19 mai 2022

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Avec Regardez-nous danser (Gallimard, 2022), Leïla Slimani nous offre le deuxième volet de sa trilogie, Le Pays des autres. Ne vous inquiétez pas si la mémoire vous fait défaut ou si vous n’avez pas lu La guerre, la guerre, la guerre (2020), car l’écrivaine a eu l’excellente idée de proposer un index des personnages.

Ainsi, nous voilà tout de suite plongés dans la suite de cette saga familiale qui se terminait en 1956 et qui reprend douze ans plus tard.

Rapide remise en contexte. Née en Alsace en 1926, Mathilde a rencontré en 1944 celui qui allait devenir son mari un an plus tard, Amine Belhaj, alors soldat engagé volontaire dans l’armée coloniale. Elle est allée le rejoindre en 1947 à Meknès, au Maroc, qui était encore, à ce moment-là, une colonie française sous la gouverne d’Hassan II.

C’est sur les terres ancestrales arides léguées par son père qu’Amine s’installe avec Mathilde, la mère de ses deux enfants : Aïcha (1947) et Selim (1951). « Au moment de l’indépendance, les meilleures terres étaient encore aux mains des Français et la majorité des paysans marocains vivaient dans la misère. Depuis le protectorat qui avait permis de réaliser d’immenses progrès sanitaires, l’accroissement démographique du pays était galopant. » (p. 28)

« […] Le monde fonctionnait ainsi : les anciens transmettaient leur art aux plus jeunes et le passé pouvait continuer d’infuser le présent. C’est pour cela qu’il fallait embrasser l’épaule ou la main de son père, qu’il fallait se baisser en sa présence et lui signifier son entière soumission. On ne se libérait de cette dette que le jour où l’on devenait soi-même père et où l’on pouvait dominer à son tour. » (p. 45) Mais ce Maroc existe-t-il toujours ? Que veut la jeunesse ? S’affranchir des parents ou être leurs dignes héritiers ? Faire la fête et danser ?

C’est ainsi qu’Amine, ce paysan arabe « passionné par l’agronomie et les techniques modernes », a réussi, après des années de durs labeurs, à faire de sa ferme « une exploitation florissante ». Cet homme de peu de mots, juste mais colérique, est maintenant considéré par ses pairs. Mathilde, elle, s’est bien intégrée à sa terre d’accueil en apprenant, entre autres, le berbère et l’arabe. Mais aujourd’hui, à 42 ans, alors qu’elle peut enfin profiter de leur nouveau statut, est-elle heureuse ? Est-elle satisfaite de sa vie auprès d’un mari qui la trompe ? D’un fils qui a raté deux fois son baccalauréat ?

Par chance, leur fille Aïcha est la fierté de la famille. Partie à l’automne 1964 étudier la médecine à Strasbourg, elle y consacre tout son temps. Elle revient au Maroc durant les vacances d’été, mais retourne ensuite en France jusqu’au jour où…

Quelques personnages que l’on a côtoyés dans La guerre, la guerre, la guerre sont de retour : Mourad, ex-aide de camp d’Amine est, depuis, devenu son contremaître. En 1955, il a épousé Selma, la sœur de ce dernier, pour sauver l’honneur de la famille Belhaj, car elle s’était retrouvée enceinte d’un jeune pilote d’avion français. Que va-t-il advenir de Selma qui n’a aucunement la fibre maternelle et qui use de sa beauté à des fins pas toujours honorables ?

Omar, le frère d’Amine, célibataire et sans enfants, ne vit que pour son travail à Casablanca, à la solde des services de renseignements. Peu aimé de ses collègues, il ne ménage aucun effort pour « nettoyer » le pays des indésirables. Il est, ce qu’on appelle, un exécuteur. Qui sont les traîtres ? Qui voit son avenir compromis ?

Plusieurs nouveaux protagonistes viennent se greffer à ce roman polyphonique qui se déroule sur une période de cinq ans et qui nous fait voyager de Casablanca à Rabat, de Fès à Essaouira, de Diabet à Strasbourg. Il y a, parmi ceux-ci, Mehdi Daoud, surnommé Marx, qui a de grandes ambitions et qui deviendra professeur d’économie à l’université Mohammed-V. Son parcours ne sera pas de tout repos, il va même échapper à un attentat commis par les militaires à l’endroit d’Hassan II qui, en 1971, avait organisé une fête pour souligner ses 42 ans.

Ce qui m’a particulièrement plus dans Regardez-nous danser est le contexte historique dans lequel Leïla Slimani a campé son histoire inspirée, en partie, de celle de certains membres de sa famille.


Les Irrésistibles de Marie-Anne ont aussi leur page Facebook. Venez voir !

https://www.facebook.com/LesIrresistiblesDeMarieAnne

En vous rendant sur la chaîne YouTube à l’émission Les Irrésistibles de Marie-Anne, vous pourrez entendre, à chaque semaine, mes commentaires et critiques de théâtre ou d’arts visuels.

Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



Partager cet article sur : Partager sur Facebook Partager sur Twitter