18 jan 2018

Le Grand Marin

Poulain, Catherine

Le Grand marin Poulain

Résumé de l’éditeur : « Quand Lili Colt arrive à Kodiak, un port de l’Alaska, elle sait qu’elle va enfin réaliser son rêve : s’embarquer sur un de ces bateaux qui partent pêcher au loin. Pour la jeune femme, une runaway qui a fui jadis le confort d’une famille française pour “faire la route”, la véritable aventure commence. Le choc est brutal. Il lui faut dormir à même le pont dans le froid insupportable, l’humidité permanente et le sel qui ronge la peau, la fatigue, les blessures…

Seule femme au milieu de ces hommes rudes, au verbe rare et au geste précis qui finiront par l’adopter. À terre, Lili partage la vie des marins – les bars, les clubs de strip-tease, les motels miteux. Quand elle tombe amoureuse du “Grand Marin”, elle sait qu’il lui faudra choisir entre sa propre liberté et son attirance pour cet homme dont la fragilité la bouleverse.

Entre Jack London et Marguerite Duras, Catherine Poulain fait entendre une voix unique dans le paysage littéraire français, avec ce magnifique premier roman qu’on devine très autobiographique. »

Servi par une écriture « à bout de souffle » ce roman se lit d’une traite et même si la deuxième partie nous entraîne moins loin dans l’aventure, il sera difficile après avoir fermé le livre de quitter cette jeune femme atypique vivant continuellement au bord du précipice sans égards pour son corps se nourrissant de pop-corn, de crème glacée et de White Russian quand elle est à terre ou du cœur cru des poissons à bord, avec pour seule idée : pêcher encore et encore et aller au bout du bout du monde, au bout du bout d’elle-même et même au-delà.

On ne saura pas ce qu’elle fuit, mais cela n’a pas beaucoup d’importance car on comprend que Lili, petit bout de femme aux mains énormes, surnommée le moineau, écorchée vive, sans limite n’a qu’un besoin : se sentir libre, sans entraves et aller au-delà de ses ressources pour oublier sans doute sa peine et ses peurs.

Catherine Poulain nous fait cadeau dans ce premier roman d’une partie de sa vie et tant est épique la force de son écriture qu’elle pourrait nous raconter encore et encore les tempêtes, les poissons qu’on éventre au bout de ses forces, les saouleries dans les bars, les quarts sans fin, l’immensité des paysages sans qu’on s’en lasse.

« Il faudrait toujours être en route pour l’Alaska. Mais y arriver à quoi bon. J’ai fait mon sac. C’est la nuit. Un jour je quitte Manosque-les-Plateaux, Manosque-les-Couteaux, c’est février, les bars ne désemplissent pas, la fumée et la bière, je pars, le bout du monde, sur la Grande Bleue, vers le cristal et le péril, je pars. Je ne veux plus mourir d’ennui, de bière, d’une balle perdue, de malheur. Je pars. Tu es folle. Ils se moquent. Ils se moquent toujours – toute seule sur des bateaux avec des hordes d’hommes, tu es folle… Ils rient. Riez. Riez. Buvez. Défoncez-vous. Mourez si vous voulez. Pas moi. Je pars pêcher en Alaska. Salut. Je suis partie. »

Ce roman s’est mérité le prix Ouest-France Étonnants voyageurs en 2016.

Membre : Outremont

Poulain, Catherine. Le Grand Marin, Éditions de l’Olivier, 2016, 372 pages.



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