19 mar 2015

Le Capital au XXIe siècle

Piketty, Thomas

Le capital

Disons-le d’emblée : malgré son sujet réputé austère et ses 970 pages, ce livre fort bien écrit se lit très facilement. C’est qu’il est dénué du jargon habituel des bouquins traitant d’économie. Pas surprenant que plus d’un million d’exemplaires aient été vendus, dont plusieurs centaines de milliers aux États-Unis.
Toutefois, ce succès découle surtout de l’approche inédite retenue par l’auteur. Pour développer leurs théories, les économistes travaillent en général en silo, entre spécialistes de cette discipline, à l’aide de modèles mathématiques. M. Piketty, au contraire, s’appuie sur d’autres sciences sociales, dont l’histoire. Ainsi, pour reconstituer l’évolution du capital, il a utilisé notamment les archives notariées (testaments, inventaires après décès, etc.) et ce, dans une vingtaine de pays (France, Grande-Bretagne, États-Unis, etc.). Des faits et des chiffres qui ne constituent habituellement pas la matière première des économistes. Le résultat : des séries de données permettant de suivre cette évolution sur trois siècles, soit depuis 1700.
Il est difficile de résumer un livre aussi riche d’idées, mais citons-en trois.
Depuis 1700, le revenu du capital (dividendes, intérêts, rentes, etc.) a toujours été supérieur au revenu du travail, sauf pendant la période d’une trentaine d’années (1940-1970, les Trente Glorieuses) qui a suivi le New Deal aux États-Unis et le Front populaire en France. Conséquence mécanique : les inégalités entre les mieux nantis et ceux qui le sont moins s’accroissent constamment. C’est la situation que nous constatons actuellement.
Depuis le début de l’ère chrétienne jusqu’en 1700, l’accroissement de la richesse a toujours été faible, soit en moyenne de 0,1 % par an. Il s’est accru par la suite jusqu’à culminer à une moyenne d’environ 3% par an (hors inflation) dans les pays dits avancés, pendant les Trente Glorieuses. Or ce rythme, considéré maintenant comme la norme, est insoutenable à long terme (car la production double alors tous les 24 ans) et il convient de s’y préparer politiquement et socialement.
Des investissements massifs en éducation sont indispensables à l’adaptation des sociétés aux changements constants. Nous voyons actuellement les effets de ces investissements en Asie, qui rattrape son retard sur l’Europe de l’Ouest et l’Amérique du Nord.
Enfin, pour ceux et celles qui veulent vérifier toutes les données sur lesquelles reposent les énoncés de M. Piketty, mentionnons qu’elles sont disponibles in extenso sur le site web de l’auteur.

Membre : Germaine-Guèvremont

Piketty, Thomas. Le Capital au XXIe siècle, Éditions du Seuil, 2013, 970 pages.

Cette oeuvre a déjà été suggérée par le Club des Irrésistibles, lire ici.



Partager cet article sur : Partager sur Facebook Partager sur Twitter

Pour laisser un commentaire

*