12 mai 2022

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

J’ai lu goulûment Le Grand Monde : les années glorieuses (Calmann-Lévy, 2022), premier tome d’une tétralogie. Non, mais quel conteur et dialoguiste, ce Pierre Lemaitre !

Ce qui suit peut paraître un commentaire exhaustif, mais il n’en est rien, croyez-moi sur parole. Ce n’est que le début d’une saga où l’on va de surprises en étonnements jusqu’à la dernière ligne des 587 pages du roman.

L’écrivain a campé l’histoire des Pelletier durant la période des Trente Glorieuses (1945 à 1975) ; il ne s’arrête, avec ce premier volume, que sur l’année 1948, plus précisément du mois de mars à novembre, et en trois lieux : Beyrouth, Saigon et Paris.

C’est à Beyrouth, trois ans après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, que vit la famille Pelletier qui a fait fortune grâce aux « Savons du Levant ». Louis Pelletier, 60 ans, avait, dans les années 20, fait l’acquisition d’une « savonnerie de taille modeste et l’avait développée en alliant la qualité de l’artisanat à l’efficacité industrielle ». Au fil du temps, elle n’avait cessé de croître et de se faire connaître hors du Liban. Mais une question se pose : comment avait-il réussi à réunir l’argent pour bâtir cette entreprise ?

Si Louis Pelletier s’occupe de la fabrication du savon, Angèle, sa femme depuis bientôt trente ans, est en charge du personnel et de la comptabilité. Chacun son champ d’expertise ! Seul ombre au tableau : aucun des quatre enfants Pelletier ne veut reprendre le flambeau. Jean, l’aîné né en 1921, aurait dû succéder à son père, mais sa tentative en 1946 de devenir directeur général a été un fiasco sur toute la ligne. Ainsi, La Maison Pelletier ne deviendra jamais La Maison Pelletier et fils.

Les quatre enfants ont fait leurs études au Lycée franco-libanais, avant de quitter le nid familial et le pays, les uns après les autres.

François, né en 1923, a été le premier à partir pour poursuivre ses études à Paris. Élève plein de potentiel, il désirait entrer à l’École normale supérieure « parce qu’il n’y avait pas d’équivalent à Beyrouth », prétendait-il. En réalité, tout ce qu’il voulait, c’était devenir journaliste. Engagé au Journal du soir, section des faits divers, il couvrira le meurtre d’une célèbre actrice. Que dira son père, qui le croit aux études, lorsqu’il apprendra la vérité ?

Un an et demi après le départ de François, c’est au tour de Jean d’annoncer qu’il déménage ses pénates à Paris, accompagné de Geneviève Cholet, devenue sa femme au printemps 1943, fille du receveur des postes. Surnommé Bouboule, cet homme timide et de peu de mots, obéit béatement à son épouse avec laquelle il vit une relation complexe. Ils habitent un petit appartement et, grâce aux nombreux contacts de son père, Jean a pu obtenir un emploi comme représentant, lui qui a pourtant un diplôme en chimie.

Étienne, le benjamin des garçons, « idéaliste, mais sans idéal », diplômé en comptabilité, décide de rejoindre Raymond Van Meulen, son amoureux, en pleine guerre d’Indochine, n’ayant plus de ses nouvelles depuis plusieurs semaines. Pour quelle raison Raymond a-t-il décidé de s’inscrire dans la Légion ? Personne ne le sait vraiment. Par contre, cet instituteur belge qu’il connaît depuis un an a prévenu Étienne qu’une fois son service terminé, il désirait s’installer là-bas car, disait-il, « il y a pas mal de possibilités ».
Étienne, qui a obtenu un poste à l’Agence indochinoise des monnaies de Saigon, va découvrir un « trafic de piastres couvert par le gouvernement français et dont aurait profité le Viêt-minh », ce qui va le mener à faire enquête à ses risques et périls.

Hélène, la cadette de la famille Pelletier, née en 1930, est une très belle jeune fille habitée par une colère qui gronde intérieurement. Lorsqu’Étienne a annoncé qu’il partait à Saigon, elle s’est sentie dépossédée d’une partie d’elle-même étant très proche de son plus jeune frère. Talentueuse, Hélène hésite entre poursuivre ses études aux Beaux-Arts ou s’inscrire à la faculté des lettres. Et puis, un beau jour, sans avertir ses parents, elle part rejoindre ses deux frères à Paris.

Bien construite, cette saga familiale historique est abordée à la manière d’auteurs du XIXe siècle, tels Émile Zola et Alexandre Dumas. Si vous aimez le genre, vous serez amplement servis. Les personnages qui connaîtront déceptions, deuils, amours malheureux, sont bien décrits et, fait assez inusité, aucun d’eux n’attire jamais vraiment notre sympathie. Malgré cela, j’ai aimé suivre leurs tribulations, jérémiades, mensonges, magouilles et tractations.

Il ne faut jamais se fier aux apparences : le plus gentil peut être le plus retors, le benêt, d’une violence insoupçonnée, encore moins lorsqu’on est un personnage de Pierre Lemaitre. Pourquoi ? Parce qu’il nous conduit sur de fausses pistes ou à quelques coups de théâtre dont celui, à 100 pages de la fin alors qu’il fait revivre des protagonistes qui figuraient dans Au revoir là-haut (2013). Vous vous souvenez sans doute de Louise Belmont qui habitait avec sa mère impasse Pers en face du restaurant La Petite Bohème, dont le patron était un certain M. Jules. Les voilà de retour, au détour de quelques lignes… Les retrouvera-t-on dans le deuxième tome ou n’était-ce qu’un petit clin d’œil que s’est amusé à faire l’auteur ? La patience est de mise !


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Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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