11 août 2022

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Je viens de lire l’un des meilleurs romans de Douglas Kennedy, très bien traduit par Chloé Royer. Les hommes ont peur de la lumière / Afraid of the Light (Belfond, 2021, 2022) touche à plusieurs thèmes d’une grande actualité aux États-Unis… Voyons de quoi il en retourne.

Brendan, le narrateur, a aujourd’hui 56 ans. Il habite depuis près de 30 ans le même bungalow des années 50 avec sa femme Agnieska. Ils se sont rencontrés dans un cabinet de dentiste alors qu’elle était venue remplacer une hygiéniste absente cette journée-là. Avant la naissance de leur fille Klara, il y eut un drame familial qui a eu comme conséquence de créer une cassure au sein du couple.

Autant Klara s’entend super bien avec son père, autant elle a beaucoup de difficulté à communiquer avec sa mère. Diplômée, avec mention, de l’université de Santa Cruz en Californie, aujourd’hui, à 24 ans, elle fait de longues heures dans « un foyer de femmes battues ». Elle a du caractère et lorsqu’elle a quelque chose en tête, elle lâche rarement le morceau !

Brendan, le cadet d’une famille d’immigrés qui compte trois enfants, est une bonne personne qui a dû, la majorité du temps, dire « oui » à son père ce qui, bien sûr, a orienté bien des aspects de sa vie personnelle et professionnelle.

Agnieska, dont les parents sont originaires de Dantzig, ne travaille plus depuis près de 15 ans ; elle s’est plutôt mise à faire du bénévolat auprès d’un groupe qui milite contre l’avortement. Cette femme qui a été élevée dans la foi catholique et qui va communier tous les jours, ne peut accepter que l’on mette fin à une grossesse. Jusqu’où son implication la mènera-t-elle ? Sera-t-elle prête à faire des compromis ?

Brendan travaille entre 60 et 70 heures par semaine. Mais comment cet homme, qui a son diplôme d’ingénieur en électricité de la California State University, s’est-il retrouvé chauffeur de taxi pour Uber à Los Angeles après avoir été, durant 27 ans, directeur des ventes régionales de Californie du Sud pour la compagnie Auerbach ?

« On ne travaille pas chez Uber.
Personne ne travaille chez Uber.
On conduit pour Uber. » (p. 18)

Il effectue en moyenne 2 000 kilomètres par semaine avec sa Prius qu’il devra changer dans deux ans, car les règles, chez Uber, sont très strictes.
L’auto ne doit pas avoir plus de dix ans, être propre et en parfait état.
Sur une course qui aurait rapporté 10 dollars, le chauffeur en garde 8 et Uber empoche le reste.
Tout ce qui concerne l’essence, les assurances et l’entretien de la voiture est aux frais de son propriétaire.
Brendan ne dort pas plus que cinq heures par nuit et s’octroie une journée de congé aux 15 jours.

Donc, en tant que chauffeur de taxi, il voit des gens pressés, insatisfaits, stressés, impolis, baveux, solitaires… mais il arrive aussi parfois qu’un passager soit gentil et le remercie. C’est le cas d’une cliente qu’il va prendre au 1710, Malcolm Avenue pour la conduire sur le boulevard Van Nuys, où se trouve une clinique spécialisée en IVG. C’est à partir de ce jour-là, que sa vie prend une nouvelle tangente.

La personne dont il est question s’appelle Elise Flouton. Elle a été professeure de français à l’UCLA et maintenant, elle milite pour les droits des femmes. Veuve depuis deux ans, après 40 ans de vie commune – Wilbur, son mari avait été avocat en droit du travail –, elle est une « doula » depuis plus de cinq ans. « Je passe du temps avec les femmes qui sont sur le point d’avorter et qui n’ont personne pour les soutenir. »

Si Brendan est très proche de Klara, ce n’est pas le cas d’Elise et de sa fille Alison. Elles ne se voient presque jamais, d’autant qu’Alison habite et travaille à Wall Street à New York.

Brendan et Elise n’ont pas grand-chose en commun et pourtant, ils vont être amenés à se revoir après un incident fâcheux. Elle requiert ses services de plus en plus souvent et, à force de la côtoyer, Brendan va réussir à se détacher de l’emprise qu’exerce Agnieska sur lui.

Je ne dis rien du père Todor Kieuchikov, ami d’enfance de Brendan, prêtre de la paroisse St. Ignatius Loyola à Beverly Hills et fondateur de l’association Angels Assist, ni de Teresa, paroissienne de Todor et ex-infirmière en obstétrique, pas plus que du financier Patrick Kelleher. Je vous laisse le plaisir de découvrir les multiples facettes de ces personnages qui vont jouer un rôle fondamental dans la suite de cette histoire.

Je n’ai pu m’empêcher de me demander si ce roman aurait été de facture différente s’il avait été écrit avant que la Cour suprême des États-Unis annule, en juin dernier, l’arrêt Roe v. Wade ? Combien d’États vont résister à cette loi qui datait de 1973 et qui garantissait aux Américaines le droit à l’avortement ?

Je me suis attaché à Brendan et à Elise, j’ai suivi avec intérêt la quête des uns et des autres, mais j’ai aussi ragé de voir combien certaines personnes avaient des croyances tellement ancrées qu’elles altéraient leur jugement et mettaient en péril leur vie de couple. Je vous assure, ce roman est à lire !


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Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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