envie de courir à la fenêtre, l’ouvrir toute grande pour respirer goulûment l’air frais et humer les subtiles odeurs de l’automne.

Lu en version numérique.

Titre original : Das Parfum : die Geschichte eines Mörders

Membre : Monique L. de Cookshire-Eaton

Süskind, Patrick. Le Parfum : histoire d’un meurtrier, Éditions Fayard, 1985, 1986, 363 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.



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Une réponse pour “Le Parfum : histoire d’un meurtrier”

Membre : Saint-Jean-sur-Richelieu dit : - 9 janvier 2020

En lisant votre commentaire, je me suis replongé dans mes souvenirs au sujet de ce magnifique roman. Un roman exceptionnel ! Un très bon film a été tiré de ce livre. Si vous avez la chance de le voir... 2006 : Le Parfum, histoire d'un meurtrier de Tom Tykwer avec Ben Whishaw, Alan Rickman, Rachel Hurd-Wood et Dustin Hoffman.

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