22 déc 2016

Le Mystère Henri Pick

Foenkinos, David

le-mystere

Avis. Si l’envie vous prenait de vous farcir Le Mystère Henri Pick, ne lisez pas ce billet, car en scrutant la mécanique de ce récit, je divulgâche son dénouement.
Récit assez bien mené. Virevolte-pages. Le lecteur est vrillé par l’idée d’aller jusqu’au bout pour connaître le fin mot de l’histoire.
La trame. Un mec, Gourvec, érige une bibliothèque de livres refusés par les éditeurs. Belle occasion pour l’auteur d’aller fouiller dans le magma littéraire : Brautigan, le premier manuscrit de La Recherche refusé par Gide, La Conjuration des imbéciles
Il se trouve qu’une éditrice (Delphine) et son copain écrivain (Frédéric) ont eu vent de l’affaire et décident d’aller faire une petite visite de cette bibliothèque à Crozon, dans le Finistère, pour voir ce qu’il en retourne.
Ils y dénicheront des trucs farfelus comme La Masturbation et les Sushis.
Ils y découvriront surtout un petit chef-d’œuvre : Les Dernières Heures d’une histoire d’amour. Histoire d’un couple qui se délite (les gars n’ont pas le droit d’aimer) jumelée à la cruelle agonie de l’écrivain Pouchkine.
Histoire supposément écrite par un dénommé Henri Pick (défunt) qui a tenu une pizzeria à Crozon de nombreuses années. Le perspicace lecteur sait fort bien que le pizzaïolo ne peut pas être l’auteur de l’œuvre en question. Il va jouer avec le narrateur afin de découvrir la vérité.
Delphine et Frédéric ne mettront pas longtemps à retrouver la trace de Madeleine Pick, la veuve de l’écrivain refusé et, résumons à grands traits, à la convaincre de publier l’œuvre en question, laquelle fera un tabac… même si le pauvre Pick n’a écrit de toute sa vie que des listes d’épicerie.
Faisons naître un léger doute dans l’esprit du lecteur lambda et déposons une œuvre de Pouchkine dans le grenier de la famille Pick… Et si monsieur Pick en était vraiment l’auteur ?
L’annonce, dans une note en bas de page, de l’arrivée prochaine du chroniqueur à la retraite Rouche qui va faire la preuve que cette publication relève de la supercherie a tout pour intriguer le lecteur…
Résumons encore, le chroniqueur « découvrira » que le véritable auteur du roman est le bibliothécaire Gourvec, lequel s’était vu refusé moult romans par l’éditeur Julliard. Mais non, le lecteur futé n’est pas dupe, on en est qu’au trois quarts du roman… Il y a une grosse anguille sous le caillou…
Épilogue. On découvre que c’est Frédéric l’auteur du roman en question. Lui et son éditrice ont eux-mêmes placé le « chef-d’œuvre » dans la bibliothèque des manuscrits refusés qu’ils font semblant de découvrir en prenant soin d’en attribuer la paternité à quelqu’un qui est décédé. Coup monté par lui et sa belle pour mousser la vente d’un improbable livre.
Ça ne marche pas. L’incohérence règne. Il n’y a qu’à lire les extraits ci-dessous qui apparaissent au début du roman :
3e partie, chapitre 5 :
« Ils contemplèrent les lieux un long moment pour se familiariser avec l’idée que Pick avait rédigé son roman ici. Cela paraissait peu probable à Frédéric : “Ça n’a aucun charme, il fait chaud, c’est bruyant… tu l’imagines en train d’écrire ?” »
3e partie, chapitre 6 :
« Elle se mit à bombarder son fiancé de questions : “À ton avis, à quel moment écrivait-il ? Quel était son état d’esprit ? Pourquoi n’a-t-il jamais montré son livre ?” »
3e partie, chapitre 7 :
« Mais un détail paraissait incongru à Delphine : pourquoi y avait-il inscrit son nom ? À tout moment, quelqu’un pouvait le lire et faire le rapprochement. Il y avait une incohérence entre cette vie souterraine et le risque d’être ainsi repéré. »
L’écrivain et l’éditrice, lorsqu’ils sont seuls et qu’aucun témoin ne les observe, agissent et parlent « comme si » ils n’avaient pas fomenté la supercherie. Le perspicace lecteur est floué, obligé à la lecture de ces extraits de rejeter l’hypothèse qu’un de ces deux personnages soit l’auteur de l’opuscule.
Des petits « bloopers » comme en trouve souvent au cinéma ? Et la cohérence, bordel !

Membre : Rosemont

Foenkinos, David. Le Mystère Henri Pick, Éditions Gallimard, 2016, 285 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.



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Une réponse pour “Le Mystère Henri Pick”

LG dit : - 29 décembre 2016

Très juste observation ! Négligence de Foenkinos et de ses éditeurs... Ou sous-estimation du sens de l'observation des lecteurs ?

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