13 jan 2022

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

La Fille de Joyce / The Joyce Girl (éditions Hervé Chopin, 2016, 2021) d’Annabel Abbs est un roman biographique. Comme son titre l’indique, il s’agit de Lucia Joyce, la fille du grand écrivain irlandais, James Joyce.

L’auteure précise ceci à la page 414 : « De nombreux documents (lettres de, à et à propos de Lucia, ses rapports médicaux, son roman et ses poèmes) ayant été détruits ou perdus, j’ai imaginé les pensées et les sentiments de Lucia. Ce livre est donc une oeuvre de fiction et non un document. Cependant, lorsque les faits réels étaient connus, je m’y suis tenue le plus possible, dans les limites du récit. »

Les chapitres où Lucia consulte, trois fois par semaine, le cabinet du psychiatre Carl Gustav Jung à Küsnacht, dans le canton de Zurich, se déroulent sur quatre mois à l’automne de 1934 ; elle a alors 27 ans et n’a encore jamais été éloignée de sa famille. Le reste de l’histoire se situe entre novembre 1928 et mars 1932, principalement à Paris, au domicile des Joyce qui habitent un appartement au 5e étage qui donne sur la tour Eiffel, square de Robiac.

Est-ce que James Joyce (1882-1941), surnommé Babbo, comme ne cesse de le répéter sa fille à qui veut l’entendre, « est le plus grand écrivain du XXe siècle » ? Il a déjà publié en 1922, Ulysse, roman considéré par plusieurs comme un livre obscène et interdit aux États-Unis jusqu’en 1934. Suivra en 1939, Finnegans Wake (Work in Progress, 1923-1938 ; Finnegans Wake, 1939) qui lui a demandé un travail colossal. Il a ses adulateurs et ses détracteurs !

Le lien entre Lucia et son père est ambigu. Elle a été, sans conteste, sa muse, sa source de créativité, mais en même temps, il s’est « servi » d’elle, entre autres, pour s’occuper de sa correspondance. Il la voulait dans son giron, coûte que coûte. Souffrant de graves problèmes aux yeux, Joyce avait besoin d’être entouré. Par exemple, Samuel Beckett avait été engagé pour lui faire tous les jours la lecture à 17 heures – au plus grand bonheur de Lucia qui était tombée follement amoureuse de lui.

Beckett, alors âgé de 22 ans, était honoré d’être engagé par James Joyce qu’il admirait beaucoup. À cette époque-là, il enseignait l’anglais – il n’avait qu’un élève – et vivait dans des conditions précaires. Nous savons tous et toutes quel dramaturge et poète il deviendra, recevant même le prix Nobel de littérature en 1969, mais pour l’heure, il galère…

Peut-on aller jusqu’à dire que Joyce était manipulateur ? Même s’il n’était pas autoritaire ni dominateur, il était certainement contrôleur. « Je commençais à voir que nous étions tous des rouages de la mécanique de Babbo » de dire Lucia au docteur Jung.

Lucia, née le 16 juillet 1907 à Trieste, est la préférée de son père, alors que son frère Giorgio, de deux ans son aîné, est, lui, le chouchou de sa mère Nora Barnacle ; Lucia fait de la danse moderne, tandis que son frère prend des cours pour devenir chanteur d’opéra.

Nora Barnacle était femme de chambre à Dublin au moment où elle a rencontré en juin 1904 James Joyce qui deviendra officiellement son mari en 1931. Par chance, James a de généreux mécènes qui lui permettent de subvenir à ses besoins « […] un riche Américain et une riche Anglaise nous envoient de l’argent tous les mois. Nous pouvons donc aller au restaurant aussi souvent que nous le voulons. » Ils fréquentent Le Fouquet’s, vont au Trianon, à La Closerie des Lilas, à La Coupole, chez Drouant, pour ne nommer que ceux-là.

Lucia veut devenir danseuse professionnelle ; elle a débuté par des cours à l’institut Jacques-Dalcroze, avant d’être formée par Raymond Duncan, le frère de la grande danseuse Isadora. Elle a aussi le projet, avec son amie Kitten Neel, de fonder une école de danse pour donner des cours particuliers. Mais comment réussir à se démarquer dans la vie lorsqu’on est « la fille de » ?

Un peu plus tard, elle va suivre, à la suggestion de son père, des cours de dessin avec le sculpteur et peintre américain Alexander « Sandy » Calder qui expose son « Grand Cirque Calder » et fréquenter les musées en compagnie de l’artiste irlandaise juive, Stella Steyn.

C’est aussi l’époque des salons celui, entre autres, de Gertrude Stein et de Miss Barney ; du côté de la danse, sont sur toutes les lèvres Josephine Baker, Isadora Duncan, la hongroise Madika (l’idole du Lucia) ; les artistes en arts visuels ne sont pas en reste, qu’il s’agisse de Piet Mondrian, Joan Miró ou Waldo Peirce alors que les photographes en demande sont Man Ray et Berenice Abbott.

Qu’un mot au sujet des amours de Lucia : elle n’y trouvera pas son compte. Les hommes qui ont réellement compté dans son cœur l’ont tous trahie d’une manière ou d’une autre et ont été malhonnête avec elle.

J’ai été agréablement surprise par ce roman biographique d’Annabel Abbs, bien traduit de l’anglais par Anne-Carol Grillot… assez pour aller jeter un œil sur son autre ouvrage, Frieda : la véritable histoire de Lady Chatterley, publié en 2020 aux éditions HC.


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Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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