25 nov 2021

Le Billet de la semaine

Bonjour à vous toutes et à vous tous,

Sur la page couverture du dernier roman de Francine Ruel, Le Promeneur de chèvres (Libre Expression, 2021), on voit un homme de dos avec son bâton de marche, foulard rouge autour du cou et béret. J’ai tout de suite eu l’impression de me retrouver dans le film d’animation de Frédéric Back réalisé en 1987, d’après la nouvelle L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono, avec la voix inoubliable du regretté Philippe Noiret.

Cette très belle aquarelle de Maddie Esquerre est apaisante à l’œil, comme l’est notre lecture, même si l’histoire commence alors qu’on est en pleine pandémie – mais Francine Ruel ne s’y attarde pas. Elle se sert plutôt de cet état de fait comme prétexte pour nous présenter Gilles, dit Gillou, ce fils unique de 27 ans qui, depuis qu’il a perdu son travail et le logement qu’il partageait avec Nico et François, vit dans la rue, dort sous une tente avec ses quelques affaires personnelles.

Lorsqu’Henri Esquerre, dit Pachou ou, parfois, Henriquet, a vu son petit-fils à la télévision, il est immédiatement venu le chercher. Il lui a proposé un toit pour l’hiver, trois repas par jour – il est bon cuisinier – et, s’il le voulait bien, un travail. Car ce veuf, à la veille de fêter ses 86 ans, habite seul une maison de ferme conviviale dans le village Des Marais, situé dans les Cantons-de-l’Est. Mais, car il y a un mais, tout ou presque sépare les deux hommes, de générations et d’intérêts différents… du moins au début de leur nouvelle aventure !

Henri, moitié basque, moitié béarnais, s’était installé au Québec à la demande de sa fille, Mathilde, après que celle-ci soit venue poursuivre ses études d’anthropologie dans la province. Elle y avait rencontré Paul, un étudiant en génie, qui deviendra son mari et le père de Gilles. Quelques années plus tard, Mathilde avait décidé de racheter la maison de son enfance et était retournée vivre en France avec son mari. Henri et Gilles, eux, étaient restés.

Autant Henri aime la campagne, la solitude et le silence, autant Gilles est un citadin dans l’âme qui, par son métier de guide-voyageur, a la bougeotte. Henri a l’habitude de s’occuper des animaux – son père avait un troupeau de moutons –, alors que son petit-fils ne s’y connaît pas du tout. Sa force et sa passion vont plutôt du côté des voyages, car après des études en tourisme, Gilles avait été engagé par une agence, ce qui lui avait permis d’assouvir sa soif de l’ailleurs.

Henri est un bourreau de travail, malgré son âge respectable ; il vit entouré de ses six chèvres, de ses poules et de son chien Guapa. Viendront se rajouter Praline et Prune deux jumeaux bébés chattes offertes à Gilles par Lisa et Patrick, les voisins de son grand-père et une chevrette prénommée Margotte.

Ce n’est pas l’ouvrage qui manque au quotidien : l’entretien des bâtiments et les réparations, mais Pachou se réserve du temps pour la lecture, une passion transmise durant 60 ans par sa femme Marie, emportée il y a quelques années par un cancer. À portée de main, Laurent Gaudé et son fabuleux Le Soleil des Scorta côtoie des livres de Jean Diwo, O encontro marcado du poète brésilien Fernando Sabino (une découverte pour moi), d’Hewingway, des ouvrages pratiques tel celui de Dominic Lamontagne, L’Artisan fermier. Manuel d’élevage artisanal du poulet de chair, de la poule pondeuse et de la chèvre laitière (2019) et quelques autres.

Nous suivons donc Gillou et Pachou au gré des saisons. Réussiront-ils à trouver un terrain d’entente ? Pourra-t-il y avoir une passation des savoirs ? Et la belle Janie Jolicoeur, talentueuse pâtissière qui travaille pour Nico, venue quelques fois dans les Cantons-de-l’Est, finira-t-elle par conquérir le cœur de Gilles ?

En plus de donner l’envie de partir s’installer à la campagne comme l’ont fait plusieurs citoyens au pic de la COVID-19, Le Promeneur de chèvres, finement écrit, fait saliver par certains plats concoctés par les uns et les autres, tout en laissant une place de choix à la littérature. Ce roman, d’un autre temps, ne peut que nous faire du bien !


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Je vous souhaite de très belles découvertes et à la semaine prochaine,


Marie-Anne



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