19 avr 2013

Le Génie de l’éléphant

Missiroli, Marco

Pietro, ex-prêtre de son état, devient concierge dans une copropriété à Milan. Pour mieux dire, il semble s’y être donné le rôle d’ange gardien des résidents. Mais il adopte dans ce rôle des comportements à première vue troublants. Ainsi, profitant de l’absence de ses occupants et avec la complicité de Poppi, un avocat administrateur de l’immeuble, homosexuel esseulé et anticlérical avoué, il s’introduit dans l’appartement du docteur Martini pour observer, explorer les lieux et y prélever certains menus objets, apparemment insignifiants, qu’il ajoute à une collection hétéroclite d’autres objets dont la principale valeur semble être celle de souvenirs. Ses agissements vont peu à peu s’éclairer d’un sens rattaché à des événements de son passé, conservés intacts dans sa mémoire. Pietro est lancé dans une quête qui va inspirer tous ses faits et gestes et orienter sa nouvelle vie.
Un livre étrange et beau qui dévoile ses mystères au compte-goutte et nous fait découvrir, page après page, le drame d’un homme qui veut se réapproprier son histoire, mais sans bouleverser celle des autres, sans heurter les êtres dont il se sent le plus près et dont il veut se rapprocher davantage. Une histoire d’amour, sous toutes ses formes, une histoire de filiation, de paternités secrètes, d’unions impossibles, d’amitiés improbables, d’empathie et de solidarité étonnantes. À travers cette richesse thématique, l’auteur nous invite à entrer dans l’univers de personnages qui échappent aux normes et cherchent leur vérité sans nécessairement la trouver. Il ouvre toutes grandes les notions de lien parental et de soin, de « dévotion », comme dit Pietro, son personnage principal. Et il nous entraîne dans un face-à-face avec la mort, celle que l’on subit, celle que l’on se donne, celle que l’on aide les autres à traverser.
Missiroli navigue dans ces eaux sombres avec un réalisme plein de poésie, abordant les questions les plus graves ou les plus délicates avec sérénité et sans fausse pudeur, réussissant même à nous amuser par quelques traits d’esprit anticlérical bien sentis, entre autres. Son écriture nous touche par sa candeur, sa simplicité, sa franchise et, j’ajouterais, par sa minutie. Dans un procédé de narration plutôt réussi, le présent et le passé défilent en alternance pour ultimement se rejoindre dans une finale tragique, mais pas désespérante. Pour ce qui est du titre, plutôt intrigant, je ne dirai rien de sa signification de peur d’en briser le charme. Voilà donc un livre qu’on a envie de relire sitôt l’avoir lu, qui nous habite pendant des jours et plus encore, surtout si on aime les éléphants…

Titre original : Senso dell’elefante



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Membre : Pointe-Claire

Missiroli, Marco. Le Génie de l’éléphant, Éditions Payot et Rivages, 2012.

Catégorie : Romans : histoires d'amour, Romans : relations familiales

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