08 déc 2022

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Le septième roman de Monica Sabolo se lit comme un polar, dense mais limpide, où se dégage une ambiance modianesque. Cette enquête monacale est écrite au « je » et menée de manière convaincante et sincère par celle qui est née à Milan en 1971 et qui a passé une partie de sa vie à Genève, en Suisse.

Combien d’années de travail a-t-il fallu à cette écrivaine et journaliste pour colliger toutes les informations contenues dans La Vie clandestine (Gallimard, 2022) ? Parfois ses souvenirs sont flous, tandis qu’à d’autres moments, elle a carrément des trous de mémoire, mais cela n’enlève rien à la pertinence de sa recherche. Dans cette histoire, précise-t-elle, « les identités sont toujours multiples, ou tronquées ». Nous voilà avertis !

Revenir sur son histoire familiale tout autant que celle du groupe terroriste communiste Action directe (AD) qui, durant les années 80, a fait de nombreuses victimes en France, n’a pas dû être de tout repos. Plus ou moins à la même époque, sévissaient, entre autres, deux organisations d’extrême gauche : les Brigades Rouges (BR) en Italie et la Fraction armée rouge (FAR) en Allemagne. Mais quel est le lien entre les Sabolo et Action directe ?

Monica Sabolo est née d’une mère italienne – qui a aussi eu un fils – et d’un père parisien qui demeure à Genève où il travaille dans une agence des Nations unies. C’est ce qu’elle a toujours cru jusqu’au jour où elle est tombée par hasard, à 15 ans, sur son certificat de naissance : « Monica, née à Milan, de père inconnu. » Il lui faut ensuite attendre un autre douze ans pour qu’on lui donne l’heure juste.

C’est en 1969, à l’âge de 18 ans, que sa mère fait la rencontre d’un jeune homme de 21 ans, marié, déjà père d’un enfant de deux ans, Alessandro F. Elle se retrouve enceinte à 20 ans, retourne vivre chez ses parents et met au monde Monica. Trois ans plus tard, elle épouse un diplomate français, Yves S. « Le même jour, il me reconnaît : il signe les papiers du mariage, et ceux de mon existence. Officiellement, je suis son enfant. » Derrière le charisme de cet homme, se cache un être qui fera du tort à bien du monde, dont Monica. Est-il possible de pardonner une fois certains secrets dévoilés ? Comment composer avec toute cette violence autour de soi ?

La vie de Sabolo s’entremêle à celle d’Action directe (AD). Quel rapport, me direz-vous, y a-t-il entre la vie de Monica et celle d’Action directe ? C’est là tout le sel de cette histoire. Mais pourquoi ce groupe en particulier ? C’est en écoutant l’émission radiophonique Affaires sensibles sur France Inter – Les grandes affaires, les aventures et les procès qui ont marqué les cinquante dernières années, que le déclencheur se fait et que l’auteure se dit qu’elle a enfin trouvé le sujet de son prochain roman – celui-là même que vous lirez peut-être ! Commence alors une course contre la montre.

Qui sont les membres d’Action directe, organisation fondée en 1978 par Nathalie Ménignon et quelques autres, dont Jean-Marc Rouillan ? Sont-ils des terroristes ou des combattants révolutionnaires armés ? Sont-ils des repentis ou des dissidents ? Ont-ils eu des regrets ? Des remords ? Ont-ils demandé pardon aux survivants ? Quelles étaient leurs cibles ?

Parmi les victimes, Georges Besse, P-DG chez Renault, assassiné le 17 novembre 1986. Les coupables, deux femmes activistes politiques françaises de 29 et 27 ans : Nathalie Ménigon, qui vient d’un milieu ouvrier, et Joëlle Aubron, élevée par des bourgeois catholiques. Pourquoi précisément ce père de cinq enfants ? Que lui reproche-t-on pour qu’il perde la vie « en bas de chez lui, au 16 boulevard Edgar-Quinet dans le XIVe arrondissement » ?

Monica Sabolo va rencontrer plusieurs membres d’Action directe, parmi lesquels :

Régis Schleicher, qui a passé 26 ans en prison et qui a été le mari de Joëlle Aubron et grand ami de celui que l’on appelait La Galère, fils et petit-fils de flic ;

Hellyette Bess, juive née en 1930, qui a été, entre autres, agente de liaison et qui, en 1973, a fondé avec son compagnon Gilbert Roth, la librairie anarchiste Le Jargon libre qui sera aussi un lieu de « rencontre de la gauche libertaire » ;

Claude-Jean Halfen, né à Paris en 1955 de parents juifs ashkénazes, résistants et communistes…

En toute fin de volume, Monica Sabolo nomme toutes les sources (articles, ouvrages, vidéos…) auxquelles elle s’est référée pour écrire La Vie clandestine. Elle précise ceci qui, je crois, vaut la peine d’une retranscription : « Ce texte est un récit construit à partir de mes souvenirs, qui, on a pu le constater, ne permettent pas une retranscription exacte de la réalité. Je suis un témoin défectueux qui chemine pour éclairer sa propre histoire. Je demande à ceux qui ont eu la bonté de s’entretenir avec moi de m’excuser : ces pages ne sont qu’une interprétation, fragile, parcellaire, du réel, dans lequel se glisse la littérature. Mais elles ne mentent pas. »


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Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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